Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Impôt sur la fortune immobilière : seulement onze millions de dinars de recettes, selon Mohamed Salah Ayari

Par Imen Nouira

Lors de son passage dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, diffusée vendredi 28 novembre 2025, Mohamed Salah Ayari, conseiller fiscal, enseignant universitaire et membre du Conseil national de la fiscalité, a livré une analyse approfondie de deux mesures phares et controversées du projet de Loi de finances 2026 : l’instauration d’un impôt sur la fortune et la proposition permettant à chaque famille tunisienne d’acquérir une voiture avec une taxation réduite.

Au micro de Hatem Ben Amara, l’expert est revenu sur les enjeux et les contradictions de ces dispositions, largement discutées dans la sphère politique et par l’opinion publique.

Ayari a rappelé que la Tunisie avait introduit en 2023 une première version de l’impôt sur la fortune, limitée aux biens immobiliers. Le nouveau projet de loi va plus loin en élargissant la base imposable aux fonds déposés en banque, aux titres financiers, aux actions, aux parts sociales dans les entreprises, ainsi qu’aux véhicules dont la puissance fiscale dépasse douze chevaux. La taxe s’appliquerait à partir d’un patrimoine de trois millions de dinars, au taux de 0,5 % entre trois et cinq millions, puis 1 % au-delà.
L’expert souligne toutefois que les recettes attendues seraient très faibles : « cette taxe ne rapporterait que onze millions de dinars », un montant jugé dérisoire face aux besoins économiques du pays.

Pour Mohamed Salah Ayari, l’impact de cet impôt serait potentiellement négatif. Il alerte notamment sur le risque pesant sur une épargne nationale en chute libre, passée de 23,5 % en 2001 à environ 5 % aujourd’hui. « Quand les gens craignent que leurs dépôts, leurs titres ou leurs actions soient taxés, ils les retirent des circuits formels », explique-t-il, estimant que cela affaiblirait encore davantage la capacité de financement de l’économie.
Il met également en garde contre un affaiblissement du climat d’investissement : en ciblant le patrimoine liquide et les placements productifs, la mesure pousserait les détenteurs de capitaux à immobiliser leurs ressources plutôt qu’à les investir.

L’expert rappelle par ailleurs que la législation tunisienne dispose de deux mécanismes efficaces pour lutter contre la fraude fiscale : l’article 42, qui permet une taxation basée sur le “niveau de vie”, et l’article 43, qui impose aux contribuables de justifier tout accroissement inexpliqué de patrimoine. « Ces deux mécanismes existent déjà et permettent d’imposer ce qui ne peut être justifié. Il suffit de les appliquer correctement », affirme-t-il.

La seconde mesure examinée porte sur la possibilité pour chaque famille tunisienne d’acquérir une voiture avec une taxation allégée. Ayari reconnaît que l’idée peut sembler attractive, « dans l’apparence, c’est une bonne idée : permettre à chaque famille de disposer d’un moyen de transport décent. Qui pourrait être contre ? »
Cependant, il insiste sur ses effets négatifs : une perte directe de recettes pour l’État, la réduction des droits de consommation et de la TVA privant le budget de ressources essentielles.

Il met aussi en garde contre une possible explosion du parc automobile, synonyme d’embouteillages aggravés, d’une consommation accrue de carburant, d’une pression supplémentaire sur les infrastructures urbaines et d’une hausse de la pollution. Ayari rappelle enfin que la véritable priorité reste le développement d’un transport public efficace, seule solution durable pour améliorer la mobilité des citoyens.

I.N.

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers

Contenus Sponsorisés