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TSB – Une banque officiellement en danger

Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

La Tunisian Saudi Bank convoque ses actionnaires ce jeudi 8 janvier 2026 pour approuver des états financiers 2024 publiés avec plusieurs mois de retard. Mais derrière cette formalité, le rapport des commissaires aux comptes raconte une tout autre histoire : celle d’une banque en situation critique, aux fonds propres négatifs, incapable de respecter la loi bancaire et dont la continuité d’exploitation est désormais ouvertement mise en doute.

La TSB Bank (ex-Stusid, détenue à égalité par les États tunisien et saoudien) convoque ses actionnaires le jeudi 8 janvier 2026 pour faire approuver des états financiers consolidés 2024 arrêtés au 31 décembre 2024.

Mais le document central n’est pas la convocation. C’est le rapport des commissaires aux comptes Nour El Houda Hanen et Walid Ben Salah. Un texte rare par son ton. Un rapport qui, au-delà des chiffres, décrit une banque en situation critique, avec une continuité d’exploitation devenue conditionnelle, une recapitalisation non réalisée, et des risques juridiques impossibles à chiffrer.

Une alerte qui change tout : la continuité d’exploitation n’est plus acquise

Les commissaires aux comptes écrivent d’emblée ce que les rapports évitent généralement de formuler aussi explicitement : la poursuite de l’activité de la banque n’est plus assurée.

Ils rattachent cette alerte à un constat simple, brutal et juridiquement explosif : la banque ne respecte pas les exigences minimales du code bancaire.

À fin 2024, les fonds propres comptables de la société mère sont négatifs et atteignent –126,516 millions de dinars.

Ce seul chiffre suffit à comprendre la nature du problème : une banque peut avoir une mauvaise année. Mais des fonds propres sous zéro, c’est une banque qui ne tient plus debout sur ses propres bases.

Une banque “en difficulté” au sens de la loi

Le rapport va plus loin. Il explique que la TSB se trouve, à fin décembre 2024, dans une situation assimilable à une banque en difficulté au sens de l’article 110 du code bancaire.

Et il pointe un autre indicateur de rupture : le ratio de solvabilité est tombé sous 50 % du minimum réglementaire, alors que la Banque centrale fixe ce minimum à 10 %.

Le texte précise également que la banque ne répond pas aux critères prudentiels, notamment ceux de la circulaire 2018-06 relative à l’adéquation des fonds propres.

On n’est plus ici dans la mauvaise performance. On est dans la non-conformité structurelle, documentée, répétée, et assumée dans le rapport.

La recapitalisation de 2024 : votée, validée, mais toujours pas “réalisée”

C’est l’un des passages les plus lourds du rapport. Les commissaires aux comptes rappellent qu’une assemblée générale extraordinaire du 3 avril 2024 a décidé une augmentation de capital de 100 millions de dinars.

Ils précisent que l’État tunisien a validé sa participation à l’opération à hauteur de 49,625 millions de dinars, via la loi n°47 du 4 novembre 2024 votée sans souci par les députés.

Puis vient la phrase qui fait basculer le récit. Malgré le vote, malgré la validation, l’opération “n’a pas été réalisée effectivement” jusqu’à la date de rédaction du rapport.

Autrement dit, l’augmentation de capital a été votée et validée, mais l’argent n’est toujours pas entré dans les caisses de la banque.

Des plaintes, dont celles de clients, et un risque juridique impossible à chiffrer

Le rapport mentionne explicitement que plusieurs parties, y compris certains clients, ont déposé des plaintes contre la banque et qu’à la date du rapport aucune décision définitive n’avait été rendue.

 La banque a constitué en 2024 des provisions supplémentaires de 257 mille dinars et a enregistré des reprises de 5,617 millions de dinars après des jugements définitifs dans certains dossiers, ce qui porte le total des provisions liées à ces litiges à 4,688 millions de dinars fin 2024.

Mais l’essentiel est ailleurs : les commissaires aux comptes disent ne pas pouvoir évaluer l’impact potentiel des autres affaires sur la situation financière ni sur les fonds propres, sur la base des éléments disponibles et des correspondances des avocats.

C’est exactement le type de phrase qui inquiète. Non pas parce qu’elle annonce une condamnation. Mais parce qu’elle acte l’existence d’un risque et l’impossibilité de le mesurer.

Le groupe, ses filiales, et le périmètre “tronqué” du consolidé

Autre volet, moins spectaculaire pour le grand public mais redoutable en audit : le rapport attire l’attention sur des filiales où la banque détient directement ou indirectement 20 % ou plus, mais qui n’ont pas été intégrées au périmètre de consolidation, car elles sont en liquidation ou en règlement judiciaire, avec constitution de provisions.

