Le Parlement a adopté, mercredi soir, l’article 135 du projet de loi, autorisant les agriculteurs à utiliser des drones pour l’épandage de produits phytosanitaires sur les surfaces agricoles. Cette mesure, qui met fin à une interdiction longtemps critiquée par les professionnels, vise à garantir des interventions plus rapides et plus ciblées, en renforçant la protection des cultures et l’efficacité du suivi sanitaire. L’utilisation des drones demeure toutefois soumise aux autorisations réglementaires délivrées par les autorités compétentes.
Pour mieux comprendre la portée de cette réforme, Salah Hdider, vice-président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), est revenu, jeudi 4 décembre 2025, sur les enjeux de ce changement lors d’une intervention sur Mosaïque FM.
Un outil stratégique pour la modernisation agricole
Selon Salah Hdider, l’autorisation législative constitue « une étape attendue » pour aligner la Tunisie sur les pratiques agricoles modernes. Les drones, explique-t-il, permettront aux exploitants de surveiller efficacement des superficies très étendues, d’identifier rapidement les maladies ou ravageurs, et d’intervenir au moment opportun.
Il souligne que les agriculteurs disposant de grandes parcelles – notamment les oliveraies ou cultures stratégiques – seront les premiers à bénéficier de cette avancée. « Le drone permet une observation continue et précise. En cas d’anomalie, l’agriculteur peut intervenir avant que la maladie ne se propage », détaille-t-il.
Outre la détection précoce, les drones faciliteront également la pulvérisation aérienne, la cartographie des parcelles et le suivi numérique des rendements, « dans un contexte où l’agriculture mondiale a déjà intégré l’intelligence artificielle et les outils connectés dans la gestion des exploitations ».
Un soutien précieux face aux ravageurs et aux risques climatiques
Le vice-président de l’Utap rappelle que certains fléaux, comme la cochenille ou les maladies cryptogamiques, peuvent se répandre rapidement si les agriculteurs ne disposent pas d’outils pour surveiller l’ensemble de leurs terres. Le drone, dit-il, « permet de détecter ce que l’œil humain ne peut pas toujours voir, surtout quand les exploitations dépassent plusieurs centaines d’hectares ».
Il évoque également un rôle crucial dans la gestion des urgences :
• détection d’incendies ou de départs de feu,
• surveillance en cas d’inondations,
• intervention rapide dans des zones difficiles d’accès.
« L’agriculteur pourra suivre ses champs même à distance, depuis chez lui ou depuis son téléphone. C’est un gain de temps, d’efficacité et de sécurité », affirme-t-il.
Un appel à l’équité pour les pêcheurs
Interrogé sur la situation du secteur halieutique, Salah Hdider a tenu à adresser un message aux pêcheurs, particulièrement touchés par les conditions météorologiques difficiles de ces derniers jours. Il est revenu sur l’accident survenu au large de Sidi Mansour (Sfax), où deux pêcheurs ont été retrouvés morts et un capitaine reste porté disparu. « C’est une grande douleur pour les familles et pour toute la communauté des gens de la mer », a-t-il déclaré, saluant les efforts conjoints des pêcheurs, de la Garde maritime, de l’armée et de la protection civile qui continuent de ratisser la zone.
Il a également évoqué la proposition d’article relatif au dispositif d’indemnisation des travailleurs du secteur maritime, financé par le fonds du repos biologique. Ce mécanisme, selon lui, doit être revu pour couvrir l’ensemble des pêcheurs, sans distinction entre petits et grands.
« Les contributions au fonds sont prélevées chez tous les pêcheurs, mais les indemnisations ne les concernent pas tous. Cela doit être corrigé pour être juste et conforme à l’esprit de protection de tous les pêcheurs et pas forcément des catégories les plus vulnérables », estime-t-il.
Une réforme qui ouvre de nouvelles perspectives
Pour l’Utap, l’adoption de l’article 135 représente un pas décisif vers une modernisation de la filière agricole et une meilleure résilience du secteur face aux risques climatiques et sanitaires. Salah Hdider a salué une mesure qui, selon lui, « protège les exploitations, améliore la productivité nationale et apporte des solutions concrètes aux défis du terrain ».
M.B.Z










