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Crise à l’UGTT : Kacem Afaya écarte l’option d’un retrait de la démission de Taboubi

Par Myriam Ben Zineb

L’ancien dirigeant syndical Kacem Afaya est revenu, lundi 12 janvier 2026 sur les ondes de Jawhara FM, sur la situation de crise que traverse l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), à la veille d’échéances décisives pour sa direction.

Grève générale : une caducité juridique annoncée

Selon lui, la réunion de la commission administrative prévue le 14 janvier devrait acter, sur le plan juridique, la caducité de la grève générale annoncée. En cause : l’absence de signature du préavis par le secrétaire général, Noureddine Taboubi, qui ne s’est pas présenté, malgré deux convocations, devant la commission juridique compétente. En l’état, a-t-il expliqué, et conformément au règlement intérieur, la grève générale « n’existe plus légalement ».

La même réunion devrait également se pencher sur la démission du secrétaire général. Kacem Afaya a indiqué que le 17 janvier constituerait, en principe, la date limite pour que Noureddine Taboubi confirme sa démission ou décide de s’en rétracter.

Dans ce contexte, l’émission a choisi d’inviter une figure issue de l’UGTT mais extérieure à l’actuelle direction, ancien membre du bureau exécutif et aujourd’hui considéré comme une voix de l’opposition syndicale interne. Ce dernier a plaidé pour un retour de l’organisation à ses principes fondateurs, rappelant que l’UGTT a historiquement constitué un pilier central de l’équilibre social, un rôle qu’elle aurait, selon lui, progressivement perdu au cours des dernières années.

Démission de Taboubi et flou du règlement intérieur

Sur le plan juridique, l’invité a pointé l’ambiguïté de l’article 219 du règlement intérieur, relatif à la démission du secrétaire général. Le texte évoque des délais de quinze jours renouvelables, puis des périodes pouvant s’étendre à deux ou trois mois, et prévoit la possibilité de retrait de la démission, sans toutefois préciser clairement quelle instance est habilitée à trancher définitivement. Cette imprécision constituerait, selon lui, un véritable vide juridique.

Il estime que cette lecture floue du règlement sert, en réalité, à légitimer l’organisation d’un congrès « non électif », une option qu’il qualifie d’inédite dans l’histoire du mouvement syndical mondial et révélatrice d’une crise profonde au sein de l’organisation.

Pour Kacem Afaya, la crise de l’UGTT ne date pas d’aujourd’hui. Certains la font remonter à 1989, d’autres à l’agression du 4 décembre 2012 contre le siège de l’Union, un épisode qui, selon lui, n’a jamais fait l’objet d’un traitement judiciaire à la hauteur de sa gravité.

Interrogé sur l’éventualité d’un retrait de la démission de Noureddine Taboubi, il a jugé cette hypothèse peu probable, estimant que la situation est devenue trop critique, notamment après l’échec annoncé de la grève générale, largement perçue, selon lui, par de nombreux syndicalistes et travailleurs comme dénuée de sens et vouée à l’impasse. Une grève avortée aurait constitué un coup dur pour l’image et la crédibilité de l’UGTT.

Il a par ailleurs lié directement cette démission à la question de la grève, mais aussi aux pressions exercées par le pouvoir, affirmant que l’ensemble des dirigeants syndicaux disposeraient de dossiers susceptibles d’être utilisés contre eux.

L’invité a également dénoncé ce qu’il a qualifié de « crime » contre l’organisation, en référence à la modification de l’article 20 et à la tenue d’un congrès non électif, qu’il considère comme contraires aux principes du droit syndical.

Congrès non électif, privilèges et opposition interne : une crise à visage découvert

Concernant l’opposition interne, il a confirmé son existence depuis 2012, tout en soulignant que les divergences, autrefois gérées discrètement, s’exposent désormais au grand jour. Il a rappelé que des membres du bureau exécutif ont eux-mêmes organisé des sit-in au siège de la centrale et reconnu publiquement l’ampleur de la crise.

