L’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine pour les rédactions, elle est déjà à l’œuvre, discrètement ou ouvertement, dans l’écriture assistée, l’analyse de données, la vérification des faits ou la diffusion des contenus. Cette transformation rapide, porteuse d’opportunités mais aussi de risques, pose avec acuité la question des cadres éthiques, professionnels et démocratiques de son usage. En Tunisie, où les médias évoluent dans un contexte économique fragile et institutionnellement mouvant, ces enjeux prennent une dimension particulière.
C’est dans ce paysage en recomposition qu’a été créée l’Association tunisienne des médias et de l’intelligence artificielle (ATMEDIA). Organisation indépendante et à but non lucratif, fondée à Tunis, elle se donne pour mission d’accompagner les professionnels de l’information face à l’essor de ces technologies, sans renoncer aux exigences fondamentales du journalisme : rigueur, transparence et responsabilité à l’égard du public.
À la croisée des mondes médiatique, académique et technologique, ATMEDIA réunit des journalistes, des experts du numérique, des communicants et des universitaires. L’association entend devenir un lieu de réflexion collective mais aussi d’action concrète, capable de produire des réponses adaptées aux réalités tunisiennes tout en s’inscrivant dans les débats globaux sur l’avenir de l’information à l’ère algorithmique.
La présidence a été confiée à Dr Souhir Lahiani, enseignante-chercheuse à l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI), tandis que la co-présidence revient à Rabeb Aloui, la directrice de BN Check. Parmi les membres fondateurs figurent également Arbi Battini, Nayma Chermiti, Faicel Aouini, Hajer Ben Hassen, Ahmed Hamdi et Najeh Kharrez.
Dans ses orientations, ATMEDIA affiche une volonté claire, accompagner la transformation numérique des médias sans la subir. L’association prévoit de développer des formations spécialisées à destination des journalistes, photographes, techniciens et monteurs, afin de leur permettre de maîtriser les outils d’intelligence artificielle dans un cadre professionnel et éthique.
Au-delà des rédactions, l’initiative vise aussi le grand public. Face à la montée en puissance de la désinformation, des contenus générés ou manipulés par des systèmes automatisés, ATMEDIA souhaite produire des ressources pédagogiques accessibles, destinées à renforcer la compréhension critique des usages de l’IA dans l’information.
L’association ambitionne par ailleurs de contribuer à l’élaboration d’un cadre éthique national, en dialogue avec les autorités, les chercheurs et les acteurs du secteur. Objectif : anticiper les dérives potentielles manipulation des images et des sons, atteintes à la vie privée, érosion de la confiance dans les médias et proposer des garde-fous adaptés au contexte tunisien.
À travers cette initiative, ses fondateurs défendent une conviction, l’intelligence artificielle ne saurait être ni ignorée ni adoptée sans discernement. Elle doit être pensée comme un outil, au service d’un journalisme de qualité et de l’intérêt général. ATMEDIA se dit, à ce titre, ouverte aux partenariats avec les institutions, les médias et les acteurs de la recherche désireux de construire un écosystème où innovation technologique et responsabilité éditoriale avancent de concert.











Commentaire
jamel.tazarki
Il faudrait également se tourner vers la production de logiciels d’IA.
– pour les ministères et les collectivités.
– pour la gestion des ressources humaines, des finances publiques et de l’état civil des mairies ;
– pour l’archivage sécurisé et les portails citoyens.
– pour les notaires et les avocats.
– moteur de recherche juridique utilisant l’intelligence artificielle pour analyser la jurisprudence.
– Outil de justice prédictive permettant d’évaluer les chances de succès d’un litige.
– etc.
Il faut enfin comprendre que l’intelligence artificielle consiste à alimenter un programme informatique en données structurées selon des bases mathématiques. Un exemple de structure de données est l’arbre de décisions. Il possède une structure hiérarchique et arborescente composée d’un nœud racine, de branches, de nœuds internes et de nœuds feuille. L’IA traverse tous les nœuds de l’arbre de décisions afin de trouver une solution optimale, en se basant sur ce que l’on appelle le backtracking (j’ai écrit un travail de recherche scientifique sur ce sujet à l’université de Munich). En Tunisie, nous ne pourrions jamais utiliser l’IA de façon efficace, car nos données sont chaotiques ; il faudrait d’abord les structurer. Toutes les entreprises et institutions de la planète sont en train de restructurer leurs données afin d’en tirer des implications intelligentes grâce à l’IA. Et que fait la Tunisie ?
Un logiciel d’IA pour les domaines cités ci-dessus et autres ne dépasserait pas les 200 lignes si les données dont il se sert sont bien structurées. Avec 250 000 chômeurs académiques en Tunisie, il devrait y avoir au moins une centaine de personnes capables de créativité intelligente. L’intelligence se perd dans la masse en Tunisie, alors que d’autres pays la cherchent à la loupe chez leurs académiciens et écoliers.
Bonne journée
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien