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Des solutions pour l’humanité entière, sauf le Venezuela

Par Marouen Achouri

L’enlèvement/arrestation du président du Venezuela, Nicolás Maduro, est sans doute l’événement le plus marquant de la scène internationale en ce début d’année 2026. Le fait que les Américains se donnent le droit d’arrêter manu militari un président en exercice, avec tous les doutes que l’on peut exprimer sur sa légitimité, reste quand même assez inédit. En tout cas, cela a suscité des réactions internationales, les leaders du monde ont été obligés de réagir à la question avec des fortunes diverses. Les plateaux médiatiques du monde entier ont évoqué – et continuent – cette action militaire américaine, en analysant les tenants et les aboutissants et en essayant de décrypter ce que cela dit du monde actuel et surtout de son avenir.

Le silence officiel tunisien

Il n’y a que la Tunisie, ou presque, qui n’a pas jugé utile d’évoquer le sujet ni d’exprimer son opinion et sa position par rapport à un événement d’une telle ampleur. La Tunisie « officielle » s’entend, puisque les journaux ont parlé de Nicolás Maduro et les plateaux de radios, essentiellement, ont analysé la situation et invité des experts en géopolitique et en relations internationales, comme cela se fait partout dans le monde. Par contre, la présidence de la République et le ministère des Affaires étrangères sont restés totalement muets et il n’existe, à ce jour, aucune position officielle tunisienne concernant l’opération militaire américaine au Venezuela.

Il faut tout de même noter que certains micro-partis ont quand même réagi à cette opération en invoquant des slogans qu’ils connaissent bien depuis des décennies autour de l’impérialisme américain, du respect de la justice internationale, de la souveraineté des peuples et d’autres nobles principes. Mais quand cela vient des mêmes groupuscules qui ont justifié, dans leur pays, les arrestations arbitraires, les procès bâclés où le droit à la défense est bafoué et l’expansion du pouvoir individuel, il est normal qu’il y ait de gros doutes sur leur crédibilité et que personne ne les écoute in fine. Quand journalistes, opposants politiques, avocats et militants remplissent les prisons, quand des personnalités comme Ahmed Souab ou Ayachi Hammami croupissent en prison, il est vrai qu’il devient délicat pour les petits partis, toujours ignorés, de donner le change et de se présenter en défenseurs des droits, des libertés et de la justice internationale.

Entre principes affichés et pragmatisme diplomatique

Au niveau officiel, il semble que l’on ait choisi de ne rien faire devant la difficulté de l’exercice. La Tunisie ne peut pas assumer une position dans laquelle elle condamnerait l’attaque militaire américaine en invoquant les principes du droit international et la souveraineté des peuples. Nous sommes contre l’ingérence étrangère et la souveraineté est brandie à tout va dans les communiqués présidentiels, mais pas au point de nous fâcher avec l’Oncle Sam. Nous n’avons même pas été capables de négocier avec les Américains une réduction, voire une suppression, des taxes instaurées sur les produits tunisiens, alors vous imaginez bien que pour le Venezuela, on passera notre tour. Il est bon de noter parallèlement que nous n’avons pas non plus basculé dans une position pro-américaine qui tendrait à justifier l’action militaire et nous ne nous sommes pas hasardés à féliciter le peuple vénézuélien pour s’être débarrassé d’un dictateur grâce à l’intervention américaine. C’est ce que d’autres pays ont fait en espérant se prémunir contre l’appétit expansionniste de Donald Trump et de son administration. La Tunisie n’est quand même pas tombée aussi bas.

Toutefois, quand le président de la République dit et répète qu’il faut penser des solutions viables pour « l’humanité toute entière », quand Kaïs Saïed critique un « système économique mondial injuste » et décrète que « l’humanité a besoin d’un nouvel ordre mondial », nous sommes en droit d’attendre au moins une réaction, un commentaire, une lecture de ce qui vient de se passer au Venezuela. Quand l’ambition est supranationale et que les idées sont supposées transcender les différences entre les pays et les peuples, il devient important de prendre clairement position sur des questions de principe, au-delà des préoccupations immédiates de relations bilatérales et de coopération avec le gendarme du monde. Kaïs Saïed avait, dans la même logique, exprimé ses vues en matière migratoire en parlant de division inégale du travail et d’exploitation. Il a même pu en faire part à d’autres dirigeants dans le cadre du Sommet de Rome sur la migration, organisé en juillet 2023, vous vous en souvenez ? Rien n’a vraiment changé depuis.

