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Gabès : l’affaire des unités polluantes du GCT renvoyée au 25 décembre

Par Myriam Ben Zineb

La quatrième audience consacrée à la demande urgente d’arrêt des unités polluantes du Groupe chimique tunisien (GCT) à Gabès, tenue jeudi 4 décembre 2025 devant le tribunal de première instance, n’a finalement pas abouti au jugement attendu. La décision a été reportée au 25 décembre 2025, alors que la région continue de faire face à une intensification des signaux d’alerte sanitaires et environnementaux.

Un dossier élargi par le tribunal

Le président de la section régionale de l’Ordre des avocats de Gabès, Mounir Adouni, a indiqué à la Tap que la cour avait décidé d’intégrer au dossier le ministère de l’Environnement, l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE) et le ministère de la Santé, ainsi que de demander des pièces complémentaires concernant les requérants.

Cette décision prolonge l’examen d’un contentieux inscrit en référé, que les plaignants souhaitent maintenir dans son cadre urgent malgré une tentative du ministère concerné de requalifier l’affaire. Selon Me Adouni, le maintien du dossier en procédure accélérée constitue déjà « une victoire » pour les requérants, qui invoquent une urgence sanitaire.

Des preuves scientifiques accablantes

Intervenant sur Jawhara FM, ce matin, Me Adouni a rappelé que plusieurs études et rapports scientifiques indépendants ont confirmé un niveau particulièrement préoccupant de pollution émanant des unités du GCT.
Les analyses font état de concentrations élevées de gaz nocifs, dont la dispersion est favorisée par les conditions météorologiques locales — humidité marquée, vents variables, stagnation fréquente — ce qui expose durablement plusieurs quartiers habités.

Les services de santé et de protection civile ont, de leur côté, signalé une hausse notable des cas d’asphyxie, de détresse respiratoire et de symptômes neurologiques. En appui à la plainte, environ 300 certificats médicaux ont été versés au dossier, attestant de troubles liés à la qualité de l’air.

Parmi les cas recensés, figure celui d’un élève dont l’état de santé s’est progressivement dégradé après des épisodes répétés de difficultés respiratoires, accompagnés de manifestations neurologiques. D’autres élèves de la même zone ont présenté des signes similaires — vertiges, fourmillements, paralysies partielles — laissant penser à une exposition chronique à des émanations toxiques.

Les rapports épidémiologiques évoquent des centaines de cas signalés entre septembre et octobre : dyspnée, vertiges, syncopes, malaises généralisés. Mi-novembre, une fuite de gaz à Chatt Essalem a entraîné l’intoxication collective d’un groupe d’élèves d’un collège, transférés en urgence au CHU de Gabès.

Un impact environnemental massif et durable

Les études environnementales indépendantes confirment des rejets persistants de résidus industriels, notamment des dépôts de phospho-gypses chargés en contaminants. Leur accumulation dans le golfe de Gabès a provoqué une dégradation profonde des écosystèmes marins, marquée par un effondrement de la biodiversité halieutique.

Face à ces données, plusieurs organisations citoyennes qualifient aujourd’hui la situation de crime environnemental, appelant à l’arrêt immédiat des unités les plus polluantes et, à terme, au démantèlement complet du complexe industriel.

Mobilisation devant le tribunal

En marge de l’audience du 4 décembre, une nouvelle mobilisation citoyenne a eu lieu devant le tribunal de première instance de Gabès. Habitants, militants et acteurs de la société civile ont réaffirmé le droit des résidents à « respirer un air pur » et à vivre dans un environnement sain, exigeant le démantèlement des unités incriminées.

Un volet sécuritaire distinct

Revenant sur les tensions qui ont accompagné les dernières manifestations, Me Adouni a précisé qu’aucune personne n’était actuellement incarcérée en lien direct avec les mouvements de contestation.
Seules deux personnes sont en garde à vue dans le cadre d’une enquête concernant l’incendie d’un bus, un dossier sans rapport avec la plainte environnementale.

Un jugement attendu dans un climat d’urgence

La décision attendue le 25 décembre pourrait constituer un tournant majeur dans un dossier qui concentre les inquiétudes de tout le Sud tunisien. Mais de nombreux spécialistes estiment que, sans une intervention institutionnelle ferme, visant à protéger la santé publique et restaurer les milieux naturels, la crise environnementale de Gabès pourrait se prolonger durant plusieurs décennies.

Le bras de fer judiciaire se poursuit donc, avec une pression citoyenne croissante et un dossier médical, scientifique et environnemental devenu difficile à ignorer.

M.B.Z

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