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Cancer du col de l’utérus : en Tunisie, moins d’une femme sur six se fait dépister

Par Nadya Jennene

Le dépistage du cancer du col de l’utérus reste largement insuffisant en Tunisie, malgré l’existence de moyens de prévention efficaces. Selon Dr Rim Abdelmalek spécialiste en maladies infectieuses et en médecine préventive, seules 14 à 16% des femmes en âge de procréer réalisent le test de dépistage par frottis cervical, alors que les recommandations internationales préconisent une couverture d’au moins 70%.

Rappelant que le cancer du col de l’utérus est étroitement lié à l’infection par le virus du papillome humain (HPV), très répandu, la spécialiste a expliqué, dans une déclaration à la Tap, que la transmission du HPV peut se faire par simple contact cutané ou muqueux, mais aussi lors des relations intimes, au sein du couple, entre membres d’une même famille, ou encore de la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’accouchement. Le virus peut également se transmettre dans des espaces collectifs tels que les sanitaires partagés, les salles de sport, les hammams ou via le partage d’objets du quotidien comme les serviettes ou les ustensiles.

600 nouveaux cas chaque année

La spécialiste a ajouté qu’une personne pourrait être infectée plusieurs fois par différents types de HPV. Si, dans la majorité des cas, le système immunitaire parvient à éliminer le virus en quelques mois, celui-ci peut persister chez certains, parfois de manière silencieuse pendant 10 à 20 ans, avant de provoquer des lésions cancéreuses.

Rim Abdelmalek a affirmé que la Tunisie enregistre chaque année environ 600 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus, une maladie qui cause le décès de près de 200 femmes.

Face à cette réalité, la vaccination contre le HPV, introduite à l’échelle mondiale depuis 2006 après de longues études cliniques, constitue l’un des outils de prévention les plus efficaces, d’après la médecin. Elle a souligné que les vaccins actuels offrent une protection élargie contre plusieurs types du virus et permettent de prévenir non seulement le cancer du col de l’utérus, mais aussi d’autres cancers touchant la région pelvienne ou les voies respiratoires supérieures. 

En effet, le vaccin cible les principaux types génétiques du virus responsables des cancers, notamment les types 16 et 18, qui sont à l’origine de 70 à 90% des cancers du col de l’utérus en Tunisie. 

La Tunisie a, rappelons-le franchi une étape décisive en introduisant en avril 2025, pour la première fois, le vaccin contre le HPV en milieu scolaire. Cette mesure, inscrite dans le calendrier national de vaccination, marque une avancée majeure en matière de prévention des cancers et de protection de la santé des jeunes générations.

La prévention médicale prisonnière des tabous

Toutefois, cette décision sanitaire d’envergure s’est accompagnée d’un débat public intense, révélant des tabous persistants, des polémiques récurrentes et une stigmatisation profonde autour du cancer du col de l’utérus, mais aussi, plus largement, autour de la sexualité féminine. L’introduction du vaccin a mis en lumière les résistances sociales et culturelles qui entourent encore les questions de santé reproductive en Tunisie.

Parmi les facteurs qui alimentent la controverse autour de la vaccination contre le HPV en Tunisie, le tabou religieux et moral occupe une place centrale. Dans l’imaginaire collectif, le papillomavirus reste largement associé à la sexualité, et plus précisément aux relations sexuelles hors mariage, ce qui nourrit une perception erronée selon laquelle la vaccination constituerait une reconnaissance implicite, voire une normalisation, de comportements jugés contraires aux valeurs religieuses et sociales.

Cette lecture morale de la vaccination conduit certains parents à considérer que le vaccin serait inutile, voire inapproprié, dès lors que l’abstinence est perçue comme une protection suffisante contre l’infection. Or, cette approche occulte plusieurs réalités médicales et sociales. D’une part, le HPV peut être transmis indépendamment de toute conduite jugée « déviante », notamment dans le cadre du mariage, ou même par des contacts cutanéo-muqueux non sexuels. D’autre part, la vaccination est recommandée avant toute exposition au virus, précisément parce qu’elle relève d’une logique de prévention anticipée et non d’une validation de pratiques futures.

Le malaise est renforcé par la difficulté persistante à dissocier la santé publique de la morale sexuelle. Pour une partie de l’opinion, vacciner une adolescente contre un virus sexuellement transmissible reviendrait à aborder frontalement la question de la sexualité féminine, sujet encore largement entouré de silence, voire de déni. Cette confusion contribue à déplacer le débat du champ médical vers celui du jugement moral, au détriment d’une approche fondée sur la protection de la vie et de la santé.

À cela s’ajoute la méfiance croissante de certains parents, largement amplifiée par la désinformation circulant sur les réseaux sociaux. Des contenus infondés évoquant de prétendus effets secondaires graves, voire des maladies invalidantes survenant après la vaccination, continuent de se propager, malgré l’absence de preuves scientifiques. Ces craintes trouvent un écho particulier dans le contexte post-pandémique, où la gestion controversée de la crise de la COVID-19 a durablement fragilisé la confiance d’une partie de la population envers les politiques vaccinales.

Aucun lien avec l’infertilité

Le vaccin contre le HPV est utilisé depuis près de deux décennies dans plus de 150 pays et a démontré une efficacité remarquable dans la réduction des cancers liés au papillomavirus, en particulier le cancer du col de l’utérus. Les données scientifiques disponibles confirment également son innocuité, excluant tout lien avec l’infertilité, les maladies neurologiques ou les troubles auto-immuns, contrairement aux rumeurs largement relayées en ligne.

La vaccination est recommandée dès l’âge de 11 ans, avec une dose unique jusqu’à 16 ans, et deux doses entre 17 et 26 ans. Les hommes peuvent également être vaccinés.

N.J

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2 commentaires

  1. abdelfg.2011

    2 janvier 2026 | 22h12

    En essayant de convaincre ma femme de l’importance du dépistage ,elle me répond par non à cause de la maltraitance des sages femmes du plannig familial ,elle dit que ses dernières les traitent comme des VACHES !

  2. HatemC

    2 janvier 2026 | 16h31

    Moins d’une femme tunisienne sur six se fait dépister du cancer du col de l’utérus.
    Ce n’est pas un échec médical, c’est un aveu de sous-développement.

    Comment parler de prévention dans un pays où les femmes rurales — majoritaires — sont souvent analphabètes, isolées, privées d’information, et où l’État ne mène aucune campagne nationale sérieuse à la télévision, dans les dispensaires ou via la caisse d’assurance maladie ?

    La prévention tunisienne est conçue pour une minorité urbaine éduquée.
    Pour les autres, c’est le silence, le tabou et la rumeur. L’État se cache derrière la « culture » et la « morale » pour masquer son inaction, laissant les réseaux sociaux et les croyances décider à sa place.

    Résultat : 600 nouveaux cas par an, près de 200 femmes qui meurent d’un cancer largement évitable.

    Introduire le vaccin HPV sans pédagogie de masse, sans éducation sanitaire, sans lutte contre l’analphabétisme, c’est bâtir une politique de santé sur du sable.

    Un pays où l’on meurt encore de maladies évitables ne peut pas se prétendre moderne.
    En Tunisie, la prévention n’échoue pas par manque de science, mais par absence d’État … HC