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L’Organisation nationale des entrepreneurs plaide pour une réforme administrative 

Par Nadya Jennene

Invité de l’émission Expresso sur les ondes d’Express FM, le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs (ONE), Yassine Gouiaa, a livré, mercredi 31 décembre 2025, une lecture critique de la situation économique des petites et moyennes entreprises ainsi que de l’écosystème entrepreneurial tunisien. Une évaluation qu’il a qualifié lui-même de difficile, tant les avancées demeurent, selon lui, insuffisantes au regard des défis structurels du pays.

Sur le plan macroéconomique, Yassine Gouiaa a dressé un constat peu encourageant. La croissance économique n’a pas dépassé 2,5% en 2025, un niveau jugé faible et largement en deçà des besoins de l’économie nationale, notamment en matière de création d’emplois. Si le taux d’inflation a connu un reflux pour s’établir entre 5 et 6%, le président de l’ONE a précisé qu’il s’agissait davantage d’un ralentissement du rythme inflationniste que d’une véritable baisse des prix.

Autre indicateur préoccupant : le chômage, qui demeure stable autour de 16%, touchant particulièrement les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur. À cela s’ajoute un endettement public avoisinant les 80 à 85% du produit intérieur brut, un seuil jugé critique qui nécessite, selon lui, des mesures urgentes de rationalisation.

Malgré ce tableau globalement sombre, Yassine Gouiaa a reconnu l’existence de signaux positifs. Il a souligné notamment une hausse remarquable des investissements déclarés, en progression de 17% par rapport à 2024, atteignant près de 3,2 milliards de dinars sur les sept premiers mois de 2025. Un indicateur qu’il interprète comme le signe d’un retour relatif de la confiance chez certains investisseurs.

Le secteur privé a par ailleurs contribué à la création d’environ 50 000 emplois en 2025, porté par une diversification des initiatives entrepreneuriales, notamment dans des segments industriels tels que les accessoires automobiles et le câblage. Il a ajouté, dans ce sens, que le secteur privé avait résisté en dépit de l’État et non grâce à lui.

Ces avancées restent, selon lui, entravées par des faiblesses structurelles persistantes. En tête des obstacles figure le coût élevé du financement. Bien que la loi de finances 2025 ait prévu l’ouverture de lignes de financement de 7 et 10 millions de dinars, leur impact demeure limité. Le problème, a-t-il insisté, ne réside pas dans l’annonce des mécanismes, mais dans leur mise en œuvre. Certaines lignes ouvertes dès 2024 attendent encore les textes d’application nécessaires à leur activation.

Il a estimé par ailleurs que les montants alloués, notamment pour les petits agriculteurs, étaient largement insuffisants au regard du tissu entrepreneurial national, qui compte près de 800 000 entreprises. Pour le président de l’ONE, l’investisseur ne se limite pas à une quête de financement : il a surtout besoin d’infrastructures performantes — ports et aéroports —, d’un cadre réglementaire clair, d’une diplomatie économique active et d’une lutte effective contre le secteur informel.

Yassine Gouiaa a également dénoncé une iniquité fiscale persistante, évoquant une coexistence intenable entre entreprises qui s’acquittent de leurs obligations fiscales et d’autres qui y échappent, appelant à une application équitable et rigoureuse de la loi.

Sur le plan administratif, il a plaidé pour un changement radical de mentalité au sein de l’administration tunisienne. Selon lui, l’État continue de raisonner par secteurs plutôt que par taille d’entreprise, soumettant les petites structures aux mêmes charges fiscales et administratives que les grandes. Il a appelé, dans ce sens, à une modernisation urgente de l’appareil administratif, encore prisonnier du papier, des procédures de légalisation et de l’absence de synchronisation entre services, alors même que le discours officiel évoque la transition numérique et l’intelligence artificielle.

Le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs a assuré que la priorité absolue reste la réforme de l’administration et la simplification des procédures, condition préalable indispensable à toute politique de financement ou de relance crédible de l’investissement privé. 

N.J

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