Le Conseil de la presse a condamné, dans un communiqué publié jeudi 8 janvier 2026, le contenu diffusé sur la chaîne Attessia dans l’émission de débat Rendez-vous 9, diffusée la veille. L’instance a qualifié les propos tenus de « choquants, dangereux et totalement inacceptables ».
Des propos jugés racistes et discriminatoires
Le Conseil fait référence à une intervention au cours de laquelle une chroniqueuse (ndlr, Imen Jelassi) a appelé explicitement à « interdire aux migrantes africaines en Tunisie de procréer ».
Selon l’instance, ces propos, ainsi que les justifications avancées durant l’émission, « relèvent d’une incitation manifeste à la haine, fondée sur une discrimination raciale flagrante, alimentant la xénophobie et l’exclusion systématique de groupes humains ».
Le Conseil de la presse estime que de tels discours constituent « une atteinte directe à la dignité humaine et un grave manquement à la mission fondamentale des médias », dont le rôle est de contribuer à la préservation de la paix sociale et non à sa déstabilisation.
Une violation grave des règles encadrant le secteur des médias
L’instance souligne que ce contenu constitue également « une violation grave des législations encadrant le secteur des médias », lesquelles interdisent la diffusion ou la promotion de tout discours incitant à la haine, légitimant la discrimination ou portant atteinte aux droits humains.
Elle rappelle que la responsabilité éditoriale incombe pleinement aux responsables des institutions médiatiques, y compris dans le cadre des programmes diffusés en direct, lesquels n’exonèrent pas de l’obligation d’intervention immédiate.
Des faits susceptibles de poursuites pénales
Le Conseil précise que ces faits ne relèvent pas uniquement de fautes professionnelles graves contraires aux règles déontologiques et aux cahiers des charges, mais peuvent également constituer une infraction pénale au regard de la loi n°50 de 2018 relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Cette loi criminalise notamment l’incitation à la haine, à la ségrégation ou à l’exclusion par le biais des médias.
L’instance tient pour responsables, sur les plans professionnel et juridique, l’ensemble des personnes ayant participé à la production, à la diffusion ou à l’absence d’interruption de ce contenu. Elle avertit que toute complaisance à l’égard de tels discours s’apparente à une normalisation inacceptable de la haine et ne sera plus traitée à l’avenir sous l’angle de la simple mise en garde.
Le Conseil de la presse appelle enfin les journalistes et les institutions médiatiques à assumer pleinement leurs responsabilités et à respecter strictement le rôle du média en tant qu’autorité éthique et juridique au service de l’humain. Il indique que ce type de violations graves sera désormais pris en charge d’office et transmis à la Commission de gestion des plaintes pour examen.
Polémique et réactions de la société civile
Les propos tenus par Imen Jelassi sur le plateau de Rendez-vous 9, évoquant la « nécessité d’empêcher les femmes ‘africaines’ d’accoucher en Tunisie », ont suscité une vive polémique et de nombreuses réactions indignées sur les réseaux sociaux. Tenus dans le contexte du débat sur la migration irrégulière, ils ont été largement dénoncés comme racistes, contraires aux droits humains et dangereux sur les plans éthique et juridique.
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a réagi ce matin en exprimant sa condamnation ferme des « propos racistes » tenus dans l’émission. Selon l’organisation, ces déclarations, « répétées dans l’impunité », traduisent « un recul moral et intellectuel constant » et constituent une violation renouvelée des droits humains, ainsi que des principes de dignité et d’égalité.
Le FTDES met également en garde contre « l’escalade inquiétante de la haine raciale structurelle » en Tunisie, estimant que celle-ci est passée de comportements individuels à un système qui « légitime la diffusion de discours de haine et de racisme dans les espaces numériques, médiatiques et politiques », en s’appuyant sur des idées et des politiques qualifiées de coloniales et fascistes.
R.B.H










