Nous avions espéré commencer l’année sur une note positive. Après les épreuves de 2025, nous en avions plus que jamais besoin, misant sur le football — quoi d’autre ? — pour distiller cette once de bonne humeur capable de raviver un soupçon d’espoir en l’avenir.
Mais le football ne nous a pas offert ce plaisir. Cette étincelle d’espoir naïf, celle des cœurs qui s’accrochent à de petits détails pour croire que la nouvelle année sera meilleure que la précédente, s’est rapidement éteinte.
Rassurez-vous, la chronique de cette semaine ne s’aventurera pas à parler de football. Pourtant, ce sport national en dit long sur nous, bien plus que ce que nous voulons nous avouer à nous-mêmes. Il révèle une dimension politique qui explique à elle seule bien des travers.
Un miroir brutal de nos failles
« Nous rêvons beaucoup, mais nous travaillons peu », a lancé le jeune Hannibal Mejbri à l’issue du match marquant la défaite de la sélection tunisienne face au Mali à la CAN. Il fallait que la critique la plus acerbe et la plus juste vienne de l’un des rares sur lesquels elle ne s’applique pas. C’est là la marque des grands : ils se remettent constamment en question et estiment que c’est à eux de changer, non au monde qui les entoure. « La Tunisie est en retard sur tous les plans », a-t-il aussi relevé. « Le chantier est si vaste qu’il faudrait tout recommencer à zéro ». Dépité, mais lucide sur ce qui ne va pas et ce qu’il faudrait absolument faire.
Plusieurs commentateurs sportifs ont dressé le même tableau, qualifiant l’équipe tunisienne de « peu combative » et qui « perd rapidement ses moyens face à la défaite ». « C’est dans leur ADN », sont même allés jusqu’à affirmer certains.
Notre ADN serait-il donc ce manque de souffle face à l’adversité ? Cette propension à se complaire dans la défaite plutôt qu’à chercher ce qui ne va pas ? Force est de reconnaître que ce constat, d’abord sportif, a rapidement dépassé les limites des terrains pour nous définir en tant que peuple.
Comme cette équipe qui flanche au moindre obstacle, nous nous enfermons dans un cercle vicieux d’échecs et de résignation. Les années passées ont bien creusé ce sillon : emprisonnements arbitraires, crise économique qui malmène nos portefeuilles, procès politiques aux relents abracadabrantesques. Ces blessures accumulées pèsent lourd sur notre présent et assombrissent notre futur.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le pouvoir a puisé dans ce registre pour nous maintenir sous la surface, nous faire croire que notre salut ne viendra pas de nous-mêmes, mais qu’il est entravé par des comploteurs, par des forces malveillantes qui cherchent à nous nuire.
Le piège du populisme victimiste
Le discours présidentiel de fin d’année — le premier depuis 2020 — a perpétué ce même langage alarmiste, complotiste et menaçant. Un discours qui, au lieu de rassembler, de bâtir et de planifier, divise et instille la peur. Il nous dit clairement que nous n’avons pas besoin de changer, d’avoir une vision, de travailler ou de nous ressaisir. Non, si nous allons mal, c’est la faute des autres, de ceux qui complotent contre nous, qui nous tirent vers le bas. Cette rhétorique nous emprisonne dans un cycle répétitif d’erreurs et d’inaction. Au lieu de construire, nous cherchons ce que nous devons détruire pour l’illusion d’aller mieux.
Ce populisme victimiste exploite la division entre un « peuple » opprimé et des « élites » corrompues, renforçant un sentiment d’injustice permanente. Il invite à voir l’histoire à travers le prisme de la spoliation, de l’oppression et de la privation, où la solution consisterait à « reprendre ce qui nous a été volé ». Ce récit, séduisant par sa simplicité, décourage pourtant toute remise en question profonde et bloque le dialogue constructif nécessaire à toute transformation.
Il fait croire que la survie dépend avant tout de la dénonciation des « méchants », et non de l’effort, de la responsabilité ou du changement. Pourquoi alors travailler, s’investir, se dépasser, quand tout semble biaisé et que la faute est toujours rejetée sur autrui ? Cette posture, loin d’être un moteur d’émancipation, devient un véritable frein, un poids qui entrave la construction d’un avenir différent.
Le déni qui paralyse
L’infrastructure du pays est au point mort : au lieu de bâtir des villes modernes et durables, nous rafistolons à l’aveugle. Nous réparons des murs prêts à s’effondrer et entourons des dépotoirs de simples parois de brique. Aucun investissement sérieux n’est fait dans les métiers d’avenir, pas de refonte des diplômes, ni de réforme profonde de l’éducation. À la place, on préfère promettre à des chômeurs de longue date des emplois massifs pour lesquels ils ne sont pas qualifiés, et où leur efficacité reste illusoire.
Rien ne garantit que 2026 sera différente si nous continuons à regarder ailleurs, à attendre que les autres agissent. Si nous ne faisons rien, nous continuerons à être ce que nous ne voulons pas être et ce à quoi nous pensons tout faire pour ne pas ressembler…











4 commentaires
Hannibal
C’est un problème de leadership et gouvernance.
Comment voulez-vous qu’un peuple se bouge le c.. quand un PR ne fait que le diviser et à le maintenir au fond du trou, un peu à la manière de Kadhafi ?
Ce peuple khobziste et adepte de celui qui est debout, doit sortir de son carcan pour penser et agir pour le bien de tous.
le financier
quand le tunisien sera pret a mourir pour le bien et l avenir de ses enfants , la tunisie changera
zaghouan2040
J’entame la cinquantaine et suis au rentré au pays il y a une vingtaine d’années. La Tunisie de mon enfance celle des années 80 est désormais aux antipodes de la Tunisie de 2026. La déchéance et la marginalisation de ce pays promis pourtant à devenir l’équivalent du Portugal relèvent de l’ impensable tout simplement de l’impensable.
Tous mes proches, amis et connaissances ont fui ; ils m’encouragent à mon âge a fuir moi aussi en me répétant sans cesse que je suis un inconscient qui survit dans un asile d’aliéné appelé à imploser lors de la prochaine décennie.
Gore fest
Je suis désolé de le dire, mais rentrer était une erreur monumentale . J’ai fui le pays il y a un an, à 45 ans, et c’est sans hésitation la meilleure décision de ma vie. Je revis enfin. Je respire. Pour la première fois depuis longtemps, je ressens de la joie et de l’espoir. Partez tant que vous en avez encore la force et la santé.