Le président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Zied Dabbar, a dressé un constat alarmant de la situation de la presse en Tunisie, qualifiant le secteur de « sinistré sur le plan économique » et avertissant que près de 80 % des entreprises de presse sont aujourd’hui menacées de fermeture.
Intervenant lors d’une rencontre de réflexion intitulée « Les journalistes, acteurs de l’économie des médias », organisée mardi 30 décembre 2025 à Tunis par le SNJT, Debbar a indiqué que le nombre d’institutions médiatiques en activité ne dépasse actuellement pas 45, contre environ 145 après la révolution, dont 80 dans la presse écrite.
Selon lui, cette forte contraction du paysage médiatique a entraîné une dégradation de la qualité du contenu journalistique, contribuant à une crise de confiance entre les médias et les citoyens. Il a également pointé la montée en puissance des créateurs de contenu, qui se substituent en partie au rôle du journaliste, ainsi que la mainmise du capital sur les rédactions, transformant certains espaces médiatiques en vitrines de projets politiques, notamment lors des périodes électorales.
Zied Dabbar a affirmé que « 80 % des citoyens ont perdu confiance dans les médias », imputant cette situation notamment aux chroniqueurs et commentateurs, dont une grande partie auraient servi, selon lui, d’outils de propagande au pouvoir.
Pour le président du SNJT, l’une des principales pistes de sortie de crise réside dans la restauration de la crédibilité et de la dignité de la profession, à travers le soutien aux journalistes désireux de créer leurs propres médias. Il a plaidé pour la mise en place de sociétés de rédaction sous forme de coopératives ou de sociétés par actions, s’inspirant d’expériences internationales, et appelé à soutenir le journaliste-entrepreneur, en tant que citoyen et contribuable, ayant droit à des facilités légales et institutionnelles.
Dans le cadre de cette rencontre, le directeur de l’Institut de presse, Sadok Hammami, a présenté une étude intitulée « Les journalistes, acteurs d’une économie médiatique en mutation », consacrée aux transformations profondes du secteur des médias, en mettant l’accent sur le rôle économique des journalistes.
Sadok Hammami a souligné que, malgré un niveau avancé de numérisation de la société tunisienne, le pays accuse un retard en matière de cadre institutionnel, économique et d’adoption de l’innovation, estimant que la responsabilité de l’État est de créer un environnement favorable à l’innovation numérique.
L’étude révèle par ailleurs une progression significative du taux d’accès à Internet, passé de 64 % en 2020 à 84,3 % en 2025. Elle indique que TikTok compte environ 6 millions d’utilisateurs en Tunisie, tandis qu’Instagram enregistre une hausse de 6,2 %, atteignant 5,6 millions d’utilisateurs. Facebook demeure la plateforme la plus utilisée, avec près de 7,3 millions d’utilisateurs.
Enfin, l’étude met en lumière l’émergence de nouveaux concurrents des journalistes, notamment les influenceurs, phénomène qui a contribué à l’érosion de la confiance du public envers les institutions médiatiques au profit des individus. Cette dynamique pousse de plus en plus de journalistes à se reconvertir en influenceurs, une orientation parfois encouragée par les médias eux-mêmes, selon Sadok Hammami.
S.H