Il a, en outre, expliqué que sa rupture avec Noureddine Taboubi et son entourage portait notamment sur la normalisation des relations avec Ennahdha, affirmant que le secrétaire général aurait joué un rôle d’intermédiaire entre l’ancien secrétaire général Houcine Abassi et Rached Ghannouchi, au lendemain de l’agression de 2012, une orientation couverte, selon lui, par la majorité du bureau exécutif.

La question des avantages matériels des dirigeants syndicaux a également été soulevée : salaires, primes, véhicules de service, carburant, téléphones, missions à l’étranger. Autant de privilèges, « officiels et officieux », qui, d’après lui, contribuent à dévoyer la mission première de l’organisation. « J’ai vu cela de mes propres yeux, des négociations avec des employeurs sur des avantages acquis au détriment des intérêts des travailleurs » a-t-il ajouté.

UGTT : entre risque de dislocation et appel au sursaut interne

Kacem Afaya a également mis en garde contre un risque réel de dislocation de l’UGTT si la crise venait à se prolonger. Malgré les turbulences traversées depuis les années 1960, l’Union demeure, selon lui, un pilier fondamental de l’équilibre social en Tunisie. La question centrale serait désormais de savoir si cette crise est strictement interne ou si elle traduit également un affrontement plus profond entre la centrale syndicale et le pouvoir.

Il a, en outre, replacé la crise actuelle dans une perspective historique, estimant que la relation entre l’UGTT et le pouvoir a toujours été déterminée par la capacité de sa direction à porter et défendre les revendications des travailleurs. « Historiquement, la relation entre l’UGTT et le pouvoir était conditionnée par la réponse apportée aux revendications sociales, à une époque où il existait une direction capable de les assumer. C’est ce qui explique les crises du passé. À chaque fois, le pouvoir intervenait et le secrétaire général en place était traduit en justice. L’UGTT faisait alors front, unie, et parvenait à imposer ses positions », a-t-il rappelé.

Selon lui, la situation a radicalement changé. « Aujourd’hui, la direction a perdu toute crédibilité, y compris auprès de ses propres adhérents. Je défie quiconque de me contredire. Les congrès ont été falsifiés, et chaque syndicaliste qui a osé dire non a été écarté. Je dispose d’une liste de 200 personnes qui en ont fait les frais, ce qui prouve mes propos », a-t-il affirmé.

Kacem Afaya a estimé que le congrès prévu en mars ne pourra pas se tenir dans ces conditions. « Je vous le dis clairement : ce congrès n’aura pas lieu. Le problème est purement interne, et la solution ne peut venir que des syndicalistes eux-mêmes, afin de reprendre en main leurs structures. Tout congrès organisé avec la configuration actuelle ne serait qu’une simple redistribution de cartes », a-t-il souligné.

Poursuivant, Kacem Afaya a lancé un appel direct aux dirigeants actuels de la centrale. « Je vous en prie, faites votre autocritique. Malgré tout ce que vous avez fait subir à l’UGTT, essayez au moins, dans cette dernière étape, de jouer un rôle déterminant pour la sauver », a-t-il déclaré.

Il a proposé la mise en place d’une commission conjointe regroupant les membres de la direction actuelle et les syndicalistes de l’opposition, chargée de revoir l’ensemble des congrès ayant connu des défaillances en matière de représentativité, d’assainir les listes et les structures, et de préparer dans des conditions saines le prochain congrès. Cette commission assurerait, selon lui, la gestion transitoire de l’UGTT, avec une règle claire : aucun de ses membres ne pourrait se porter candidat par la suite.

« Nous avons déjà perdu des années, des années. Aujourd’hui, l’UGTT est en état de réanimation et elle est menacée de disparition. Prendre encore du temps pour la sauver n’est plus une perte de temps, si c’est pour lui permettre de reprendre vie. Il s’agit d’un objectif, pas d’un calendrier », a-t-il insisté.

Il a enfin souligné que, cette fois, la solution ne devait pas venir du pouvoir. « Je ne demande rien au pouvoir. Pour une fois, ce n’est pas lui qui est à l’origine de la crise et il n’a donc rien à apporter pour en sortir. La solution est interne et ne peut venir que des syndicalistes eux-mêmes », a-t-il conclu.

M.B.Z

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