Épisode 1 — La lettre qui s’écrit toute seule
Mais non voyons, Fatma Mseddi n’est pas une délatrice. C’est même l’inverse : elle est la victime. Une victime d’un genre nouveau, très contemporain, très tunisien : la victime d’une lettre qui s’est écrite sans elle, contre elle, et surtout… à sa place.
Entre le 23 et le 24 décembre, un document circule. Il est attribué à la députée. Il est adressé au président de la République. Il est structuré, poli, cérémonieux, terriblement appliqué. On y lit des formules qui sentent la justification de devoir et l’obéissance en costume du dimanche. Et au centre, un nom : Ahmed Saïdani, député lui aussi, présenté comme suspect, déviant, instable, presque contaminant.
Ce n’est pas une lettre, c’est un portrait-robot. Saïdani y deviendrait cet homme qui « change sa boussole », critique en privé, recrute en douce, organise un noyau d’opposition interne, et — comble du crime — tournerait en dérision l’institution présidentielle dans des séances privées. Autrement dit, il ne serait plus un député : il serait une menace à contenir, isoler, neutraliser, comme on enferme un virus avant qu’il ne se propage.
La polémique éclate aussitôt : Fatma Mseddi est pointée du doigt, la main dans la délation. Et là, miracle : elle dément. Pas un demi-démenti. Un démenti ferme, total. Elle ne reconnaît ni le contenu ni l’origine, parle de falsification, et accuse l’inconnu Makhlouf Boulbeba d’avoir fabriqué le document, annonçant des poursuites.
On ne peut que la croire. Il serait absurde de ne pas la croire. Mais il reste cette question, cruelle, presque injuste : pourquoi elle ? Pourquoi cette lettre-là aurait-elle choisi son nom à elle, et pas celui d’un autre député, d’un autre zélé, d’un autre enthousiaste de la vigilance institutionnelle ? Pourquoi ce texte, si “dans le ton”, si “dans l’époque”, si parfaitement calibré, aurait-il décidé de porter sa signature précisément ?
C’est peut-être ça, le plus accablant : même le faux paraît plausible. Non pas parce que les gens sont naïfs, mais parce que le climat est devenu tel que l’on ne s’étonne plus qu’un élu écrive au sommet pour signaler un collègue. Alors non, Fatma Mseddi n’est pas une délatrice. Mais il faut croire qu’aujourd’hui, certaines lettres savent très bien se rédiger toutes seules… pour peu que l’époque s’y prête.
Épisode 2 — Quand les laudateurs deviennent suspects
Il fut un temps où l’État avait une liste bien nette : ceux qui s’opposent, et ceux qui approuvent. Les premiers étaient des cibles, les seconds des alliés. Simple, efficace, presque confortable. Mais voilà que la logique se retourne comme un gant trop serré. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les critiques qui finissent dans l’œil du cyclone, mais parfois ceux qui passent leur temps à en lécher le contour.
Prenez Mohamed Hentati, par exemple. Prédicateur, habitué des plateaux, figure de la louange officielle, récemment invité sur Al Jazeera où il s’est livré à une défense que l’on pourrait qualifier, dans les termes les plus policés possibles, d’enthousiaste à l’excès. Un peu trop enthousiaste, apparemment. Quelques jours plus tard : arrestation. Motif officieux : trop de zèle peut être un peu dérangeant. Il a quand même publié une vidéo pour démentir en bloc.
Les temps changent. Hier, on épinglait l’opposant pour ce qu’il dénonçait. Aujourd’hui, on épingle l’adulateur pour ce qu’il célèbre. Comme si, tout à coup, il fallait une licence d’état pour approuver haut et fort. Un permis de louange, tamponné et numéroté, signé par l’administration. Imaginez la paperasse : « Oui, j’ai le droit de dire du bien de X, pendant 17 secondes, uniquement entre 14 h et 16 h, sous supervision d’un agent assermenté. »
Pourquoi en est-on arrivé là ? Peut-être parce que les louanges trop appuyées disent finalement autant que les critiques les plus acerbes. Elles révèlent une attente, un besoin, une dépendance. Et quand l’appareil qui était censé canaliser ces élans se retourne contre ceux qui lui ont fait des sourires trop larges, c’est moins une surprise qu’un diagnostic : ici, le pouvoir ne tolère plus rien qui ne soit pas contrôlé.
Alors non, Mohamed Hentati n’est probablement pas un “ennemi”. Il est simplement devenu, par excès de zèle, le symptôme d’un régime qui finit par craindre même ses reflets dans le miroir.
Épisode 3 — L’Europe menacée… mais pas par qui elle croit
L’Europe tremble. Elle tremble beaucoup. Elle tremble depuis des mois face à une menace russe omniprésente, omnisciente, omnipotente. Chaque discours officiel, chaque sommet, chaque communiqué la répète comme un mantra : Poutine est à nos portes. Il est partout. Il rôde. Il guette. Il menace.
Et pendant que l’Europe regarde obstinément à l’Est, un autre danger, lui, arrive tranquillement par l’Ouest. Sans bottes, sans chars, sans missiles. En costume-cravate, sourire confiant, et contrat sous le bras.
