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Quand Trump sacralise la guerre : le Nigeria pris dans la croisade américaine

Crédit ANP

Par Raouf Ben Hédi

Dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 décembre 2025, Donald Trump a annoncé que les États-Unis avaient mené une attaque militaire sur le sol nigérian, une opération inédite depuis le début de l’insurrection jihadiste dans ce pays il y a plus de quinze ans. L’annonce, faite sur son réseau social, a été accompagnée d’un message au ton particulièrement violent, mêlant rhétorique religieuse, exaltation militaire et références symboliques à Noël.

« Ce soir, sur mon ordre en tant que commandant en chef, les États-Unis ont lancé une frappe puissante et mortelle contre la racaille terroriste de Daech dans le nord-ouest du Nigeria, qui s’en prenait et massacrait sauvagement, principalement, des chrétiens innocents, à des niveaux jamais vus depuis de nombreuses années, voire des siècles », a écrit Donald Trump, évoquant des « frappes parfaites » menées par le Département de la Guerre.

Le président américain a affirmé avoir préalablement averti ces groupes armés que « l’enfer se déchaînerait » s’ils poursuivaient le « massacre des chrétiens », avant de conclure son message par un « Joyeux Noël », y compris « aux terroristes morts ».

Une date et une rhétorique hautement symboliques

L’annonce intervient le soir de Noël, dans un contexte où Donald Trump et plusieurs cercles conservateurs américains ont multiplié, ces derniers mois, les dénonciations de ce qu’ils qualifient de « génocide des chrétiens » au Nigeria. En novembre dernier, le président américain avait déjà évoqué des « milliers » de chrétiens tués, sans fournir de données chiffrées ou de sources précises.

Au début du mois de novembre, les États-Unis ont désigné le Nigeria comme un « pays particulièrement préoccupant » en matière de liberté religieuse, une classification du Département d’État qui peut ouvrir la voie à des sanctions contre les États accusés de violations graves de ce droit fondamental. Washington évoquait alors une « menace existentielle » pesant sur la population chrétienne.

Depuis des mois, des responsables politiques et militants conservateurs à Washington présentent les violences au Nigeria à travers un prisme religieux et civilisationnel, dénonçant des attaques systématiques de milices islamistes contre les chrétiens, dans un discours qui tend à occulter la complexité du conflit.

Une frappe dans une zone inattendue

Selon les informations disponibles, des missiles tirés jeudi depuis un navire de guerre américain ont frappé l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria. Une région marquée par l’insécurité, mais éloignée du cœur des zones d’influence historiques de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest.

Surtout, Sokoto n’est pas considéré comme un territoire où les communautés chrétiennes seraient particulièrement ciblées par des violences de masse, ce qui interroge sur la justification avancée par l’administration américaine.

Abuja, associé à l’opération, a confirmé le bombardement. Le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, a précisé que « le Nigeria a fourni les renseignements » ayant conduit à la frappe, ajoutant avoir échangé par téléphone avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, au lendemain de l’attaque.

Une réalité plus complexe

Sur le terrain, les groupes armés actifs au Nigeria ont tué aussi bien des chrétiens que des musulmans au fil des années. Les violences, souvent liées à des dynamiques locales, économiques, foncières et sécuritaires, ne peuvent être réduites à un simple affrontement religieux, comme le suggère la communication de la Maison-Blanche.

La focalisation exclusive sur la persécution des chrétiens, sans mention des autres victimes ni des causes structurelles de l’insécurité, alimente les critiques contre une lecture idéologique du conflit, au service d’un agenda politique interne américain.

Enjeux stratégiques et géopolitiques

Au-delà de la dimension religieuse invoquée par Donald Trump, le Nigeria demeure un acteur stratégique majeur : première puissance démographique d’Afrique, quatrième économie du continent, pays riche en hydrocarbures, notamment en pétrole, et pivot sécuritaire régional.

La frappe américaine marque une escalade significative et ouvre de nombreuses interrogations, tant sur la souveraineté nigériane que sur l’utilisation d’un discours religieux pour justifier une intervention militaire directe, dans un pays déjà fragilisé par des années de violences et d’instabilité.

R.B.H

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Commentaire

  1. Gg

    28 décembre 2025 | 9h40

    « …des milliers de chrétiens massacrés… »
    7000 ces derniers mois est le nombre cité par les médias français, et autant de musulmans, qui confirment que le Président nigérian aurait demandé l’aide des US.
    Ce qu’a fait Trump, à la date de Noël, marquant ainsi qu’il est chrétien et n’entend pas laisser les chrétiens se faire massacrer, piller, violer.
    Dont acte, personnellement je ne suis pas choqué par l’intervention des US contre boko haram et compagnie.
    Ce qui m’interpelle est que vous semblez presque le lui reprocher.
    Mais enfin, il faut bien lutter contre ce djihad armé sanguinaire, au Niger et ailleurs.
    Les Russes étant absents, merci Trump!
    Une fois encore, on sent confusément dans votre conclusion que vous seriez plutôt du côté du djihad, comme vous êtes du côté du hamas, du hezbollah et de tous ceux qui font leur cause de l’islam le plus fanatique…