À l’approche des fêtes et dans un contexte de baisse massive de l’usage du chèque, la circulation du cash en Tunisie continue de battre des records, illustrant un basculement durable des habitudes de paiement.
Plus de quatre milliards de dinars supplémentaires en circulation
Le montant des billets et pièces en circulation a atteint, le 24 décembre 2025, un nouveau record historique de 26,317 milliards de dinars, contre 22,171 milliards un an auparavant, selon les récents chiffres publiés par la Banque centrale de Tunisie.
Cela représente une hausse de 4,146 milliards de dinars par rapport à la même période de l’année précédente, soit une progression de 18,7%.
Liquidités en forte hausse avant les fêtes
Ce nouveau record intervient deux jours après l’entame des vacances scolaires et quelques jours avant les fêtes de fin d’année. Les pics sont souvent liés à des saisons de grandes dépenses conjuguées à la limitation du nombre et du montant des chèques.
Le dernier pic de 26,178 milliards de dinars a été enregistré une semaine plus tôt, le 18 décembre 2025. Depuis le début du mois de décembre quelques pics ont été constatés, alors que les derniers en date étaient ceux constatés au cours des vacances d’été, dont le dernier de 26,096 milliards de dinars qui a coïncidé avec la date du 29 août 2025 et les dépenses liées à la rentrée scolaire. Les précédents pics avaient coïncidé avec l’Aïd El-Kébir (fête du sacrifice) et les achats liés à l’Aïd Esseghir (gâteaux traditionnels et nouveaux habits pour les enfants), le tout accentué par l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les chèques, qui a renforcé le recours au liquide.
Le chèque en net recul face au cash
Le bulletin Paiements en chiffres en Tunisie publié fin novembre 2025 par la Banque centrale de Tunisie, montre que le paiement par chèque a fortement reculé aux neuf premiers mois de 2025, sous l’effet de cette nouvelle loi. Le nombre de chèques télécompensés a chuté de 67,9%, pour s’établir à 5,9 millions. Le chèque n’a ainsi représenté que 3,7% des moyens de paiement télécompensés en nombre, contre 37% pour la même période en 2024.
Parallèlement, le montant total des chèques émis a baissé de 57,9%, atteignant 40,21 milliards de dinars fin septembre 2025, contre 95,62 milliards de dinars fin septembre 2024. En valeur, le chèque n’a représenté que 25% des paiements télécompensés, contre 53% fin septembre 2024.
Depuis octobre 2024, la détention de sommes importantes en espèces n’est plus soumise à l’obligation de justifier l’origine des fonds.
I.N.











2 commentaires
HatemC
La circulation du cash en Tunisie : des chiffres inutiles pour un problème immuable
Publier un article entier, chiffres à l’appui, pour constater une nouvelle hausse de la circulation des liquidités en Tunisie relève moins de l’analyse économique que de la ritournelle journalistique. Les données changent, les montants augmentent, mais le diagnostic reste strictement le même depuis des décennies.
Dire que le cash a atteint 26,3 milliards de dinars fin décembre 2025 n’apprend rien de fondamental. Ces chiffres auraient pu être écrits il y a trente ans, ils pourront l’être dans vingt ou cinquante ans, tant que les causes structurelles ne sont pas traitées.
La Tunisie n’a jamais réellement voulu bancariser sa population.
Elle a toléré — parfois encouragé — une économie fondée sur le cash parce qu’elle permet :
– de masquer l’ampleur de l’économie informelle,
– d’éviter une confrontation frontale avec des millions de petits acteurs hors radar fiscal,
– de préserver une paix sociale artificielle au prix de la fraude généralisée.
Parler de “basculement des habitudes de paiement” est donc trompeur. Il n’y a pas de basculement, il y a la continuité d’un modèle économique incapable de se formaliser.
La Tunisie ne souffre pas d’un excès de liquidités, mais d’un déficit de courage politique.
Tant que le cash servira de soupape à l’échec fiscal, social et bancaire, aucun chiffre ne sera jamais alarmant, puisqu’il ne sera jamais suivi d’action.
zaghouan2040
Ce qui étonne toujours c’est comment un dysfonctionnement aussi grave dans notre système monétaire est négligé et passé sous silence
Les risques sont fondamentaux : renforcement considérable du commerce informel depreciation tout aussi considérable de notre monnaie réactivation de l’inflation anéantissement du résidu de l’épargne des ménages et à terme blocage des fonds pouvant etre affectés a l’investissement productif
Cette inconscience généralisée reflète fidèlement l’état de delinquescence du pays