Le conseil local de Tabarka a décidé de hausser le ton. Réuni en session exceptionnelle et urgente le samedi 10 janvier 2026, ses membres ont annoncé, dans un communiqué, la rupture de toute coordination avec plusieurs responsables et services administratifs locaux et régionaux, qu’ils accusent de ne pas assumer leurs responsabilités et de ne toujours pas reconnaître l’existence d’un conseil local élu.
Selon le conseil, cette défaillance administrative a eu des répercussions directes et négatives sur la situation environnementale, le développement local et l’activité touristique de la délégation de Tabarka. Deux ans après la mise en place de cette nouvelle architecture du pouvoir local, censée rapprocher l’administration des citoyens et faciliter la prise de décision territoriale, le constat dressé est pour le moins amer.
Dans son communiqué, le conseil local affirme avoir voulu éviter « la logique de l’indifférence et du désengagement ». Mais il reconnaît, non sans une certaine amertume, que le projet des conseils locaux peine à se concrétiser sur le terrain, pris en étau, selon les élus, entre considérations politiques et incompétence de certains responsables, incapables – ou peu enclins – à composer avec une structure élue dotée de prérogatives en matière de développement.
Face à ce qu’il considère comme un déni persistant de légitimité, le conseil local de Tabarka a décidé, à l’unanimité, de boycotter et de cesser toute coordination avec plusieurs responsables, en attendant le mouvement administratif annoncé. Sont concernés notamment le délégué de Tabarka, les chargés de la gestion des municipalités de Tabarka-ville et de la nouvelle municipalité de Tabarka, le chef du service de l’équipement, les services de l’assainissement, le délégué régional du tourisme, ainsi que l’agent chargé de l’imada de Rayhan et d’Aïn Snoussi, sans oublier le responsable de l’unité locale des affaires sociales.
Le conseil précise que cette décision vise à exiger le remplacement de ces responsables par des cadres « en phase avec la politique actuelle de l’État » et capables de travailler avec les conseils locaux dans l’intérêt général. Une manière, à peine voilée, de rappeler que l’adhésion au nouveau dispositif institutionnel ne semble pas encore partagée par tous les rouages de l’administration.
Le cas de Tabarka est loin d’être isolé. Ces derniers mois, plusieurs conseils locaux à travers le pays ont publiquement dénoncé les mêmes blocages, se plaignant d’un flou persistant autour des prérogatives, d’un chevauchement des compétences et d’une résistance manifeste de certaines structures administratives. Le système voulu par le pouvoir central, présenté comme une refonte profonde de la gouvernance locale, semble encore chercher son mode d’emploi, entre textes théoriques et réalités bureaucratiques bien ancrées.
À Tabarka, comme ailleurs, le message est désormais clair : les conseils locaux entendent rappeler qu’ils existent, qu’ils sont élus et qu’ils n’ont pas vocation à jouer un rôle purement décoratif. Reste à savoir de quelle façon se concrétiserait cette réalité.


S.H