Donald Trump, revenu au pouvoir, n’a pas perdu de temps. Il n’a pas parlé de guerre, mais de commerce. Pas d’invasion, mais d’intérêts. Pas de conquête, mais de “nécessité stratégique”. Et dans ce registre, il est redoutablement efficace.
Et puis il y a cette stratégie de sécurité nationale publiée le 5 et qui infantilise l’Europe comme jamais.
Pendant que l’Union européenne fixe l’horizon russe, les États-Unis, eux, avancent à visage découvert. La nomination cette semaine par Donald Trump d’un envoyé spécial pour le Groenland en est la démonstration la plus brutale. Un territoire européen, autonome mais rattaché au Danemark, traité comme une zone d’influence à conquérir. Une nomination faite sans complexe, comme on nomme un gouverneur dans une colonie lointaine. Le Danemark a protesté. L’Union européenne a parlé de souveraineté. Mais la réponse est restée timide, presque gênée.
Dans le même temps, Washington frappe là où ça fait mal : l’économie. Sous couvert de défense des intérêts américains, l’administration Trump a alourdi les droits de douane visant les produits européens, sanctionnant indistinctement alliés et concurrents. Les industries européennes — automobile, aéronautique, agroalimentaire — paient déjà le prix de cette guerre commerciale assumée. Les partenaires deviennent des variables d’ajustement. Les alliés, des cibles secondaires.
Et pendant que Bruxelles tente de sauver la face, les humiliations s’accumulent. La plus symbolique ? L’affaire Thierry Breton, cette semaine. L’ancien commissaire européen, architecte de la régulation numérique européenne, se voit interdit de séjour aux États-Unis. Son crime : avoir osé encadrer les géants du numérique et défendre une souveraineté européenne minimale. Le message est limpide : toute velléité d’autonomie sera sanctionnée.
Ce n’est donc pas la Russie qui teste aujourd’hui la solidité européenne, mais son allié historique. Une Amérique qui parle de partenariat tout en dictant ses règles, qui brandit la sécurité pour mieux imposer sa loi commerciale, et qui n’hésite plus à humilier ses partenaires quand ils résistent.
Et pourtant, l’Europe continue de regarder ailleurs. Elle s’alarme de menaces lointaines hypothétiques, tout en acceptant, presque docilement, les coups réels portés par ceux qui prétendent encore la protéger. Comme si le danger, pour être reconnu, devait nécessairement venir de l’Est — jamais de l’allié qui sourit en frappant.











6 commentaires
LOL
Non, ce n’est pas une “humiliation” pour l’Europe, mais le juste retour de bâton face à une dérive bureaucratique dangereuse. L’administration américaine a raison de tracer une ligne rouge : quand Bruxelles commence à dicter aux plateformes comment gérer la parole publique, on entre dans une logique de censure d’État.
Thierry Breton n’est pas puni pour avoir défendu la souveraineté européenne, mais pour avoir voulu imposer des règles qui limitent la liberté d’expression sous prétexte de “régulation”. Les États-Unis rappellent ici une évidence : la liberté d’expression ne se négocie pas selon les caprices d’une technocratie. Si l’Europe veut rivaliser, qu’elle innove, au lieu de réglementer le discours. Encore une fois, vous discutez de choses que vous ne comprenez absolument pas, avec des arguments ridicules dignes d’une cour d’école.
Hannibal
Très drôle !
Un milliardaire illuminé qui rachète un réseau social pour imposer ses idées, diffuser des fake news, manipuler l’opinion publique, s’immiscer dans des affaires internes d’autres pays, etc … Et vous considérez cela de la liberté d’expression ! Hahaha…
Les exemples ne manquent pas : Brésil, GB, Allemagne, …
Il y en a qui adorent comme les mouches attirées par les crottes de chiens.
Un réseau social n’est que de la vente de pubs et de données personnelles maquillées en liberté d’expression.
Une dernière chose : Mme Bouallegui ne fait que relater les évènements par exemple un allié qui fait une action hostile est une tentative d’humiliation.
Fares
@Hannibal,
Bien répondu. Notre ami LOL alias elfibro est un trumpiste endurci 😕 qui a, semble-t-il, une dent 😡 contre Maya. On ne peut que rire de ses commentaires.
Roberto Di Camerino
Bougnoule! Le milliardaire qui a rachete Twitter, maintenant X , l’a acheté non pas pour imposer ses idées mais pour que des imbeciles puissent poster ce que bon leur semble,, y compris les fake news et meme des stupidités sans censure et sans article 54.
Hannibal
« … pour que des imbeciles puissent poster ce que bon leur semble … »
Tel qu’insulter qui bon leur semble.
Roberto Di Camerino
Tout a fait d’accord mais je me permets d’ajouter une precision, Le Breton, en pretendant reguler la liberte d’expression a visé seulement les Amercains , pourquoi? Parce qu’ils sont les seuls, à ma connaisance a innover et ce n’est pas un hasard que :Facebook, X , Instagram ,Linkedin, Youtube, Reddit, Whatsap etc.. etc… sont tous nés amercains. Et il est du devoir du gouvernement Americain de les proteger.