Le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali a exprimé, vendredi 28 novembre 2025, de sérieuses réserves sur le projet de Loi de finances 2026 (PLF 2026), lors de l’ouverture de la deuxième journée de la conférence de la Fédération de la pétrochimie relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui s’est tenue du 27 au 29 novembre 2025 sous le titre « Analyse du projet de Loi de finances 2026 : stratégies de gestion de crise ». Son intervention a été relayée par l’organe de presse de la centrale syndicale, Echaab News.
Un projet de Loi de finances sans vision économique globale
Selon M. Chkoundali, la méthodologie adoptée pour la discussion du budget et du PLF met en évidence un manque de vision économique globale. Il a souligné que cette absence de cadre stratégique se reflète également dans certaines interventions des députés. Pour l’expert, la Loi de finances ne devrait pas être examinée de manière isolée, mais comme la traduction d’un plan quinquennal de développement qui se matérialise dans un équilibre économique clair et structuré.
« La Loi de finances est l’instrument de mise en œuvre du plan économique », a-t-il expliqué, ajoutant que la première année d’un tel plan devrait inclure des politiques fortes traduites en mesures concrètes ayant un impact budgétaire défini. Or, a-t-il observé, le PLF 2026 a été présenté sans plan préalable, rendant l’ensemble des mesures dépourvu d’objectifs précis.
Critiques sur les mesures sociales : entre augmentations salariales et développement du service public
M. Chkoundali a également critiqué la présentation du bilan économique, qu’il juge incomplète et méthodologiquement incorrecte, soulignant que les objectifs affichés, tels que la croissance de 3,3% ou la consolidation de la justice sociale et de la souveraineté nationale, restent largement théoriques face à des mesures limitées et ponctuelles.
L’expert s’est particulièrement attardé sur la question des augmentations salariales prévues par le PLF, qu’il considère comme une approche inédite et peu efficace. Selon lui, l’action sociale de l’État ne se limite pas à la revalorisation des salaires ou à la création d’emplois non productifs dans la fonction publique, mais devrait passer par le développement du service public et l’amélioration des prestations sociales, lesquelles permettent de réduire le coût de la vie et de soutenir la croissance de manière durable.
M. Chkoundali a insisté sur la nécessité de distinguer deux types d’emplois : ceux générés par la création de richesse, essentiellement dans le secteur privé, et ceux générés par l’État pour fournir des services publics indispensables au développement économique. Il a estimé que les mesures sociales du PLF 2026 apparaissent hors sujet et ne servent pas les objectifs de croissance et de justice sociale, déconnectées des besoins contemporains et de la dynamique économique réelle.
L’appel à une stratégie budgétaire globale pour la croissance et la justice sociale
Enfin, l’expert a rappelé que l’histoire économique tunisienne démontre que « les augmentations salariales significatives, comme celle de 1973, se sont faites en dehors du cadre de la Loi de finances », renforçant selon lui l’idée que la politique budgétaire doit s’inscrire dans une stratégie globale plutôt que dans des mesures ponctuelles déconnectées.
L’intervention de Ridha Chkoundali illustre les inquiétudes croissantes de certains experts et observateurs face à la structure et au contenu du PLF 2026, appelant à une réflexion plus stratégique et à une meilleure coordination avec les partenaires sociaux pour assurer l’efficacité des mesures économiques et sociales de l’État.
I.N.












3 commentaires
jamel.tazarki
Je cite le commentaire ci-dessous : « Le PLF du gouvernement préconisait une réduction des droits de douane sur les panneaux photovoltaïques pour encourager leur installation et accélérer notre transition énergétique ; tout ceci est cohérent. Sauf que nos députés, après avoir entendu les trois industriels qui fabriquent localement des panneaux photovoltaïques, ont décidé de refuser cette mesure. »
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Ces trois industriels fabriquent en effet des panneaux photovoltaïques en Tunisie, mais avec des cellules photovoltaïques importées, c’est-à-dire avec des technologies importées !
Il est très difficile de fabriquer des cellules photovoltaïques en raison de la technologie de pointe nécessaire, du savoir-faire requis et de la nécessité d’obtenir du silicium de très haute pureté. Ces cellules sont un composant stratégique des panneaux solaires et leur fabrication implique des procédés complexes, comme la purification du silicium et la gravure de microstructures.
– Pour fabriquer des panneaux solaires en Tunisie, il est nécessaire d’importer les cellules photovoltaïques auprès de fabricants étrangers. De ce fait, l’importation est inévitable.
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Il ne faudrait pas que la Tunisie s’engage à l’aveuglette dans la production là où nous ne sommes pas compétitifs.
Judili58
Merci pour le complément d’information concernant nos industries ce qui donne plus de consistance à mon commentaire. Il est désolant de voir que la transition énergétique passe après les intérêts d’ un investisseme hasardeux .
Judili58
Il y a plus grave et plus dangereux. Le PLF gouvernemental préconisait une réduction des droits de douanes sur les panneaux photovoltaïques pour encourager leur installation et accélérer notre transition énergétique tout ceci est cohérent. Sauf que nos députés et après avoir entendu les 3 industriels qui fabriquent localement des panneaux photovoltaïques ont décidé de refuser cette mesure. Ils ont été convaincus par les arguments des industriels et pour la transition énergétique on attendra. Et le gouvernement a accepté!!!! Comme si le passage au solaire n’était pas une priorité. Voilà une parfaite illustration de l’absence de cohérence dans la gestion des affaires de l’état. Et que l’on ne vienne pas nous dire c’est cela le fonctionnement normal des institutions de la république. Compte tenu de l’importance majeure du sujet le gouvernement aurait dû refuser la suppression parlementaire. Il l’a fait pour des sujets nettement moins importants que le défi de la transition énergétique. Pour ce qui est des intérêts de nos 3 industriels il faut leur le protectionnisme n’a jamais été facteur de progrès . Entre rentier et entrepreneur faite votre choix.