Face aux débats qui entourent l’application de la loi de finances 2026, la question de l’investissement public s’impose comme le véritable nœud de la relance économique tunisienne. C’est autour de cet enjeu central que s’est articulée l’intervention de Mohamed Louzir, secrétaire général de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie, lors d’une rencontre organisée jeudi 8 janvier 2026.
Selon Mohamed Louzir, le défi auquel la Tunisie est aujourd’hui confrontée ne se limite pas à la maîtrise des équilibres financiers ou à la réduction des déficits. Il réside avant tout dans la capacité de l’État à restaurer un rythme d’investissement public à même de stimuler la croissance et de jeter les bases d’une justice fiscale durable, d’après Jawhara FM.
À son sens, la faiblesse de l’investissement public constitue aujourd’hui le risque le plus sérieux pesant sur la croissance économique. Certes, le taux de croissance attendu, autour de 2,4%, peut être perçu comme un signal modérément positif. Mais il demeure largement en deçà des potentialités réelles du pays, surtout lorsqu’on le compare aux performances enregistrées par des pays voisins comme l’Algérie ou le Maroc, voire par d’autres économies ayant évolué dans des contextes internationaux tout aussi contraints.
Cette sous-performance apparaît d’autant plus paradoxale que la Tunisie dispose, selon lui, d’un capital humain de grande qualité, qui devrait appeler des ambitions plus élevées. Or, ces ambitions ne peuvent se concrétiser sans des réformes structurelles profondes, capables de redonner confiance aux investisseurs et de relancer la machine économique.
L’analyse de la structure du budget de l’État vient, à cet égard, renforcer le diagnostic. Mohamed Louzir a mis en lumière un déséquilibre persistant : près de 25 milliards de dinars sont absorbés par la masse salariale, tandis qu’environ 20 milliards de dinars sont consacrés aux dépenses sociales. Des charges légitimes, reflet de choix sociaux assumés par l’État, mais qui réduisent considérablement la marge de manœuvre en matière d’investissement, lequel oscille entre 5 et 6 milliards de dinars seulement. Un montant très éloigné, selon lui, des besoins réels de l’économie tunisienne, estimés entre 12 et 15 milliards de dinars.
À titre de comparaison, il a rappelé que l’investissement public atteignait déjà 4,6 milliards de dinars en 2010. L’évolution enregistrée depuis lors apparaît donc limitée, et surtout disproportionnée par rapport à la croissance démographique, à l’élargissement des besoins sociaux et aux exigences d’un développement moderne.
N.J










