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Après la résolution du Parlement européen, l’ARP riposte

Par Sarra Hlaoui

En plein regain de tension entre Tunis et Bruxelles, le Parlement tunisien contre-attaque. Estimant que l’Union européenne franchit les lignes rouges de la souveraineté nationale, plusieurs députés ont déposé une initiative pour recadrer la coopération bilatérale et rappeler que les décisions concernant la Tunisie « se prennent à Tunis, et nulle part ailleurs ». Cette riposte politique intervient au lendemain du vote très critique du Parlement européen et alors que le mémorandum migratoire de 2023 reste au cœur des crispations.

Une initiative parlementaire pour réaffirmer la souveraineté nationale

Face à ce qu’ils considèrent comme une multiplication d’ingérences européennes, plusieurs députés ont déposé une initiative parlementaire destinée à « protéger la souveraineté nationale ». Cette démarche survient dans un climat politique déjà tendu, marqué par le durcissement des positions entre Tunis et Bruxelles à propos du mémorandum d’entente sur la migration signé en juillet 2023 et du vote récent du Parlement européen sur l’état de droit en Tunisie.

Dans leur texte, les députés rappellent que la Tunisie, conformément à la Constitution de 2022, exerce pleinement et exclusivement sa souveraineté. Ils estiment que le mémorandum conclu avec l’Union européenne n’a pas produit les résultats attendus sur les territoires les plus affectés par la migration irrégulière et que certaines institutions européennes outrepassent les mécanismes officiels de coopération, donnant l’impression de s’immiscer dans les affaires internes du pays.

L’initiative recommande ainsi de revoir en profondeur l’ensemble du mémorandum, de suspendre toutes les clauses qui ne servent pas clairement les intérêts nationaux et d’élaborer un rapport parlementaire urgent évaluant les effets concrets de la coopération tuniso-européenne. Les députés insistent enfin sur la nécessité de réaffirmer, dans tous les domaines, la souveraineté de l’État tunisien et de transmettre officiellement cette position aux institutions européennes.

Brahim Bouderbala hausse le ton : « La souveraineté est une ligne rouge »

Lors de l’ouverture de la séance plénière, le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Brahim Bouderbala, a soutenu sans réserve l’initiative de ses collègues. Il a insisté sur le fait que la souveraineté tunisienne ne souffrait aucune ambiguïté. Selon lui, la Tunisie n’acceptera plus d’être observée avec un « regard condescendant » ni de recevoir des « leçons » de la part de partenaires étrangers.

Brahim Bouderbala a tenu à rappeler que les trois pouvoirs fonctionnent en toute indépendance et que les libertés publiques — notamment la liberté de manifester, de protester et d’exprimer des opinions — sont garanties par la Constitution. Il a également affirmé que les institutions judiciaires agissent dans un cadre strict défini par la loi et que l’État demeure le seul garant du respect de ces principes.

« Nous exerçons notre souveraineté pleinement et personne ne sera autorisé à intervenir dans nos affaires internes », a-t-il martelé, appelant à rompre définitivement avec ce qu’il a qualifié de « vestiges mentaux de l’ère coloniale ».

La lourde résolution européenne et l’effet Sonia Dahmani

La crise diplomatique actuelle s’inscrit dans la foulée de la résolution adoptée la veille par le Parlement européen. Avec 464 voix pour et seulement 58 contre, l’institution européenne a dressé un tableau sévère de la situation des libertés en Tunisie.

La résolution prend longuement appui sur le cas de l’avocate et journaliste Sonia Dahmani, emprisonnée depuis mai 2024. Le Parlement européen y condamne les conditions de sa détention, les qualifiant d’« inhumaines et dégradantes », et demande sa libération immédiate. Il critique également les poursuites judiciaires à répétition dont elle fait l’objet et dénonce l’usage du décret-loi 54, qu’il présente comme un instrument de répression visant journalistes, activistes et opposants politiques.

