Sur Facebook, des publications largement partagées affirment l’existence d’un phénomène qualifié de « décomposition clinique », présenté comme la conséquence directe de l’attachement de la génération Z au téléphone portable et de sa tendance à rester alitée pendant de longues périodes. Le terme, inhabituel et anxiogène, a rapidement suscité interrogations et inquiétudes en Tunisie, alimentant débats et réactions alarmistes sur les réseaux sociaux.

À première vue, l’expression semble renvoyer à un concept médical sérieux. Pourtant, aucune institution scientifique ou sanitaire ne reconnaît un tel phénomène. La Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé ne mentionne aucune pathologie ni syndrome correspondant à ce qui est décrit sous le nom de « décomposition clinique ». Aucun article scientifique évalué par des pairs ne valide l’existence de ce diagnostic.
Origine et signification réelle du terme
En réalité, le terme trouve son origine dans l’univers des réseaux sociaux anglophones, notamment sur TikTok, où l’expression « bed rotting » est apparue ces derniers mois. Elle y est employée de manière ironique ou exagérée pour désigner des périodes de fatigue intense durant lesquelles une personne reste au lit, souvent absorbée par son téléphone, sans motivation apparente. Il s’agit d’un langage générationnel, pensé pour frapper les esprits et susciter l’identification, mais dépourvu de toute base médicale.
Les comportements ainsi décrits ne sont pas nouveaux. Les spécialistes de la santé mentale soulignent qu’ils peuvent recouvrir des réalités bien connues : stress chronique, anxiété, épuisement émotionnel, troubles du sommeil ou symptômes dépressifs. Ces situations nécessitent, lorsqu’elles persistent, une évaluation clinique individualisée, mais ne constituent en aucun cas une « nouvelle maladie » liée à une génération spécifique.
Génération Z et contexte socio-technologique
La génération Z regroupe généralement les personnes nées entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010. Selon le Pew Research Center, il s’agit de la première génération à avoir grandi avec un accès quasi permanent à Internet et aux smartphones, ce qui influence profondément ses modes de communication, d’information et de socialisation. Être qualifiée de « native du numérique » ne signifie toutefois ni homogénéité des comportements ni fragilité intrinsèque, mais décrit avant tout un contexte technologique particulier.
Sur le plan psychologique et social, plusieurs études internationales montrent que cette génération évolue dans un environnement marqué par des crises successives : pandémie de Covid-19, instabilité économique, conflits armés, urgence climatique et transformations rapides du marché du travail. Tous ces facteurs pèsent lourdement sur la santé mentale des jeunes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’OCDE relèvent une augmentation des troubles anxieux et dépressifs chez les jeunes adultes, phénomène observé bien avant l’apparition de termes viraux sur les réseaux sociaux.
L’usage intensif du smartphone, souvent mis en cause dans les publications virales, fait l’objet de recherches sérieuses. L’UNICEF souligne que l’hyperconnexion peut affecter la qualité du sommeil, accentuer la sédentarité et parfois renforcer le sentiment d’isolement.
Un exemple de désinformation pseudo-scientifique
La diffusion rapide du terme « décomposition clinique » illustre un mécanisme bien connu des chercheurs en désinformation : l’émergence de concepts pseudo-scientifiques utilisant un vocabulaire médical pour gagner en crédibilité et susciter la peur. Les utilisateurs des réseaux sociaux doivent rester vigilants face à ce type de terminologie virale et vérifier les sources avant de relayer ce type d’information.
R.A.












