Invité de l’émission Expresso sur Express FM mardi 30 décembre 2025, l’analyste financier Bassem Ennaifer a livré une lecture chiffrée et structurée de la situation économique nationale au titre de l’année financière 2025, mettant en exergue les évolutions observées en matière d’endettement, de financement budgétaire et de perspectives d’investissement.
Sur le plan macroéconomique global, la situation a été marquée en 2025 par une relative stabilité. Toutefois, la question de la dette demeure, selon lui, la principale contrainte structurelle pesant sur l’économie nationale. Face à un environnement international fortement dégradé — conséquence directe de la crise sanitaire liée à la Covid-19 et du conflit russo-ukrainien — les autorités ont opéré un recentrage stratégique vers le marché intérieur, réduisant sensiblement le recours à l’endettement extérieur.
Cette orientation n’est pas propre au cas national. La flambée des taux d’intérêt sur les marchés internationaux, conjuguée à la dégradation des notations souveraines de nombreux pays, a rendu l’accès aux financements extérieurs plus coûteux, voire largement inaccessible. Dans ce contexte, les marges de manœuvre en matière d’endettement externe se sont considérablement rétrécies.
Dette publique : le virage assumé vers le financement intérieur
Il a rappelé que la bascule vers une prédominance de la dette intérieure avait été amorcée dès 2024 et s’est accentuée en 2025. À fin septembre 2025, la structure de la dette publique se répartissait à hauteur de 58,9% de dette intérieure contre 41,1% de dette extérieure. Cette réallocation s’est accompagnée d’une baisse à la fois des volumes et des charges associées à la dette, avec un reflux net de l’ordre de 4 233 millions de dinars sur les neuf premiers mois de l’année, traduisant un niveau de remboursement supérieur aux nouveaux emprunts contractés.
Selon Bassem Ennaifer, cette dynamique devrait permettre de clôturer l’exercice 2025 avec un encours de dette inférieur aux projections initialement retenues dans la loi de finances 2026, autour de 140 milliards de dinars.
Équilibre budgétaire au prix d’un ralentissement de l’investissement
La politique de financement intérieur a essentiellement servi à soutenir l’équilibre budgétaire. Si cette stratégie s’est traduite par un certain recul en matière d’investissement et de croissance à court terme, elle a néanmoins permis d’alléger la pression liée au service de la dette extérieure. Elle ouvre ainsi, selon ses dires, des perspectives plus favorables à moyen terme, en offrant davantage de flexibilité et en créant les conditions nécessaires à une relance progressive des investissements, notamment étrangers.
L’analyste a souligné par ailleurs que l’endettement extérieur, en soi, ne constituait pas un facteur négatif, à condition que les ressources mobilisées soient efficacement orientées vers des projets productifs et à forte valeur ajoutée. De même, bien que le recours accru au marché intérieur comporte des effets d’éviction potentiels, les mécanismes mis en place ont permis d’en atténuer l’impact sur le financement de l’économie.
Il a reconnu toutefois que l’intervention accrue de l’État sur le marché domestique canalisait une part significative des liquidités au détriment des entreprises. Néanmoins, les projets dits « bancables » continuent de trouver des financements, ce qui pose la question plus structurelle de la capacité réelle des entreprises à emprunter et à investir.
Au-delà de la dette, le défi structurel de l’investissement
Pour Bassem Ennaifer, la problématique de l’investissement dépasse largement la seule question de l’endettement intérieur. Elle appelle des réformes plus profondes, notamment en matière de politique monétaire — la baisse du taux directeur, bien que nécessaire, n’ayant des effets tangibles qu’à moyen terme — mais aussi sur le plan législatif et réglementaire, afin d’améliorer durablement le climat des affaires. Le défi est donc autant institutionnel que financier.
En définitive, l’année 2025 a été marquée par une amélioration des recettes fiscales et par un effort notable de maîtrise des dépenses publiques. L’enjeu majeur pour les années à venir réside désormais dans une meilleure allocation et un ciblage plus efficient des dépenses, afin de dégager des marges budgétaires supplémentaires au service de l’investissement et de la croissance.
N.J










