L’économiste et professeur à l’Université de Tunis, Moez Soussi, est revenu, mercredi 31 décembre 2025 sur la décision de la Banque centrale de Tunisie (BCT) de réduire son taux directeur de cinquante points de base, le portant à 7%, lors d’une interview téléphonique accordée à Myriam Belkadhi sur Express Fm, dans l’émission Midi Express.
Cette décision, annoncée le 30 décembre 2025, intervient après la réunion du Conseil d’administration de la BCT, récemment complété par le renouvellement et le remplacement de certains membres, permettant ainsi d’atteindre le quorum nécessaire pour prendre des décisions stratégiques.
Une baisse attendue, mais mesurée
Selon Moez Soussi, cette réduction du taux directeur était largement anticipée par les économistes et experts financiers, mais la prudence reste de mise. « C’est la deuxième baisse en 2025, après celle opérée en mars. Le contexte économique actuel justifie une politique monétaire plus flexible, mais progressive », explique-t-il. Il insiste sur le fait que la BCT n’a pas opté pour une baisse trop importante afin de limiter les risques sur la stabilité financière et monétaire du pays.
Les indicateurs déterminants pour la BCT
L’économiste souligne trois indicateurs clés qui ont guidé la décision du Conseil :
- La croissance économique : « Pour la fin de l’année 2025, le taux de croissance est estimé entre 2,5% et 2,8%. C’est une amélioration par rapport aux projections trimestrielles de 2,4%, mais encore insuffisante par rapport aux attentes initiales de 3,2% », précise-t-il.
- L’inflation : Le taux d’inflation est en recul, atteignant moins de 5% en novembre 2025. Selon Soussi, ce niveau est considéré comme une zone de confort pour la BCT, garantissant la stabilité des prix et évitant les risques inflationnistes.
- Les réserves en devises : Les réserves de change ont atteint 25,5 milliards de dinars, équivalant à 108 jours d’importation. Cela représente un niveau suffisant pour soutenir une politique de baisse progressive des taux sans mettre en péril la stabilité du dinar.
Ces indicateurs combinés expliquent la prudence de la BCT, qui privilégie une approche progressive plutôt qu’une réduction brutale du taux directeur.
Une politique monétaire prudente, mais flexible
Moez Soussi distingue entre politique monétaire conservatrice et politique monétaire prudente. « La BCT n’est pas conservatrice, elle est simplement prudente et poursuit une politique monétaire accomodante. Elle cherche à équilibrer la maîtrise de l’inflation avec le soutien à la croissance économique, sans provoquer de chocs financiers ou monétaires », précise-t-il.
Il souligne également l’importance de la politique de taux d’intérêt réel positif et de l’encadrement des taux d’épargne pour assurer que la baisse du taux directeur n’entraîne pas une fuite massive de l’épargne. « L’épargne des Tunisiens a fortement reculé, non seulement à cause du taux d’intérêt, mais aussi en raison de la capacité d’achat limitée des ménages », ajoute l’expert.
Conséquences pour le citoyen et perspectives
Selon Soussi, cette baisse du taux directeur pourrait se traduire par une réduction progressive du coût du crédit pour les entreprises et les ménages, encourageant la consommation et l’investissement. Toutefois, il insiste sur le fait que les effets ne seront visibles qu’à moyen terme et que la prudence reste de mise pour éviter toute instabilité.
En conclusion, Moez Soussi estime que la décision de la BCT, en abaissant le taux directeur à 7%, illustre une politique monétaire prudente et progressive, adaptée aux indicateurs économiques actuels de croissance modérée, d’inflation maîtrisée et de réserves de change suffisantes. Cette approche vise à stimuler l’activité économique tout en maintenant la stabilité financière, reflétant un équilibre délicat entre soutien à la croissance et contrôle des risques inflationnistes.
I.N.











Commentaire
le financier
Ce recul est surtout la consequence de la baisse des matieres premieres au niveau mondial