Amnesty International a réagi, mardi 6 janvier 2026, à la libération de Sherifa Riahi, ancienne directrice exécutive de l’association Tunisie Terre d’Asile, d’Imen Ouardani, d’Iyad Bousselmi, ainsi que d’autres personnes poursuivies dans le même dossier. La justice ayant prononcé une peine de deux ans de prison assortie du sursis à l’exécution.
Une libération saluée mais une condamnation contestée
Dans une déclaration publiée par sa section tunisienne, l’organisation a salué ce geste tout en rappelant que la condamnation demeure « extrêmement arbitraire » :
« Les autorités tunisiennes ont libéré tard dans la nuit des employés de l’association Tunisie Terre d’Asile et d’anciens responsables municipaux, dont Sherifa Riahi, Mohamed Jouou et Imen Ouardani, après que le Tribunal de première instance de Tunis les ait condamnés à deux ans de prison avec sursis.
Même si cette libération constitue un soulagement pour eux et leurs familles, la condamnation reste totalement injustifiée. Elle se fonde uniquement sur leur rôle au sein de Tunisie Terre d’Asile, qui apporte un soutien humanitaire et la protection des droits aux réfugiés et aux migrants vivant dans des situations à risque.
Cette affaire n’aurait jamais dû être jugée et illustre une fois de plus la criminalisation arbitraire et nuisible exercée par les autorités tunisiennes contre la société civile et le travail humanitaire », a affirmé l’organisation dans un post Facebook.
La réaction d’Amnesty met en lumière le caractère politique et contesté de cette procédure, qui avait suscité un vaste mouvement de soutien et de mobilisation au sein de la société civile tunisienne.
Un contexte humain particulièrement poignant
La libération de Sherifa Riahi, survenue tard dans la soirée de lundi 5 janvier à mardi 6 janvier 2026, a été particulièrement suivie par l’opinion publique, tant son cas avait ému la population. Lors de son arrestation, elle avait été séparée de son bébé de quelques mois, qu’elle n’a pas pu voir grandir pendant sa détention.
Les faits et le déroulement du dossier
Le dossier, examiné par la première chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis, concerne plusieurs militants et employés de Tunisie Terre d’Asile poursuivis en lien avec leurs activités humanitaires auprès de migrants et de demandeurs d’asile.
Avant la décision de libération, cinq prévenus étaient maintenus en détention préventive depuis plus de 580 jours, malgré l’abandon de plusieurs chefs d’accusation. Outre Sherifa Riahi, figuraient parmi eux Iyad Bousselmi, directeur de l’association depuis avril 2023 et ancien diplomate, Mohamed Jouou, Imen Ouardani, ancienne adjointe au maire de Sousse, ainsi que Mohamed Iqbal Khaled, ancien maire de Sousse élu en 2019 en tant qu’indépendant.
Les poursuites reposaient essentiellement sur des accusations d’aide à des étrangers en situation irrégulière, de facilitation de séjour illégal et d’hébergement clandestin, liées aux activités de l’association. Ces actions s’inscrivaient notamment dans le cadre d’une convention de coopération avec la municipalité de Sousse, portant sur l’orientation juridique, sanitaire et sociale des migrants.
Au cours de la procédure, plusieurs accusations initiales ont été abandonnées, notamment celles relatives au blanchiment d’argent. Par ailleurs, l’association Tunisie Terre d’Asile a été mise hors de cause en tant que personne morale, toutes les charges la visant ayant été classées sans suite.
Les membres et employés de l’association ont toutefois continué de comparaître à titre individuel, sur la base de l’article 25 de la loi n°7 de 1968 relative au statut des étrangers, des articles 39 et 41 de la loi n°40 de 1975 relative aux passeports et documents de voyage, ainsi que d’accusations liées à l’usage de la qualité de fonctionnaire à des fins jugées indues.
La défense a à plusieurs reprises contesté la base juridique des poursuites, rappelant que les actions reprochées avaient été menées au vu et au su des autorités, dans un cadre de coordination institutionnelle. Elle a également souligné que les audits financiers n’avaient révélé ni enrichissement personnel ni infractions financières, et que les programmes de l’association étaient financés par des bailleurs internationaux, dont l’Union européenne et le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), conformément aux engagements internationaux de la Tunisie.
Un sit-in organisé le 5 janvier avait dénoncé la poursuite des détentions malgré l’abandon des accusations financières et la mise hors de cause de l’association. Les participants avaient réaffirmé que l’assistance humanitaire aux migrants relève d’un devoir de solidarité et du respect des droits fondamentaux.
La libération de Sherifa Riahi et de ses coaccusés marque un tournant important dans ce dossier emblématique. Néanmoins, de nombreuses voix continuent de réclamer l’abandon total des poursuites et la reconnaissance du caractère légitime du travail associatif et humanitaire en Tunisie.
I.N.












