La récente décision de fixer le prix de référence de l’olive à dix dinars le kilogramme continue de susciter une vive controverse au sein de la filière oléicole. Jeudi 25 décembre 2025, le président du Syndicat des agriculteurs tunisiens, Dhaoui Midani, est monté au créneau pour dénoncer une mesure qu’il juge à la fois « improvisée, et non étudiée », estimant qu’elle menace directement l’équilibre économique du secteur.
S’exprimant sur les ondes d’Express FM, dans l’émission Expresso, Dhaoui Midani a affirmé que le prix arrêté par les pouvoirs publics ne permettait nullement de couvrir les charges supportées par les agriculteurs et les transformateurs. Selon lui, un prix plancher d’au moins 14 dinars le kilogramme serait nécessaire pour absorber les coûts réels de production, de transformation et de commercialisation, dans un contexte marqué par la hausse continue des intrants agricoles, de l’énergie et de la main-d’œuvre.
Le responsable syndical a qualifié la situation de « triste », soulignant que l’agriculture tunisienne, et plus particulièrement la filière de l’huile d’olive, a atteint un stade avancé d’industrialisation, impliquant des investissements lourds et des charges structurelles incompressibles. Il a, dans ce sens, mis en garde contre les répercussions d’une politique de prix qu’il considère déconnectée des réalités économiques du terrain.
À ses yeux, cette décision risque de saper durablement l’ensemble du secteur oléicole, pourtant stratégique pour l’économie nationale. Dhaoui Midani a rappelé que l’huile d’olive tunisienne jouit d’une reconnaissance internationale, tant pour sa qualité que pour son caractère largement biologique, près de 80% de la production étant certifiée bio.
Il a déploré, à ce titre, l’absence d’une vision globale et cohérente de l’État, accusé de se limiter à des mesures conjoncturelles relevant du « rafistolage » plutôt que de véritables politiques publiques structurantes.
« Nous ne sommes pas un fonds de compensation. Nous avons droit à une vie décente », a-t-il martelé, exprimant le ras-le-bol d’un secteur qui estime supporter seul le poids de la régulation des prix au nom de la protection du pouvoir d’achat du consommateur.
La veille, le porte-parole de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), Fathi Ben Khalifa, a estimé que la fixation d’un prix de référence de dix dinars le kilogramme n’était « pas efficace », soulignant que l’agriculteur demeure le « maillon le plus faible » de la chaîne de valeur.
Il a jugé erronée l’imposition d’une tarification sans concertation préalable, plaidant pour l’ouverture d’un dialogue inclusif réunissant l’ensemble des acteurs de la filière avant toute décision engageante.
Fathi Ben Khalifa a rappelé que si l’État a la responsabilité de protéger le consommateur et de préserver son pouvoir d’achat lorsqu’il recourt à l’encadrement des prix, il a également l’obligation de garantir la viabilité économique des agriculteurs. Ces derniers, a-t-il insisté, ne sauraient être pénalisés par des décisions qui ignorent leurs coûts de production et leurs contraintes économiques, au risque de fragiliser un pilier essentiel de l’agriculture tunisienne et des exportations nationales.
N.J












