Un sit-in de soutien à la journaliste Chadha Haj Mbarek s’est tenu dans la matinée du vendredi 26 décembre 2025 devant le tribunal de Bab Bnet, à Tunis, en marge de l’ouverture de la deuxième audience en appel dans le cadre de l’affaire « Instalingo ».
À l’appel de plusieurs acteurs de la société civile et du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), les participants ont exprimé leur solidarité avec la journaliste, dénonçant la poursuite de sa détention et le prolongement de la procédure judiciaire.

Chadha Haj Mbarek a été condamnée en première instance à cinq ans de prison dans ce dossier tentaculaire impliquant 41 prévenus. Arrêtée en octobre 2021, elle est poursuivie pour des chefs d’accusation particulièrement lourds, notamment « complot visant à changer la forme de l’État », « atteinte à la sûreté de l’État » et « outrage au chef de l’État ».
Dans le cadre de la même affaire, son père et ses deux frères avaient également été interpellés avant d’être remis en liberté.
Selon les éléments communiqués par ses avocats, un juge d’instruction avait ordonné sa remise en liberté et l’abandon de l’ensemble des charges retenues contre elle. Toutefois, le ministère public a interjeté appel de cette décision, entraînant son maintien en détention.

Le Syndicat national des journalistes tunisiens a tenu pour responsables la justice et le ministère de la Justice du blocage du dossier, estimant que les retards procéduraux répétés aggravent la situation psychologique et médicale de la journaliste. Le SNJT a également dénoncé la reconduction, à plusieurs reprises, de la désignation de juges d’instruction après l’appel du parquet, une démarche qu’il considère comme attentatoire aux garanties d’un procès équitable.
Sur le plan judiciaire, la chambre criminelle près la Cour d’appel de Tunis avait décidé, mardi dernier, de reporter l’examen du dossier au 26 décembre 2025, à la demande de la défense, afin d’assurer la comparution de l’accusé détenu Achref Khadhraoui et de convoquer les prévenus laissés en liberté. La cour a également ordonné la désignation d’un avocat d’office pour Yahya Khili, également en détention, ainsi que la nomination d’un expert chargé de l’audition de Chadha Haj Mbarek. Toutes les demandes de mise en liberté ont toutefois été rejetées.

L’affaire « Instalingo » implique des journalistes, blogueurs, agents de sécurité, hommes d’affaires et responsables politiques, dont Rached Ghannouchi, Hichem Mechichi et Nadia Akacha. Les poursuites sont fondées sur les articles 61, 62 bis et 67 du Code pénal. La société Instalingo, spécialisée dans la création de contenu numérique et basée à Kalâa Kebira (Sousse), avait été perquisitionnée le 10 septembre 2021 avant que l’affaire ne soit transférée, fin 2024, au pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme.
N.J










