La reconnaissance internationale, elle, ne fait pas débat. La fédération internationale de natation, World Aquatics, a repartagé, dimanche 11 janvier 2026, une vidéo rendant hommage aux exploits du nageur tunisien Ahmed Jaouadi, accompagnée d’un message sans équivoque : « From Tunisia to the world. Ahmed Jaouadi, double World Champion ». Une consécration symbolique pour le double champion du monde en 2025 du 800 mètres et du 1500 mètres nage libre, dont le parcours continue de susciter l’admiration bien au-delà des bassins tunisiens.

Cet hommage intervient toutefois dans un contexte national toujours marqué par une vive controverse entre l’athlète, les autorités sportives et la Fédération tunisienne de natation, autour des conditions de son soutien financier et administratif.
Soutien financier contesté et guerre des versions
Lors de son intervention devant la séance plénière conjointe du Parlement, le mardi 18 novembre 2025, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, est longuement revenu sur ce dossier, devenu emblématique des dysfonctionnements du sport de haut niveau en Tunisie. Le ministre a tenu à défendre l’action de son département, affirmant que l’État avait honoré ses engagements envers Ahmed Jaouadi malgré les ressources limitées du Fonds national de promotion du sport.
Deux contrats de soutien auraient été conclus avec le nageur : un premier en 2024, d’un montant de 375.000 dinars, et un second signé en mai 2025 pour 350.000 dinars. Un premier versement de 185.000 dinars aurait été effectué en juin 2025, assorti d’un certificat d’émission de devises déposé sur le compte du champion le 22 août. Le ministère affirme également avoir pris en charge les frais liés à son encadrement technique.
Une version fermement contestée par l’intéressé. Le 16 novembre 2025, Ahmed Jaouadi avait publiquement dénoncé des retards et des blocages administratifs, affirmant avoir tenté à plusieurs reprises, dès février, de finaliser son contrat sans obtenir de réponse. Selon lui, ni ses démarches personnelles ni celles de son père n’auraient abouti, et les autorités ne l’auraient réellement contacté qu’après son sacre mondial à Singapour, en juillet 2025.
Sur un plateau télévisé, un responsable du ministère a soutenu que les négociations n’avaient commencé qu’en mai et que les fonds destinés à la rémunération de son entraîneur, Philippe Lucas, avaient été transférés à la Fédération tunisienne de natation. Une affirmation aussitôt démentie par le nageur, qui affirme avoir personnellement réclamé le paiement des arriérés avant son départ pour les États-Unis, sans réponse. Il dit avoir avancé près de 80.000 euros de sa propre poche, s’interrogeant publiquement sur la viabilité de sa situation financière alors même qu’il représentait la Tunisie au plus haut niveau mondial.
Face à ces accusations, la Fédération tunisienne de natation a publié, le 14 novembre 2025, un communiqué détaillant les versements effectués : 185.000 dinars transférés le 6 juin, ainsi qu’un montant en devises de 105.000 dinars attesté fin juillet et déposé en août sur le compte du nageur. La FTN affirme que ces sommes incluaient 50.000 dinars destinés à la rémunération de l’entraîneur, que le nageur n’aurait pas reversés. Elle indique également avoir finalisé les démarches pour un dernier versement et se dit attachée à la transparence, alors que Philippe Lucas a évoqué un possible recours judiciaire.
Si la polémique nationale demeure, l’hommage de World Aquatics rappelle une réalité difficilement contestable : Ahmed Jaouadi s’est imposé comme l’un des meilleurs nageurs mondiaux, auteur à Singapour d’un temps de 7’36’’88, troisième meilleure performance de l’histoire sur 800 mètres nage libre. Une performance qui contraste fortement avec les querelles administratives et institutionnelles qui continuent de l’entourer dans son propre pays.
Entre reconnaissance internationale et malaise local, le parcours du champion tunisien illustre, une fois de plus, le décalage persistant entre l’excellence sportive et la capacité des structures nationales à accompagner durablement leurs talents.
S.H












2 commentaires
HatemC
Mais que fait-il encore à quémander la fédération qui le méprise, qu’il demande une autre nationalité …il perd son temps en restant Tunisien … la Tunisie ne veut pas de lui … HC
amamet5
Ce grand nageur ce champion international, a levé notre drapeau au plus haut dans une discipline réservé aux grandes nations mérite plus que des explications foireuses d’une administration qui reconnaît ne pas avoir de budget….. Jaouadi a gagné ces lauriers grâce à son talent son travail sa détermination son courage, il ne doit rien à personne et encore moins à son ministère de tutelle, bien au contraire. La natation un sport d’élites !