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Quelle place pour la Tunisie dans le monde ?

Par Hamdi Nabli 

Par Hamdi Nabli 

Au niveau de sa politique étrangère, la Tunisie semble être tiraillée entre l’Occident et l’Orient, le Nord et le Sud, les grandes puissances et les économies émergentes. Ce tiraillement peut être vu comme le résultat tangible de sa situation géo-historique de carrefour des civilisations. Il semble aussi procéder de la posture stratégique du « non-alignement actif ». Il paraît également être subi par un pouvoir tunisien dont la légitimité commence à être sérieusement contestée en interne et questionnée en externe.

Pour ce qui est de l’appétence de la politique étrangère de la Tunisie pour les puissances du Nord, nous pourrions dire qu’elle est tout à fait traditionnelle depuis l’indépendance nationale du pays en 1956. Effectivement, la posture globale de la Tunisie, en termes de politique extérieure et de relations internationales, consiste à entretenir des relations cordiales, directes et d’échanges continus avec les grandes puissances occidentales : la France, en tant qu’ancien protectorat, et les États-Unis d’Amérique, en tant que superpuissance leader du monde libre et garante du droit international au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Sans compter le fait que cette politique extérieure tunisienne pro-occidentale, depuis les années 1950 et l’accès à l’indépendance, provient également du choix stratégique opéré par le Père de la Nation, Habib Bourguiba, qui a, au cours des années 1960 et 1970, modernisé de fond en comble la société tunisienne, en particulier aux niveaux économique et social (mais non pas au niveau politique, puisque la Tunisie, à ce moment-là, était une autocratie relevant d’une forme de « despotisme oriental » plus ou moins éclairé…).

Cette modernisation économique et sociale de la Tunisie, basée sur la promotion de l’éducation universelle et du droit des femmes en particulier, va de pair, depuis ces années 1960, avec une forme de dépendance géostratégique importante vis-à-vis de l’Occident. Effectivement, d’un point de vue matériel, logistique et opérationnel, la force de l’armée tunisienne, par exemple, repose, depuis la fin du XXᵉ siècle, sur une coordination assez étroite avec l’armée américaine pour son système de défense. La capacité de défense tunisienne ne relève pas encore de l’autonomie stratégique par ailleurs revendiquée par les milieux politiques souverainistes. Il en est de même concernant les circuits d’approvisionnement du pays relatifs aux biens de consommation et aux matières premières.

Par ailleurs, le tourisme, en tant que secteur d’activité important pour l’économie nationale tunisienne, présuppose un lien ontologique et une affinité socioculturelle forte avec l’Occident, dans la mesure où les voyageurs européens figurent parmi les plus nombreux durant les périodes estivales.

Enfin, la montée en puissance de l’immigration incontrôlée, dite « clandestine » ou « sauvage », dans les agendas des puissances européennes, a fait de l’héritière de l’ancienne Carthage un principal point de passage des migrants subsahariens, et un prestataire géopolitique de la gestion administrative de la passion identitaire du Vieux Continent. L’objet de l’accord passé avec l’Union européenne repose sur une aide financière de l’UE et sur les efforts de la Tunisie en matière de protection de ses frontières nationales et des frontières continentales de l’Union. Ce rôle de « gardien de la porte d’entrée de l’Europe » fait grincer des dents de part et d’autre de la Méditerranée. Ce nouveau « pacte de gardiennage » solidifie encore davantage la relation entre l’Occident et la Tunisie. Bien entendu, ce pacte va quelque peu à l’encontre de la doctrine souverainiste et nationaliste du pouvoir politique tunisien actuel, dans la mesure où il place de facto la Tunisie dans une position d’assujettissement stratégique plutôt que dans une position de force. Sans compter que, depuis la fin du XXᵉ siècle, le néocolonialisme et ses différentes formes ont engendré des relations économiques et commerciales inégalitaires entre l’Europe et la Tunisie, cette dernière ayant toujours vu ses entreprises pâtir d’échanges commerciaux déséquilibrés, sans avantages comparatifs.

Un tropisme assumé vers le Sud

Ceci étant dit, la Tunisie développe, depuis l’accession de Kaïs Saïed à la tête de l’État, un certain tropisme vers le Sud. Effectivement, il existe une volonté claire du pouvoir actuel de se déprendre de cette dépendance historique à l’égard de l’Occident, volonté manifestée notamment par le refus tunisien du prêt proposé par le Fonds monétaire international (FMI). Cette volonté de rupture avec la dépendance vis-à-vis des grandes puissances occidentales et des institutions financières internationales a une origine intellectuelle et idéologico-politique. Le pouvoir tunisien actuel souhaite que la Tunisie soit indépendante d’un point de vue économique, commercial et financier. Un objectif particulièrement complexe à atteindre, dans la mesure où les caisses de l’État sont vides et où le pays est fortement endetté vis-à-vis de créanciers extérieurs. Il existe ainsi une confrontation avec le réel, difficile à résoudre, puisque le pouvoir affirme vouloir acquérir une souveraineté politique incontestable alors même que sa situation économique interne ne le permet pas.

