Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

L’ATFD dénonce une escalade répressive contre les femmes engagées

Par Sarra Hlaoui


L’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) a dénoncé, mercredi 3 décembre 2025, une « dérive politique dangereuse » marquée, selon elle, par un resserrement inédit des libertés civiques et politiques et par une offensive visant directement le mouvement féministe.

Dans un communiqué rendu public, l’association exprime sa colère face à un climat hostile aux voix féministes et aux organisations de la société civile. L’ATFD rappelle que ses activités ont été suspendues durant un mois par une décision qualifiée de politique, entraînant la fermeture de ses locaux et de ses centres d’écoute, où des centaines de femmes victimes de violences trouvaient habituellement soutien et accompagnement. Une mesure que l’association considère comme une tentative délibérée « d’intimider et de réduire au silence » les militantes féministes.

Une répression judiciaire ciblant des figures féministes

L’ATFD condamne également les condamnations « lourdes et injustes » prononcées récemment dans le cadre de l’affaire dite de « complot », estimant qu’elles ont été rendues en l’absence des garanties d’un procès équitable. Elle souligne par ailleurs l’implication dans ce dossier de figures féministes, dont l’ancienne présidente de l’association, l’avocate et militante Bochra Belhaj Hmida, ce qu’elle interprète comme un « signal alarmant sur la manipulation du pouvoir judiciaire » et la volonté de « terroriser les femmes engagées dans l’espace public ».

L’organisation évoque également une vaste campagne de harcèlement, d’intimidation et de diffamation visant plusieurs militantes, notamment Yosra Frawes, ancienne présidente de l’ATFD, ciblée après une intervention médiatique où elle a dénoncé ce qu’elle appelle des dérives « dicto-patriarcales ». L’association parle de « campagnes de haine » rappelant celles qui frappaient les féministes sous les régimes autoritaires.

Cyberharcèlement, intimidations et appel à la mobilisation

L’ATFD affirme son soutien total à toutes les femmes ciblées pour leurs prises de position ou leur engagement, y compris les jeunes activistes victimes de cyberharcèlement. Elle réitère sa solidarité avec la militante Chayma Issa, arrêtée le 29 novembre lors d’une manifestation, dénonçant un « acte d’intimidation musclé, étranger aux pratiques de la sécurité républicaine ».

Selon l’association, le nombre de femmes poursuivies, emprisonnées ou intimidées pour leurs opinions politiques ou leur militantisme pacifique est aujourd’hui « sans précédent dans l’histoire récente du pays ». Elle décrit une « mécanique de violence systémique » — judiciaire, sécuritaire, numérique, médiatique et sociale — visant à exclure les femmes de la scène politique et à criminaliser leur présence dans l’espace public.

L’ATFD condamne fermement ce qu’elle décrit comme une stratégie politique visant à restreindre l’action associative et à museler les voix féministes. L’organisation dénonce l’instrumentalisation de la justice pour sanctionner les opposantes et réduire l’espace des libertés, notamment par la fermeture de locaux associatifs et la multiplication des poursuites contre des militantes engagées dans la défense des droits humains.

L’ATFD appelle les autorités à mettre un terme aux campagnes de diffamation et de criminalisation visant les féministes et les défenseurs des droits des femmes, et exige la protection pleine et entière des militantes contre la violence numérique, devenue, selon elle, un outil central d’intimidation. Elle insiste également sur la nécessité de garantir le droit de manifester, de s’organiser librement et d’exprimer des opinions critiques sans craindre des représailles judiciaires ou sécuritaires.

L’association réitère, par ailleurs, sa demande de libération immédiate de la militante politique Chayma Issa, arrêtée lors d’une manifestation, et appelle à la remise en liberté de toutes les détenues et de tous les détenus d’opinion poursuivis pour leurs idées ou leur engagement pacifique. Elle conclut en affirmant la détermination intacte des féministes à poursuivre leur combat pour une société plus juste et égalitaire, où les femmes ne sont ni exclues de l’espace public ni réduites au silence, et où ni la parole ni l’action associative ne peuvent être réprimées.

S.H

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers