Réagissant à la décision du Conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie (BCT), prise le 30 décembre 2025, de réduire le taux moyen du marché monétaire (TMM) de 50 points de base, le professeur universitaire et économiste Ridha Chkoundali a livré, dans la nuit d jeudi 1er janvier 2026, une analyse approfondie des implications économiques et monétaires de cette mesure, saluant un infléchissement notable tout en en soulignant les limites et les contradictions.
Selon l’économiste, cette décision marque un abandon partiel de la politique monétaire excessivement restrictive adoptée ces dernières années par la BCT. Une orientation qu’il estime avoir pesé lourdement sur les deux principaux moteurs de la croissance économique, à savoir l’investissement et les exportations. Les indicateurs de croissance des trois premiers trimestres de l’année 2025 confirment, selon lui, que la consommation privée demeure aujourd’hui le seul levier encore actif de l’économie tunisienne, au détriment d’une dynamique productive durable.
Ridha Chkoundali a expliqué que la Banque centrale avait pu se permettre cette réduction grâce à l’existence d’un écart jugé confortable entre le taux directeur, désormais fixé à 7,5%, et le taux d’inflation, établi autour de 4,9%. Cet écart garantit le maintien d’un taux d’intérêt réel positif, limitant ainsi les risques d’un recours excessif à l’endettement des ménages à des fins de consommation. Il a souligné également que l’emprunt direct de l’État auprès de la BCT ne devrait pas générer de pressions inflationnistes immédiates, dans la mesure où les facilités accordées s’inscrivent dans une période de grâce de trois ans.
L’économiste a toutefois avancé que cette décision intervenait avec un certain retard, qu’il attribue notamment à des contraintes institutionnelles au sein du Conseil d’administration de la BCT. La mesure demeure, néanmoins, bénéfique, selon ses dires, pour les ménages tunisiens ayant contracté des crédits à taux variable, lesquels verront leurs mensualités bancaires diminuer. Le secteur de l’investissement privé pourrait également en tirer profit, la baisse du coût du financement étant susceptible de stimuler l’activité économique et la création de valeur.
Malgré cet ajustement, Ridha Chkoundali a rappelé que la Tunisie continuait d’afficher l’un des niveaux de taux d’intérêt les plus élevés du monde arabe, juste après l’Égypte. Une situation qu’il juge dissuasive pour l’investissement et incompatible avec une véritable relance économique. À ses yeux, d’autres mesures restent nécessaires afin que la politique monétaire cesse d’agir comme un frein et devienne un levier de stimulation de l’investissement productif.
L’économiste a pointé également ce qu’il qualifie de contradiction majeure dans l’orientation actuelle de la politique monétaire. Alors que la Banque centrale maintient des taux élevés pour restreindre la liquidité et limiter l’accès au crédit pour les ménages, elle a simultanément accordé, pour la troisième année consécutive, des financements directs massifs à l’État. Ces prêts, estimés à 25 milliards de dinars sur trois ans (7 milliards en 2024, 7 milliards en 2025 et 11 milliards en 2026), ont été octroyés à taux zéro et assortis d’une période de grâce de trois ans, afin de financer principalement des dépenses de consommation. À titre de comparaison, le montant de l’emprunt direct prévu pour 2026 dépasse largement les dépenses d’investissement public, évaluées à 6,5 milliards de dinars.
« Ne s’agit-il pas là d’une politique du deux poids, deux mesures : une rigueur monétaire imposée aux ménages tunisiens, face à une politique d’assouplissement quantitatif généreusement accordée à l’État ? N’est-ce pas, dès lors, une contradiction manifeste de la politique monétaire, dès lors que ces deux formes d’endettement aboutissent, in fine, au financement de la consommation ? Plus encore, la majorité des crédits accordés aux ménages est destinée au financement du logement, lequel ne saurait être assimilé à une dépense de consommation, mais relève pleinement de l’investissement au sens économique du terme », a-t-il conclu.

N.J











Commentaire
Khaled abidi
C’est la première fois que je vois ce Mr employé le mot bénéfique mais il se reprend très vite en disant que ces mesures sont tardives