La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), qui couvre environ 3,5 millions d’assurés en Tunisie, traverse actuellement une crise de liquidité aiguë. Cette situation a exacerbé les tensions entre la Cnam et les prestataires de soins du secteur privé, comme le souligne l’expert en protection sociale Badr Smaoui.
Interrogé lors d’une interview à l’agence Tap, Badr Smaoui a rappelé une paradoxale situation comptable : la Cnam affiche un excédent théorique d’environ 900 millions de dinars, mais se heurte à un manque réel de liquidités qui l’empêche de régler ses dettes envers les pharmaciens, les médecins et les autres prestataires privés. Selon l’expert, la résolution de cette crise ne peut se limiter à des mesures techniques, comme la généralisation de la carte électronique ou la réduction des délais de paiement. Elle nécessite au contraire une réforme profonde et globale du système de sécurité sociale, ainsi qu’une révision de ses équilibres financiers.
Badr Smaoui estime qu’il est indispensable de diversifier les sources de financement au-delà des seules contributions des salariés et des entreprises. Il a ainsi salué les orientations prévues par la loi de finances 2026, qui envisage l’instauration de nouvelles taxes, offrant à l’État davantage de marges de manœuvre pour intervenir et corriger les déséquilibres financiers. L’expert a également rappelé que la CNSS, qui est légalement tenue de transférer certaines contributions à la Cnam depuis 2017, ne respecte pas toujours cette obligation en raison de ses propres difficultés financières.
La Cnam repose sur trois principaux mécanismes de couverture. La majorité des assurés, soit près de 59 %, relève du système public, qui leur permet de se faire soigner dans les hôpitaux publics et les cliniques gérées par la CNSS. Viennent ensuite le système de remboursement des frais, qui concerne 25 % des affiliés et oblige l’assuré à financer lui-même ses soins avant de récupérer environ 70 % des dépenses. Enfin, le tiers payant via le médecin de famille, qui ne représente que 18 % des assurés, offre l’avantage de ne payer que 30 % du coût des soins, mais souffre d’une crise de confiance persistante entre la Cnam et les prestataires.
Selon Badr Smaoui, seule une refonte structurelle du financement et de la gouvernance du système permettra de restaurer la confiance et d’assurer la continuité des prestations pour les assurés sociaux, tout en garantissant la durabilité financière de la Cnam.
S.H