D’où ce tropisme vers le Sud, caractérisant la politique étrangère actuelle de la Tunisie, avec la suggestion d’une adhésion au groupe des BRICS+, un intérêt qui s’est manifesté de façon informelle notamment en 2023. D’où également l’intérêt croissant des officiels tunisiens pour un rapprochement avec la République islamique d’Iran. Depuis près d’un an, de nombreux observateurs et analystes estiment que les autorités tunisiennes se sont rapprochées de l’État iranien afin de nouer une alliance géopolitique et de faire front face à l’Occident, c’est-à-dire l’Europe et les États-Unis. Toutefois, ce positionnement apparaît intempestif et à contre-courant. Au regard des événements récents, de la « guerre des 12 jours » à la répression des manifestations contre la vie chère, en passant par la neutralisation du Hamas, du Hezbollah, des Houthis et de la Syrie d’Assad, il est peut-être tard pour la Tunisie de se placer du côté d’un « Axe de la Résistance » désormais largement affaibli.

La situation politique de l’Iran est aujourd’hui extrêmement fragile, tant en interne, avec une contestation croissante de la légitimité du régime des mollahs, qu’en externe, avec une administration Trump sous influence visant un regime change afin d’intégrer l’Iran dans un espace géostratégique moyen-oriental aligné sur les intérêts américains. Depuis le 7 octobre 2023 et l’agression de l’État hébreu contre l’ensemble des acteurs étatiques et paraétatiques soutenant le Croissant chiite, l’Iran est profondément déstabilisé sur le plan géostratégique. Son programme nucléaire est remis en cause et son programme d’armement balistique soumis à de fortes incertitudes. Le regard porté par la Tunisie vers la Perse apparaît ainsi flou, tant il est risqué de compter sur ce pays pour un rebond géopolitique. D’autant qu’un rapprochement trop étroit avec un État promouvant le chiisme duodécimain, socle doctrinal du velayat-e faqih, constituerait une incongruité pour un pays où l’islam malikite joue un rôle culturel central dans la stabilité psychosociale, nonobstant la sympathie de la rue arabe pour les acteurs politiques opposés à Israël.

Un non-alignement sans moyens ?

Enfin, le rapprochement militaire entre la Tunisie et l’Algérie, permettant à cette dernière d’entrer sur le territoire tunisien pour des raisons de sécurité, relève-t-il du fantasme ou de la réalité ? Le secret du pouvoir alimente inévitablement les spéculations. Une chose est certaine : la Tunisie cherche des alliés et se cherche elle-même dans le concert des nations et ce nouveau monde d’empires. Ce rapprochement, amorcé depuis des décennies, n’est pas fortuit, mais il prend aujourd’hui une dimension particulière. Le Maroc a signé les accords d’Abraham et entretient désormais des relations étroites avec Israël, tandis que l’Algérie refuse toute normalisation et adopte un positionnement résolument anti-occidental. Cette configuration place la Tunisie dans une zone stratégique délicate. Elle demeure, sur les plans économique, financier, commercial et même militaire, tributaire d’acteurs occidentaux, tout en nouant des relations avec des pays défiant l’Occident, ce qui la positionne dans un entre-deux difficile à tenir.

Ce rapide état des lieux permet d’affirmer que la Tunisie est aujourd’hui profondément tiraillée sur le plan géopolitique. Ce tiraillement est-il choisi ou subi ? Dire qu’il est choisi reviendrait à reconnaître une posture de « non-alignement actif », fondée sur la primauté de la souveraineté nationale dans la conduite de la politique étrangère, quitte à nouer des alliances et des partenariats a priori contradictoires. 

La petite taille de la Tunisie plaide en faveur d’un décloisonnement stratégique fondé sur des agencements multiples. Mais le choix des partenariats est extrêmement sensible dans ce « nouveau monde d’empires », entre des États-Unis en déclin, une Russie aux pieds d’argile et une Chine jouant sur deux tableaux : assumer son interdépendance avec l’Occident tout en proposant un modèle de développement alternatif. 

Dans ce paysage assombri, la Tunisie semble incarner un personnage tragique, revendiquant un non-alignement actif sans disposer réellement des moyens de cette ambition.

BIO EXPRESS

Hamdi Nabli est docteur de la Sorbonne et enseignant universitaire.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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Commentaire

  1. le financier

    12 janvier 2026 | 21h41

    Article d une mediocrité totale, un gloubiboulga , un melange de tout est n importe quoi .
    La realité est assez simple , il y a un declin de l occident , la chine forme + d ingenieur , elle a le plus grand reseau electrique .
    Et pendant que l occident depensez des milliards plusieurs guerre mondiales et regional pour les interets d israel , la chine est passé devant sur le solaire , voiture electrique , elle exporte , … elle a du retard sur l aviation et les puces mais le reste elle est devant …pendant ce tps l occident endetté est dans une fuite en avant genocidaire , de guerre de colonisation qui acceleront sa perte … jusqu a faire l erreur de s attaquer a l empire chinois en pensant qu il s agit de l empire japonais
    Plusieurs etudes le montre paul kennedy 1987 , le Pnac , cost of war 2023