La Banque Tuniso-Libyenne (BTL Bank) vient d’annoncer la réalisation effective de l’augmentation de son capital social décidée par son Assemblée générale extraordinaire tenue le mercredi 25 septembre 2025. Cette opération, d’un montant de 152 millions de dinars, a été réalisée par l’émission au pair de 1.520.000 actions nouvelles, d’une valeur nominale de cent dinars chacune.
Selon le communiqué publié par la banque, les actions nouvelles, émises en numéraire, ont été intégralement souscrites et entièrement libérées dès la souscription. À l’issue de cette opération, le capital social de la BTL Bank est ainsi porté à 252 millions de dinars, divisé en 2.520.000 actions nominatives de nominal cent dinars chacune.
Des états financiers toujours arrêtés à 2021
Cette augmentation de capital intervient dans un contexte financier marqué par l’absence de publication d’états financiers récents. À ce jour, les derniers états financiers publiés par la Banque Tuniso-Libyenne concernent l’exercice clos au 31 décembre 2021.
Ces états font ressortir une situation financière fragilisée, avec un résultat net déficitaire de -19,13 millions de dinars à fin décembre 2021, contre une perte de -29,76 millions de dinars enregistrée à fin décembre 2020. Le total du bilan s’élevait, quant à lui, à 656,1 millions de dinars à la clôture de l’exercice 2021.
Un avis avec réserves des commissaires aux comptes
Dans leur rapport relatif à l’exercice clos au 31 décembre 2021, les commissaires aux comptes ont émis une opinion avec réserves.
Les principales réserves portent notamment sur une participation financière dans la Banque Nord Africaine Internationale (NAIB), d’un montant de 29,3 millions de dinars, comptabilisée à l’actif alors que la Banque Tuniso-Libyenne ne bénéficie pas des droits attachés à cette participation, notamment les droits de vote et les dividendes. Les auditeurs considèrent que cette situation ne répond pas aux critères de reconnaissance d’un actif.
Une seconde réserve concerne l’inventaire des immobilisations, dont la réconciliation avec les données comptables n’était pas finalisée à la date d’arrêté des comptes.
Plusieurs points d’attention relevés
Sans remettre en cause leur opinion, les commissaires aux comptes ont également attiré l’attention sur plusieurs éléments jugés sensibles. Ils relèvent notamment des charges du fonds social d’un montant de 2,15 millions de dinars, entièrement provisionnées, engagées en l’absence de ressources correspondantes du fait de l’enregistrement de pertes successives.
Les auditeurs évoquent également un redressement potentiel de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) au titre des exercices 2019, 2020 et 2021, pour un montant estimé à 4,35 millions de dinars, sans qu’aucune provision n’ait été constituée à ce stade.
Par ailleurs, une opération de recouvrement de créances par dation en paiement d’immeubles a donné lieu à des traitements comptables complexes, assortis d’engagements résiduels qui n’ont été que partiellement provisionnés.
L’évaluation du système de contrôle interne menée par les commissaires aux comptes a mis en évidence des insuffisances importantes, en particulier au niveau du système d’information, des dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et de la gestion de certains litiges. Un rapport détaillé a été établi à ce sujet et communiqué aux organes de gouvernance de la banque.
Une situation prudentielle sous forte pression
Au-delà des réserves comptables, les commissaires aux comptes ont surtout souligné une situation prudentielle préoccupante à fin décembre 2021. Les fonds propres nets de la Banque Tuniso-Libyenne sont devenus négatifs, entraînant le non-respect du ratio de solvabilité réglementaire minimum de 10% exigé par la Banque centrale de Tunisie (BCT).
Le ratio de liquidité affichait également un niveau inférieur au seuil réglementaire de 100%, exposant la banque à des risques de sanctions réglementaires et soulevant des interrogations quant à la continuité de son exploitation, en l’absence d’un renforcement rapide et significatif de ses fonds propres.
Une augmentation de capital devenue indispensable
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’augmentation de capital de 152 millions de dinars réalisée en 2025. Cette opération apparaît comme une étape indispensable pour permettre à la Banque Tuniso-Libyenne de reconstituer ses fonds propres, de se rapprocher des normes prudentielles en vigueur et de répondre aux exigences de la Banque centrale de Tunisie, en tant qu’autorité monétaire et de supervision du secteur bancaire.
Reste désormais à savoir si ce renforcement du capital sera suffisant pour absorber les pertes accumulées, corriger les faiblesses structurelles relevées par les auditeurs et permettre à la banque de renouer durablement avec l’équilibre financier, dans un environnement bancaire tunisien de plus en plus exigeant sur les plans prudentiel et réglementaire.
I.N.