Ce passage est important, parce qu’il rappelle une réalité souvent oubliée : un consolidé n’est pas seulement un reflet de la maison mère. C’est aussi une photographie d’un groupe dont certaines branches sont déjà sorties de l’activité normale, parfois sans retour possible.

Un “incident” externe qui peut coûter cher : la décision du Conseil de la concurrence

Le rapport mentionne aussi une affaire qui sort du strict cadre bancaire : une décision du Conseil de la concurrence portant sur des mesures de report d’échéances pendant la période Covid.

Problème : à la date de la rédaction du rapport des commissaires aux comptes, le 5 décembre 2025, la banque n’avait pas été informée du contenu précis, n’avait pas obtenu la décision complète, et les commissaires aux comptes indiquent qu’il n’a pas été possible de déterminer l’impact final sur la situation au 31 décembre 2024.

Le rapport précise que la décision est susceptible d’appel et que son évolution sera suivie.

Un détail qui en dit long : le cas SITEX et la “digitalisation” mal documentée

Le rapport signale enfin une réserve émise par les commissaires aux comptes d’une société consolidée par mise en équivalence (SITEX).

Elle concerne des charges enregistrées en actifs incorporels “en cours” liées au passage du système d’information, pour 2,581 millions de dinars, sur une période allant de 2012 à 2024.

Les auditeurs indiquent qu’ils n’ont pas pu déterminer l’impact de l’absence d’analyse détaillée de ces charges sur les amortissements et les résultats de 2024 et des exercices antérieurs.

Ce n’est pas un “petit point technique”. C’est une question de traçabilité et de fiabilité. Et c’est exactement le type de faiblesse qui abîme la confiance, surtout quand une banque affirme vouloir se moderniser.

Les “solutions” annoncées : un plan, mais personne ne le voit

Dans leur rapport, les commissaires aux comptes indiquent que la direction de la TSB a élaboré un programme intégré de restructuration, appuyé sur un business plan de redressement censé couvrir les prochaines années. Mais le rapport s’arrête là.

Aucun détail n’est fourni sur le contenu de ce plan, ses hypothèses, son calendrier, ni sur les moyens concrets de sa mise en œuvre. Les auditeurs ne valident pas une stratégie. Ils constatent simplement son existence déclarative.

Plus encore, ils précisent que la continuité d’exploitation du groupe reste conditionnée à la réussite de ce programme, ainsi qu’à la réalisation effective de la recapitalisation décidée en 2024. Autrement dit, la survie de la banque repose sur un plan dont les contours ne sont ni documentés, ni mesurables, ni vérifiables à ce stade. Le plan en question n’a jamais été rendu public, même pas dans ses grandes lignes.

Pour le lecteur, le message est limpide : la TSB parle de redressement, mais le cœur de la solution – le business plan – n’est visible ni dans les comptes, ni dans le rapport d’audit, ni dans les faits.

Cette absence de visibilité tranche avec la gravité de la situation décrite par les commissaires aux comptes. Lorsque des fonds propres sont négatifs, que la banque ne respecte plus les exigences légales et que des risques juridiques pèsent sur l’avenir, un plan de sauvetage ne peut pas rester un simple énoncé d’intention.

Et c’est là que la TSB donne le sentiment d’être en décalage avec son époque.

Au-delà du constat dressé par les commissaires aux comptes, une banque qui manque de fonds propres et de crédibilité n’a pas le luxe de rester invisible. Il existe des pistes peu budgétivores que beaucoup d’établissements utilisent ailleurs pour regagner des flux et des clients. Une banque en ligne, une vraie différenciation digitale, un investissement marketing minimal mais intelligent, une offre simple et agressive. La concurrence locale n’est pas redoutable sur ce terrain. La TSB, elle, semble encore évoluer dans un modèle ancien, alors même que sa survie dépend d’une rupture.

La vraie question de l’assemblée du 8 janvier

Désormais, la TSB n’est plus jugée sur ses intentions, mais sur sa capacité à agir. Les chiffres traduisent une banque affaiblie, les réserves décrivent une institution en infraction avec les exigences légales, et les risques juridiques ajoutent une incertitude supplémentaire à un édifice déjà fragilisé.

Demain, jeudi 8 janvier 2026, les actionnaires sont appelés à approuver ces comptes. Juridiquement, l’exercice est classique. Économiquement, il est tout autre.

Pour la première fois, les commissaires aux comptes de la Tunisian Saudi Bank écrivent clairement ce que beaucoup murmuraient déjà : la continuité d’exploitation n’est plus acquise. Et sans recapitalisation effective, sans stratégie crédible et sans rupture profonde, la question n’est plus de savoir comment redresser la banque, mais combien de temps elle pourra encore tenir.

Maya Bouallégui

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