L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) vient de publier, jeudi 25 décembre 2025, la première édition du Rapport national sur l’entreprise en Tunisie, un document de référence qui propose une lecture globale et structurée du tissu entrepreneurial national et de son rôle dans la croissance économique, la création d’emplois et la soutenabilité des finances publiques. À travers cette publication inaugurale, l’IACE s’inscrit pleinement dans sa vocation de think tank engagé en faveur de la promotion de l’entreprise, en mettant à la disposition des décideurs publics, des acteurs économiques et des partenaires sociaux un outil d’analyse et d’aide à la décision fondé sur des données objectives et une approche prospective.
Le rapport couvre l’ensemble des formes d’organisation économique – des microentreprises aux grandes structures, en passant par les PME, les entreprises publiques et les entreprises communautaires – et dresse un diagnostic sans concession des déséquilibres structurels, des fragilités persistantes, mais aussi des potentiels inexploités du modèle productif tunisien. Il met en lumière le rôle central du secteur privé dans la création de valeur et le financement de l’économie, tout en soulignant les limites d’un tissu entrepreneurial encore fragmenté et les contraintes budgétaires liées au fonctionnement des entreprises publiques.
Selon les chiffres communiqués, les entreprises privées génèrent près de 58,7% de la valeur ajoutée nationale, assurent plus de 79% de l’investissement total des entreprises et concentrent environ 43% de l’emploi formel, soit plus de 1,1 million de salariés. Leur rôle apparaît encore plus déterminant dans l’effort fiscal : elles contribuent à près de 53% des recettes fiscales totales de l’État, à travers l’impôt sur les sociétés, la TVA collectée et l’impôt sur le revenu prélevé à la source.
À l’inverse, les entreprises publiques présentent un bilan nettement plus préoccupant. Bien qu’elles opèrent dans des secteurs stratégiques (énergie, transport, services de base), leur contribution économique et fiscale reste marginale. Elles ne représentent qu’environ 10,5% de la valeur ajoutée nationale et à peine 4% de l’emploi formel. Surtout, leur impact budgétaire est lourdement négatif : sur la période récente, elles génèrent un déficit annuel moyen avoisinant 3 milliards de dinars et absorbent des subventions publiques dépassant 9,8 milliards de dinars par an. L’écart entre les transferts reçus et les paiements effectués au profit du budget de l’État représente en moyenne plus de 22% du déficit public, atteignant même des niveaux critiques en 2022.
Ce contraste est d’autant plus frappant que la rémunération moyenne dans les entreprises publiques demeure sensiblement plus élevée que dans le secteur privé, sans que cela ne se traduise par un rendement économique ou financier proportionnel. Le rapport souligne ainsi la nécessité urgente de repenser la gouvernance, la viabilité et le modèle économique des entreprises publiques, dont la contribution nette à l’économie nationale reste négative.
Au-delà du constat, cette première édition se distingue, également, par la clarté de ses orientations stratégiques. Trois priorités majeures s’en dégagent : la nécessité d’accroître la taille et la productivité du tissu entrepreneurial, l’urgence d’engager une réforme profonde du secteur des entreprises publiques, et l’impératif de relancer l’investissement industriel et technologique afin de renforcer la compétitivité et la résilience de l’économie nationale. Autant d’enjeux structurants appelés à orienter le débat économique et les choix de politiques publiques dans les années à venir.
N.J










