Le président du Syndicat des agriculteurs tunisiens, Dhaoui Midani, est revenu, lundi 12 janvier 2026, sur l’impact de la révision à la hausse du prix référence de l’huile d’olive, qui selon ses dires, n’a rien changé.
Intervenant dans la matinale de Jawhara FM, il a affirmé que cela n’avait eu aucun effet concret sur le terrain. « Le secteur oléicole a permis aux producteurs de créer une véritable richesse. Nous avons produit, nous avons investi, nous avons amélioré la qualité. Mais cette richesse n’a jamais été accompagnée par une véritable politique d’encadrement, ni par des mécanismes de protection ou d’alerte », a-t-il dénoncé, notant que le cœur du problème réside dans l’exécution des décisions publiques.
« L’État décide, mais ses décisions ne sont pas appliquées. Le prix de base a été fixé à 10 dinars dans une première phase, puis réajusté à 10,2 dinars, avant d’être reconduit une troisième fois sans aucun changement. Cela pose une question simple : comment peut-on prendre trois fois la même décision sans être capable de l’imposer sur le terrain ? » a-t-il avancé expliquant que sur le marché, la réalité est brutale. « L’huile d’olive se négocie actuellement entre 8,500 et 9 dinars. Le prix officiel de 10,200 dinars est ignoré. Et quand un État n’est pas capable de faire respecter ses propres décisions, nous entrons dans un cycle d’échec structurel. »
Pour le syndicaliste, le véritable enjeu est de faire respecter une décision unique et de la protéger. « Nous l’avons dit depuis le début : le coût réel de production exige un prix minimal compris entre 14 et 15 dinars. Aujourd’hui, même si l’État n’est plus disposé à atteindre ce niveau, qu’il protège au moins son propre prix de référence. Or, ce prix n’est absolument pas respecté. »
Dhaoui Midani a rappelé que malgré une qualité reconnue à l’échelle mondiale – avec près de 80% de production biologique, parmi les meilleures au monde – l’huile tunisienne reste paradoxalement l’une des moins chères sur le marché international. « Nous produisons une huile d’exception, mais nous la bradons, faute de stratégies prospectives, de politiques d’exportation cohérentes et d’une véritable gouvernance du secteur. »
Il a insisté, pat ailleurs, sur les responsabilités de chacun dans le secteur. « Notre mission est de produire. Ce n’est pas au producteur de prospecter les marchés internationaux ou de gérer la diplomatie commerciale. La chaîne doit être cohérente, de la production à l’exportation. Or aujourd’hui, chaque maillon fonctionne de manière isolée », a-t-il déploré estimant que les producteurs sont traités comme le maillon faible.
Sur les prix à la consommation, il a précisé que le litre d’huile est vendu au Tunisien entre 9 et 13 dinars, selon les circuits, rappelant au passage la confusion persistante entre le litre et kilogramme, source de nombreux malentendus.
Mais au-delà des prix, c’est l’ensemble du système agricole qui est en crise. Il a évoqué notamment les problèmes liés aux intrants agricoles, en particulier les semences et les engrais. « En 2025, nous avons avancé près de 12 millions de dinars, sans recevoir à temps les semences nécessaires. Cela nous a contraints à changer de cultures, à modifier nos choix agricoles, avec des conséquences lourdes. »
Il s’est exprimé, également, au sujet du fonds d’indemnisation des catastrophes naturelles, censé protéger les agriculteurs en cas de crises climatiques ou sanitaires, mais qui, selon lui, fonctionne à sens unique. « On nous impose des cotisations, on nous oblige à alimenter ce fonds, mais lorsque le moment arrive de restituer cet argent aux agriculteurs sinistrés, plus rien ne suit. Les indemnisations n’arrivent pas, ou arrivent avec des retards injustifiables. »
Il a déploré une autre contradiction qu’il juge profondément choquante sur le plan moral : « Il est inacceptable d’exiger d’un agriculteur qu’il soit irréprochable, qu’il respecte ses engagements financiers et administratifs, alors que l’État, lui, ne respecte pas les siens. On ne peut pas réclamer l’adhésion à un mécanisme de solidarité nationale sans en assumer les obligations. »
Selon lui, ces exigences déconnectées du terrain poussent les agriculteurs vers l’exclusion plutôt que vers la protection : « La situation est critique et elle mérite une intervention urgente. La saison a été bonne, nous voulons la consolider, mais sans solutions immédiates, nous risquons de perdre ce que nous avons mis des années à construire. »
N.J










