La famille de l’avocat et ancien magistrat Ahmed Souab a tiré la sonnette d’alarme, mardi 6 janvier 2026, concernant la dégradation inquiétante de son état de santé en détention.
Dans un communiqué rendu public, ses proches indiquent qu’Ahmed Souab a été victime, la veille, d’un premier épisode de saignement nasal sévère aux alentours de 10 heures du matin. Une intervention de l’équipe paramédicale du pavillon carcéral où se trouve sa cellule a alors été nécessaire.
Quelques heures plus tard, vers 14 heures, l’ancien juge a subi un second épisode hémorragique, décrit comme plus violent, au point de lui faire perdre connaissance. Cette fois, l’intervention du médecin principal de la prison de la Mornaguia a été requise, ainsi que celle d’un cadre supérieur de la direction générale des prisons et de la rééducation.
Dans son communiqué, la famille tient toutefois à souligner que la prise en charge par le personnel médical, paramédical et les agents pénitentiaires de la prison de la Mornaguia a été « respectueuse et humaine ».
Des pathologies cardiaques connues et un diagnostic impossible en détention
La famille rappelle qu’Ahmed Souab souffre de maladies cardiaques chroniques, dûment documentées dans son dossier judiciaire. Détenu depuis neuf mois, il se trouve aujourd’hui confronté à des symptômes dont les causes ne peuvent être clairement identifiées dans le cadre des conditions actuelles de détention, lesquelles ne permettent pas, selon ses proches, la réalisation d’un diagnostic médical approprié.
Face à la répétition de ces malaises et à l’impossibilité d’en déterminer l’origine, la famille d’Ahmed Souab affirme tenir pour responsables de sa situation sanitaire et de sa sécurité « le président de la République, la ministre de la Justice et les magistrats ».
Cette nouvelle alerte intervient dans un contexte de préoccupations croissantes autour de l’état de santé de plusieurs détenus politiques ou d’opinion, et relance le débat sur la compatibilité des détentions prolongées avec les exigences du droit à la santé et à la dignité des personnes privées de liberté.
Une condamnation sur fond d’accusations politiques
Ahmed Souab avait été condamné, le 31 octobre 2025, à cinq ans de prison ferme assortis de trois ans de surveillance administrative. Le verdict avait été prononcé par la chambre criminelle spécialisée du pôle judiciaire antiterroriste, à l’issue d’un procès vivement critiqué par la défense et plusieurs organisations de la société civile.
Selon le comité de défense, l’audience s’était tenue dans des conditions jugées inéquitables : Ahmed Souab, qui refusait la comparution par visioconférence, était absent, les débats n’avaient duré que quelques minutes et ses avocats n’avaient pas été autorisés à plaider.
Il était poursuivi pour « incitation à commettre un acte terroriste » et « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », sur la base d’une déclaration faite en marge du procès en première instance de l’affaire dite du complot contre la sûreté de l’État. Lors de cette prise de parole, il avait évoqué, de manière métaphorique, l’image d’un « couteau sous la gorge » pour illustrer la pression exercée par le pouvoir exécutif sur les juges.
Une métaphore que de nombreux avocats et magistrats indépendants estiment avoir été délibérément interprétée comme une menace, afin de criminaliser une voix critique du pouvoir. Des organisations nationales et internationales de défense des droits humains avaient, à l’époque, dénoncé un procès politique et appelé à sa libération.
R.B.H












