La Tunisian Saudi Bank (TSB Bank, ex-Stusid) a publié avec plus de six mois de retard ses états financiers individuels et consolidés arrêtés au 31 décembre 2024. Les documents confirment une situation financière extrêmement dégradée, marquée par des pertes lourdes, des fonds propres négatifs et de graves manquements aux exigences prudentielles, conduisant les commissaires aux comptes à émettre un avis avec réserves tant au niveau individuel que consolidé.
Des pertes cumulées qui devraient atteindre les 310 millions de dinars
Selon le projet de résolution soumis aux actionnaires, les pertes cumulées de la banque ont atteint -228,69 millions de dinars au 31 décembre 2025. Après affectation des résultats, ces pertes devraient s’aggraver pour atteindre -309,8 millions de dinars, illustrant la profondeur de la crise financière que traverse l’établissement.
Des comptes individuels lourdement déficitaires
Sur le plan individuel, la TSB Bank a enregistré un résultat net déficitaire de -81,1 millions de dinars au titre de l’exercice 2024, contre -73,89 millions de dinars en 2023, soit une aggravation de 9,76%.
Le produit net bancaire (PNB) s’est établi à 13,85 millions de dinars fin 2024, en repli de 4,21% sur un an.
Les dépôts et avoirs de la clientèle ont reculé à 878,51 millions de dinars, enregistrant une baisse de 11,36%, tandis que les créances sur la clientèle se sont établies à 497,63 millions de dinars, en diminution de 13,09% par rapport à l’exercice précédent.
Fonds propres négatifs et non-respect des normes prudentielles
Les commissaires aux comptes soulignent l’existence d’une incertitude majeure quant à la continuité d’exploitation de la banque. Ils relèvent notamment que, contrairement aux dispositions du code bancaire, les actifs de la TSB Bank ne couvrent pas ses engagements envers les tiers à hauteur du capital minimum réglementaire.
Les fonds propres comptables sont négatifs, atteignant -126,52 millions de dinars au 31 décembre 2024. Par ailleurs, la banque se trouve en situation de difficulté avérée, au sens de la réglementation bancaire, avec un ratio de solvabilité inférieur à la moitié du minimum réglementaire de dix pour cent fixé par la Banque centrale de Tunisie. La TSB Bank ne respecte également pas les exigences prévues par la circulaire n°2018-06 relative à l’adéquation des fonds propres.
Une recapitalisation décidée mais toujours non réalisée
Face à cette situation critique, un plan de sauvetage couvrant la période 2024-2028 a été élaboré et transmis à la Banque centrale de Tunisie en janvier 2024. Ce plan prévoit notamment une augmentation de capital de cent millions de dinars, conditionnée à la mise en œuvre d’un programme de redressement.
Une Assemblée générale extraordinaire tenue le jeudi 3 avril 2024 a approuvé cette opération. La participation de l’État tunisien, à hauteur de 49,625 millions de dinars, a été validée par la loi n°47 du lundi 4 novembre 2024. Toutefois, à la date de publication du rapport des commissaires aux comptes, l’augmentation de capital n’avait pas encore été réalisée effectivement, maintenant la banque dans une situation de grande vulnérabilité.
Contentieux, insuffisances comptables et faiblesses du système d’information
Les commissaires aux comptes attirent également l’attention sur plusieurs risques supplémentaires. De nombreux litiges opposant la banque à des tiers, dont certains clients, sont toujours pendants. Bien que des provisions aient été constituées pour 4,69 millions de dinars, l’impact potentiel des autres affaires en cours demeure incertain.
Le rapport fait aussi état de défaillances du système d’information, ne permettant pas de garantir l’exhaustivité des engagements hors bilan, ainsi que de soldes comptables en suspens liés notamment aux comptes de compensation, aux moyens de paiement électroniques et aux comptes de correspondants bancaires. Les conséquences financières finales de ces anomalies ne peuvent, à ce stade, être estimées de manière fiable.
Des comptes consolidés également dans le rouge
Au niveau consolidé, la situation n’est guère plus rassurante. Le groupe TSB Bank a enregistré un résultat net déficitaire de -54,13 millions de dinars en 2024, contre -43,55 millions de dinars en 2023, soit une dégradation de 24,31%.
Le groupe a acquitté un impôt de 26,39 millions de dinars, en légère diminution par rapport à l’exercice précédent. Le PNB consolidé s’est établi à 13,85 millions de dinars, en baisse de 4,21%.
Les commissaires aux comptes ont, là aussi, émis un avis avec réserves, pointant les mêmes faiblesses structurelles : fonds propres négatifs, insuffisance des ratios de solvabilité, incertitudes sur la continuité d’exploitation et dépendance critique à la réussite du plan de restructuration et à la recapitalisation annoncée.
Filiales en difficulté et risques de consolidation
Le rapport consolidé met en lumière les difficultés de plusieurs entités du périmètre de consolidation. Certaines filiales sont en liquidation ou sous procédures judiciaires, tandis que d’autres présentent des doutes sérieux quant à leur capacité à poursuivre leur activité. Ces situations sont susceptibles d’avoir un impact négatif supplémentaire sur les comptes consolidés du groupe.
La société de bourse Tunisian Saudi Investment (TSI), détenue à hauteur de 30%, a notamment été placée sous surveillance judiciaire par décision du Tribunal de première instance de Tunis en date du jeudi 15 mai 2025, en raison de défaillances de gestion. À ce stade, l’impact financier final de cette procédure reste indéterminé.
Une assemblée générale ordinaire décisive
Dans ce contexte particulièrement tendu, le Conseil d’administration de la TSB Bank a convoqué les actionnaires à une Assemblée générale ordinaire prévue le jeudi 8 janvier 2026 à 10 heures, au siège de la banque. Cette réunion devrait être déterminante pour examiner la situation financière, statuer sur les comptes et évaluer l’état d’avancement du plan de sauvetage.
Une survie conditionnée à l’exécution du plan de restructuration
En définitive, la pérennité de la TSB Bank demeure étroitement liée à la mise en œuvre effective de l’augmentation de capital, à la réussite du programme de restructuration 2024-2028 et au rétablissement des ratios prudentiels exigés par la Banque centrale de Tunisie. À défaut, les incertitudes majeures soulevées par les commissaires aux comptes continueront de peser lourdement sur l’avenir de l’établissement.
I.N.