Le texte élargit ensuite ses critiques à ce qu’il décrit comme des « détentions motivées politiquement » et invite l’Union européenne à adopter une position plus ferme dans sa coopération avec Tunis.

La publication de cette résolution est intervenue quelques heures seulement après la libération conditionnelle de Sonia Dahmani, décidée par la ministre de la Justice. Cette coïncidence a alimenté de nombreux commentaires, bien que la Tunisie affirme que la décision avait été prise indépendamment de toute pression extérieure.

Kaïs Saïed contre-attaque : « Nos décisions sont tunisiennes, entièrement tunisiennes »

En réaction à la résolution, le président Kaïs Saïed a largement durci le ton lors d’un entretien nocturne avec le ministre des Affaires étrangères. Sans citer nommément l’Union européenne, il a dénoncé des comportements qu’il juge contraires aux usages diplomatiques et a fustigé des partenaires qui, selon lui, s’arrogent le droit de juger ou d’évaluer la Tunisie.

Le chef de l’État a affirmé que la Tunisie n’est « ni une ferme ni une terre sans propriétaire », et que toutes les décisions prises par les autorités le sont « en toute indépendance ». Il a dénoncé des « certificats de mérite ou de blâme » que la Tunisie refuse désormais de recevoir et assuré que le pays défendra sa souveraineté « contre toute tentative de pression ou de tutelle ».

Kaïs Saïed est également revenu sur la libération de Sonia Dahmani, affirmant qu’elle avait été décidée « depuis un certain temps », même si sa mise en œuvre effective n’est intervenue que récemment. Il a conclu en citant un poème à forte charge politique, adressant un message de fermeté à ses détracteurs.

S.H

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2 commentaires

  1. Citoyen_H

    28 novembre 2025 | 21h46

    BLÂMER LA RÉACTION DU PARLEMENT EUROPÉEN, N’EST GUÈRE IMPORTANT, À MES YEUX,

    c’est plutôt ceux qui ont reçu l’ambassadeur du Parlement européen sans avoir communiqué l’État, qu’il faudrait corriger.
    Vous voyez que, lorsque ce genre d’événements n’est pas encadré, la gabegie, la dérive et l’anarchie, deviennent légion !
    Ce genre d’incidents ne se serait jamais produits en Russie, en Iran, en Chine, en Colombie, en Algérie, en Corée du Nord, en Turquie, en Égypte ou dans une majeure partie de pays subsahariens.
    Pourquoi donc ?
    Parce que, tout simplement, ces pays-là sont bien au-dessus de notre niveau de PATRIOTISME qui rase les pâquerettes, depuis la venue des charognards de la maudite troika.
    Souvenez-vous et n’oubliez jamais quand le Marzoukiki, insultait sans cesse les tunisiens, via les chaines Qataries, lors de son mandat chaotique en tant que provisoire !!!!!!
    Réveillez-vous, les endormis.

  2. HatemC

    28 novembre 2025 | 20h16

    Le Parlement tunisien joue au matamore et aboie comme son maître — mais à côté de la plaque.

    La résolution du Parlement européen ne s’adresse même pas au gouvernement tunisien, encore moins à l’ARP :
    Elle s’adresse aux institutions européennes et aux États membres.
    L’UE n’a “attaqué” personne. Elle a juste décrit une réalité que tout le monde voit sauf ceux qui vivent dans la bulle du régime : la Tunisie n’est plus une démocratie.

    Pendant que l’Europe parle libertés, État de droit, détentions politiques, torture et décret-loi 54, l’ARP répond avec des slogans sur la “souveraineté” – un mot devenu bouclier magique pour masquer l’effondrement institutionnel.
    Ils parlent ingérence pour ne pas parler répression.
    Ils brandissent la Constitution pour ne pas parler justice instrumentalisée.

    Aujourd’hui, la Tunisie n’est respectée ni par ses partenaires, ni par ses propres institutions … HC