Apparemment, tout cela fait défaut dans le cas du Venezuela et de Nicolás Maduro. C’est peut-être le fait de la distance géographique ou du simple pragmatisme diplomatique et politique. Mais l’absence de réaction officielle illustre parfaitement la différence entre le fait d’énoncer des slogans généraux sans réel impact et l’exigence d’illustrer ces mêmes slogans face à une situation donnée. Parler ne coûte rien, agir, par contre…

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4 commentaires

  1. Vladimir Guez

    8 janvier 2026 | 21h47

    Notre guide suprême s’est un peu dégonflé sur le Venezuela, mais dans les jours qui viennent il.va se rattraper sur sa référence suprême, l’Iran.

  2. Fares

    7 janvier 2026 | 20h36

    Le parti Echaab ne cesse de nous surprendre par la nullité de ses membres. On n’a pas entendu ces membres protester contre le présumé accord secret entre Saied et l’armée algérienne qui menacerait directement la souveraineté de notre pays. Au lieu de ça, ces gauchistes attardés s’inquiètent pour la souveraineté du Vénézuela. شي كبير

    Pour le régime, rien de surprenant. Saied n’a fait que servir du bavardage aux tunisiens depuis 2019 تفشليم قهاوي، mais il fait l’autruche face aux vrais problèmes. On pourrait respecter un régime répressif, mais courageux. Par contre la répression et la lâcheté se marient mal.

  3. HatemC

    7 janvier 2026 | 16h59

    Le silence tunisien et Algérien d’ailleurs n’est pas du pragmatisme, c’est un aveu de faillite.

    L’arrestation de Nicolas Maduro par les États-Unis a provoqué un séisme diplomatique mondial.
    Tous les États, même les plus faibles, ont été contraints de se positionner.
    Tous… sauf la Tunisie officielle.
    Ce silence n’est ni une subtilité diplomatique ni une prudence calculée. C’est un aveu.

    Ce mutisme met surtout à nu l’imposture du discours présidentiel.
    Lorsqu’un chef de l’État prétend réfléchir à des solutions pour « l’humanité entière », dénoncer un « ordre mondial injuste » et appeler à un « nouveau système international », il ne peut pas se réfugier dans l’esquive dès qu’un cas concret met ces slogans à l’épreuve. L’universel ne se déclame pas, il s’assume.

    Le Venezuela n’est pas un dossier lointain.
    Il est un miroir dangereux : celui d’un pays qui, au nom de la souveraineté, a détruit ses institutions, confisqué ses richesses et appauvri son peuple. Voilà pourquoi il dérange.
    Voilà pourquoi on préfère se taire.

    Parler de souveraineté quand on ne maîtrise plus son économie, se réclamer de principes quand on emprisonne opposants, journalistes et avocats, invoquer l’humanité quand on fuit toute prise de position internationale :
    CE N’EST PAS DU PRAGMATISME DIPLOMATIQUE, C’EST DU VIDE POLITIQUE

    Ni Alger ni Tunis n’ont intérêt à commenter un scénario qui leur ressemble, chacun à sa manière … HC

  4. Hannibal

    7 janvier 2026 | 16h21

    D’abord pour savoir le point de vue officiel, il aurait fallu inviter et interroger des officiels par les médias. Mais je doute que ces officiels osent ouvrir le bec tellement ils ont la trouille de faire des gaffes qui déplairait au manitou.
    Je suis curieux de savoir si le voisin de l’ouest a réagi officiellement à ce qui s’est passé au Venezuela, vu que le manitou local agit par mimétisme du manitou de l’ouest. Chacun son manitou et Tozz fil souveraineté.