Le député, membre de la commission parlementaire de l’agriculture, est revenu, lundi 15 décembre 2025, sur la crise profonde que traverse le secteur de l’huile d’olive, lors de son intervention dans la matinale de Jawhara FM. Il a insisté sur l’impérieuse nécessité de recourir à une régulation publique des prix, estimant qu’il s’agit d’un levier indispensable pour préserver la viabilité économique des agriculteurs et protéger un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Selon lui, le caractère exceptionnel de la conjoncture actuelle impose l’adoption de mesures tout aussi exceptionnelles. Commentant la récente réunion conjointe du ministre de l’Agriculture et de son homologue du Commerce, il a affirmé que même les plus hauts responsables de l’État attendaient une initiative directe du président de la République afin de trancher sur ce dossier sensible.
Le député a souligné les fortes disparités entre les prix pratiqués sur les marchés internationaux et ceux observés sur le marché local. Il a rappelé que le litre d’huile d’olive était écoulé, jusqu’à la veille, à environ 4,28 euros à l’exportation, alors qu’il se vendait à près de 8 dinars sur le marché tunisien. S’il a reconnu l’existence d’acteurs intègres dans la filière, il a néanmoins dénoncé l’influence de lobbies cherchant à provoquer un effondrement artificiel des prix afin d’acheter l’huile d’olive tunisienne à des niveaux ne dépassant pas 3 euros le litre. Il a, à ce titre, évoqué l’existence d’intérêts étrangers, notamment italiens et espagnols, disposant de relais actifs sur le territoire national.
Dans cette perspective, le député a estimé que le prix de base de l’huile d’olive ne devrait en aucun cas être inférieur à dix dinars le litre, alors qu’il se situe actuellement autour de huit dinars. Il a plaidé pour la fixation d’un prix plancher obligatoire, assortie de l’interdiction formelle de tout contrat commercial en dessous de ce seuil. Il a précisé qu’en cas de refus de ce prix par les acheteurs étrangers, l’Office national de l’huile devrait intervenir pour racheter les quantités concernées au prix fixé, afin de stabiliser le marché et protéger les producteurs.
Il a également rappelé que cette situation de blocage se répète chaque année à la même période, expliquant que les opérateurs italiens et espagnols suspendent traditionnellement leurs activités commerciales durant les fêtes de fin d’année, créant ainsi une pression artificielle sur les prix.
Par ailleurs, le député a vivement critiqué les choix du ministère de l’Agriculture en matière de financement du secteur, soulignant que les banques ne remplissent pas leur rôle en assurant les lignes de crédit nécessaires aux agriculteurs et aux opérateurs de la filière. Il a dénoncé la persistance de mécanismes obsolètes, appliqués de manière répétitive depuis des années, sans aucune réforme structurelle.
Il a assuré que les élus avaient élaboré un rapport exhaustif recensant les dysfonctionnements du secteur ainsi que les solutions proposées. Ce document, a-t-il précisé, a été transmis au président de l’Assemblée des représentants du peuple, qui l’a à son tour soumis au président de la République.
Le député a également attiré l’attention sur l’effondrement de la consommation nationale d’huile d’olive. Alors que la consommation annuelle moyenne par habitant atteignait autrefois vingt litres, elle ne dépasse plus aujourd’hui les trois litres par an, traduisant une perte de pouvoir d’achat et une déconnexion croissante entre le produit et le consommateur tunisien.
Dans ce contexte, il a indiqué avoir proposé au ministre du Commerce la création de points de vente directs du producteur au consommateur, d’autant plus que l’État dispose d’une production estimée à 100.000 tonnes d’huile d’olive issue des domaines publics. Il a toutefois regretté l’absence d’écoute et de volonté politique pour concrétiser cette initiative.
Plus largement, le député a dénoncé l’absence de vision stratégique de l’État, estimant que les autorités se contentent d’intervenir dans l’urgence, uniquement en période de crise. Il a fustigé l’inaction des représentations diplomatiques tunisiennes à l’étranger, affirmant que ni les ambassadeurs, ni le ministère des Affaires étrangères, ni le ministère du Commerce n’avaient entrepris de démarches efficaces pour défendre les intérêts du secteur.
Il a également mis en garde contre les manœuvres d’opérateurs turcs, actuellement en prospection en Tunisie afin d’acquérir l’huile d’olive tunisienne aux prix les plus bas possibles.
Le député a, par ailleurs, dressé un parallèle alarmant avec d’autres filières agricoles, rappelant que le secteur laitier a été progressivement démantelé, poussant les agriculteurs à vendre leur cheptel, et que le secteur de la pêche a connu une trajectoire similaire. Il a averti que, sans changement radical de politique, le secteur de l’huile d’olive connaîtra le même sort, ajoutant que la richesse nationale que représente cette filière pourrait disparaître d’ici trois ans si la situation actuelle perdure.
N.J













3 commentaires
Mohamed Mabrouk
Bonjour. La solution de facilité qui consiste a recourir a la coertion par la force publique pour reguler le prix devrait etre la derniere chose a laquelle on recours. Car économiquement elle genere des inefficacités. Par exemple, elle ne favorise pas le systeme a organiser le stockage. De plus elle est couteuse pour l’etat en termes de personnel, de suivi et de controle. A supposer que dans sa situation actuelle l’etat possede la compétence de connaitre le prix minimum a imposer et de controler son application.
L’etat devrait en revanche reflechir sur le concept de « spéculation utile » et comprendre et valoriser les gens compétents dans ce domaine. Cad ceux que dieu a doté d’un pouvoir de vision du marché, de comprehension des tendances et d’entretient d’une bonne communication avec les acteurs internationaux du domaine, plutot que de criminaliser ces competences.
Roberto Di Camerino
Aux USA le litre d’huile d’olive extra vierge Terra Delyssa ( sic) est 15$, bien mieux que toutes les huiles concurrentes Italiennes ou Espagnoles.
Mhammed Ben Hassine
Dans notre région tebourba et le nord les prix sont entre 11 et 12.5 dinars,même 15 dinars pour une huilerie bien connu,les 8 dinars n’existe pas.
Pour combien de temps resterons nous dans le brouillard
On n’arrive pas à comprendre de quoi s’agit il.
Un projet estimé à 11 MD mars devient 25 MD décembre !
CONCERNANT l’huile pourquoi pas l’état ne vient pas secourir ses producteurs pour en acheter leurs productions à prix favorable dt il n’a qu’à l’exporter après,