Malgré des performances agricoles record enregistrées ces dernières années, notamment dans la filière de l’huile d’olive, l’écosystème tunisien de l’exportation demeure confronté à de dysfonctionnements structurels profonds qui entravent sa capacité à créer durablement de la valeur et à renforcer les recettes en devises. C’est le constat dressé par Foued Gueddich, président de Conect International et membre du Bureau exécutif de la Conect, lors de son intervention dans l’émission Expresso diffusée sur Express FM, lundi 29 décembre 2025.
Selon lui, au-delà des produits agricoles traditionnellement positionnés sur les marchés internationaux, de nouvelles références tunisiennes commencent à s’imposer, portées par leur qualité et leur notoriété croissante. Il a cité notamment la harissa, désormais reconnue comme un produit à forte identité territoriale, ainsi que le thon, dont la demande internationale reste soutenue. Toutefois, ces avancées demeurent fragiles en l’absence d’un cadre stratégique cohérent permettant de structurer l’offre, de sécuriser le financement et d’assurer une montée en gamme durable.
L’huile d’olive, un produit stratégique sous contrainte financière
Produit emblématique et pilier des exportations agricoles tunisiennes, l’huile d’olive cristallise aujourd’hui l’essentiel des tensions. Si la Tunisie figure parmi les premiers producteurs mondiaux, la filière reste lourdement pénalisée par un problème chronique de financement, considéré par Foued Gueddich comme le principal obstacle pour les agriculteurs, les transformateurs et les exportateurs.
« Le marché international de l’huile d’olive est une véritable jungle concurrentielle », a-t-il souligné notant que la conquête et la consolidation de parts de marché exigent des capacités de stockage, de trésorerie et de négociation que les opérateurs tunisiens peinent à mobiliser. Certes, la stratégie du Made in Tunisia a permis, à son avis, l’émergence de champions nationaux, notamment dans l’huile conditionnée. Cependant, le segment du vrac, qui représente près de 80% des exportations, reste traité comme un volet marginal, sans véritable vision stratégique.
L’absence d’une politique claire visant à transformer ce volume massif en valeur ajoutée, en richesse nationale et en emplois durables limite considérablement l’impact macroéconomique de la filière, selon Foued Gueddich.
Des décisions conjoncturelles aux effets durables
Il a critiqué par ailleurs la gestion conjoncturelle du secteur depuis la Révolution, marquée par des décisions prises « au coup par coup », souvent sous pression sociale ou politique, sans étude d’impact approfondie. Il a cité à cet égard la campagne 2023-2024, au cours de laquelle la mise en place d’un prix administré de 15 dinars le litre pour la vente d’huile d’olive sur le marché local a, selon lui, porté un coup sévère aux exportateurs.
À l’époque, ces derniers avaient été contraints de céder une partie de leur production à l’Office national de l’huile afin d’assurer l’approvisionnement du marché intérieur. Une mesure socialement compréhensible, mais économiquement déstabilisante pour des opérateurs déjà fragilisés par des coûts de financement élevés.
Un déséquilibre concurrentiel flagrant
Le président de CONECT International a pointé également un déséquilibre structurel de compétitivité entre les exportateurs tunisiens et leurs concurrents européens, notamment espagnols. « Alors que l’exportateur tunisien subit des taux d’intérêts élevés et des conditions de financement restrictives, son homologue espagnol bénéficie de taux d’intérêt avoisinant les 2%, lui permettant de stocker et d’exporter dans des conditions optimales », a-t-il expliqué.
Il a rappelé, dans ce sens, qu’à une certaine période, la Tunisie disposait d’outils efficaces tels que la mobilisation de créances nées sur l’étranger (MCNE), qui offrait aux exportateurs des taux bonifiés et une meilleure visibilité financière. Ces mécanismes s’inscrivaient alors dans une véritable stratégie nationale de promotion des exportations, notamment dans l’huile d’olive, l’industrie électrique et d’autres secteurs à fort potentiel.
Aujourd’hui, la réticence des banques à financer la filière est devenue manifeste, dans un climat de prudence extrême alimenté par des affaires judiciaires impliquant des responsables bancaires dans des dossiers liés au financement de l’huile d’olive, a expliqué Foued Gueddich.
Le financement, cœur du problème
Pour l’intervenant, fixer un prix de base à dix dinars ne saurait constituer une solution durable. Le véritable enjeu réside dans la capacité à offrir aux exportateurs une marge de manœuvre financière suffisante pour absorber les cycles de baisse des ventes, notamment durant les périodes creuses de fin d’année, jusqu’à la reprise des marchés en janvier. Cette problématique concerne essentiellement l’huile d’olive en vrac, l’huile conditionnée relevant d’une logique et d’une stratégie distinctes.
Il a dénoncé également de graves erreurs de communication, notamment la médiatisation du prix de base, qui aurait servi d’indicateur aux concurrents espagnols. Ces derniers sont désormais en mesure de calculer précisément les marges tunisiennes et d’imposer des conditions commerciales ne laissant que 3 à 4% de marge aux exportateurs tunisiens, les plaçant dans une situation de survie économique.
Vers une stratégie intégrée et maîtrisée
Face à ces constats, Foued Gueddich a souligné la nécessité urgente d’élaborer une stratégie nationale intégrée, fondée sur l’expertise des professionnels du secteur, une communication maîtrisée et des mécanismes financiers adaptés, mettant en garde contre des décisions précipitées susceptibles de porter durablement atteinte à l’un des secteurs les plus stratégiques de l’économie tunisienne.
N.J











Commentaire
Mhammed Ben Hassine
À l’époque, ces derniers avaient été contraints de céder une partie de leur production à l’Office national de l’huile afin d’assurer l’approvisionnement du marché intérieur. Une mesure socialement compréhensible, mais économiquement déstabilisante pour des opérateurs déjà fragilisés par des coûts de financement élevés.
Quel est le % de la consommation locale dans la production nationale
Pour quelle penalise nos chers exportateurs certainement pas 80 ou 70 %
Finalement le citoyen a le droit le plus absolu de consommer une part production nationale à sa fain