2025 n’a pas seulement été une année difficile. Elle a été épuisante. Économie sous perfusion, justice sous tension, libertés en apnée. Le pays ne s’est pas effondré et il ne s’effondrera pas. Mais il ne respire plus non plus. Il est asphyxié, dérouté, vidé. La fatigue sociale, devenue symptôme central, est parfois plus dangereuse que la colère.
Un État dit fort
Pendant ce temps, l’État, lui, se veut fort. C’est du moins ce qu’il affirme. Fort, mais contre ses propres citoyens. Oui, l’État se pense fort. Il croit que la force réside dans le resserrement de l’étau, dans l’étouffement progressif de la vie de ceux qui lui ont pourtant permis d’accéder au pouvoir. Le fameux « prestige de l’État », brandi et fantasmé depuis des années, semble enfin atteint. Mais à quel prix ?
Ce pouvoir qui se revendique protecteur agit par contraction permanente de l’espace public. Procès politiques, intimidation judiciaire, peur rampante. Un État obsédé par le contrôle a démontré, à maintes reprises, son incapacité chronique à produire de la confiance. Car un État réellement fort a-t-il besoin de multiplier les démonstrations de force, de traquer ses opposants et de tenter de les combattre sur leur propre terrain ?
La justice, ligne de fracture
2025 restera comme l’année où même les magistrats ont cessé de faire semblant. Parfois par bravade, souvent par épuisement. Les communiqués se sont multipliés, les mises en garde se sont durcies, et les silences sont devenus plus éloquents que n’importe quel réquisitoire. Ce qui se joue n’est plus un simple dysfonctionnement, mais une rupture profonde entre l’institution judiciaire et le pouvoir qui prétend la diriger.
Les procès ne cherchent plus à établir une vérité judiciaire, ils produisent des signaux politiques. Les calendriers s’alignent sur l’actualité, les chefs d’accusation s’étirent jusqu’à l’absurde, et la détention provisoire devient une peine en soi. La justice n’est plus perçue comme une garantie, mais comme une menace diffuse, imprévisible, suspendue au-dessus de toute voix dissonante.
Une économie sans récit
Les régimes autoritaires avaient au moins « le mérite » d’anesthésier leur peuple avec une économie florissante. Celui-ci ne peut même pas revendiquer cela. Il ne s’agit pas seulement d’une crise économique, mais d’une absence totale de vision.
Mesures fragmentées, discours creux, citoyens sommés de « patienter » sans horizon ni échéance. La Loi de finances s’est révélée être un patchwork de décisions qui se chevauchent sans jamais se compléter. Les mesures tardent, et lorsqu’elles arrivent, elles ne comblent rien. Une économie maintenue artificiellement, sans vision, sans courage réformateur et sans engagement réel envers ceux qui en subissent les conséquences.
La société civile, marginalisée mais pas morte
Asphyxie quasi totale. En 2025, il a été difficile d’être journaliste ou acteur de la société civile. Procès iniques, condamnations arbitraires, peines brandies comme des avertissements collectifs. Des présidents et des acteurs d’associations continuent de croupir en prison pour des accusations qu’ils auraient pu affronter libres, dans un État qui prétend encore respecter les formes. Des journalistes dépérissent derrière les barreaux alors qu’ils auraient pu, et dû, continuer à exercer leur métier sans craindre pour leur liberté.
Le syndicat, lui, s’effrite. Affaibli, sous pression constante, sommé de choisir entre la survie institutionnelle et la confrontation frontale.
Des avocats, des personnalités politiques et d’autres encore font face à des peines pharaoniques, sous couvert de mots fourre-tout que personne ne définit vraiment, mais que tout le monde se plaît à commenter.
Complot, atteinte, menace. Des termes suffisamment vagues pour englober toute dissidence, suffisamment lourds pour dissuader toute résistance. La répression ne cherche plus seulement à punir, elle cherche à décourager, à isoler.
Une résistance discrète mais réelle
Personne n’est dupe. Les Tunisiens ne le sont pas. Les foules sont parfois nombreuses, parfois silencieuses, mais la désobéissance morale est bien là. Elle est durable, silencieuse, enracinée. La Tunisie de 2025 ne crie pas toujours, mais elle observe, elle note, elle n’oublie pas.
Les tentatives de division qui ont jalonné les années précédentes se sont intensifiées. Entre croyants et non-croyants, gauche et droite, patriotes et non-patriotes, puis désormais « vrai peuple » et« comploteurs ». Avec le régime actuel, la logique est claire : « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre le pays ». Autrement dit, vous êtes un traître. Voilà où nous en sommes.
2026, sans naïveté
L’espoir existe encore, mais il ne nourrit aucune illusion. Il n’est pas naïf, il est lucide et patient. Il ne viendra ni d’un homme providentiel ni d’un slogan. Il repose sur trois choses peu spectaculaires mais essentielles : le retour du droit comme limite, la reconstruction de la confiance et la réhabilitation du débat.
Une formule simple, presque évidente, qui a pourtant échappé à cet État si pressant de démontrer sa force.
Les Tunisiens, du moins une partie d’entre eux, refusent de céder. Céder à l’arbitraire, à l’humiliation, au fait accompli, aux discours de disqualification. La Tunisie n’est pas morte. Elle est suspendue, en attente de courage, pas de discours. Soit le pouvoir accepte de desserrer l’étau, soit il assumera d’aller jusqu’au bout de la logique autoritaire.
En attendant, bonne fin d’année 2025. Et, malgré tout, des espoirs (lucides) pour 2026.











2 commentaires
Khaled abidi
Moi personnellement je penche pour une année d’oiseaux de mauvaise augure
zaghouan2040
2025 fut une année d’aveuglement et d’autodestruction
Ce que le regime continue à faire c’est de détruire durablement les forces vives du pays c’est à dire notre avenir a tous et à toutes.
C’est une destruction aveugle aux conséquences désormais incalculables
Le retard pris dans le renforcement stratégique de nos capacités d’innovation d’appropriation des nouvelles technologies sera peut-être irratrapable
Le tarissement du véritable investissement l’investissement technologique a valeur ajoutée réelle est un autre dommage quasiment irréversible
L’impréparation totale face aux conséquences du basculement climatique est un autre dommage létal
Ne détaillons pas la gestion rigolote de la tragédie de Gabès de l’explosion du taux de chômage de l’endettement auprès des banques locales
Mais l’aveuglement touche désormais notre souveraineté nationale
Le « partenariat privilégié’ avec l’Algerie est en réalité une mise sous tutelle rampante qui recele des dangers extrêmement sérieux
Nous sommes ainsi dans les ténèbres et attendons l’amorce d’une lueur