Depuis le 12 décembre 2024, le nom de Saloua Ghrissa résonne comme un symbole de plus en plus inquiétant de l’épreuve que traverse la société civile tunisienne. Militante des droits humains, présidente et directrice exécutive de l’Association pour la Promotion du droit à la différence (ADD), elle est maintenue en détention provisoire dans un climat de controverse judiciaire et de dénonciations croissantes émanant d’organisations de défense des libertés. Toujours sans procès.
Saloua Ghrissa a été convoquée une première fois le 9 décembre 2024 par la sous-direction des recherches économiques et financières à El Gorjani. Libérée après un interrogatoire initial, elle a été rappelée le lendemain, placée en garde à vue pour 48 heures au centre de détention de Bouchoucha, puis présentée le 12 décembre devant le procureur de la République près le tribunal de première instance de Bizerte. À l’issue de son audition par le juge d’instruction du premier bureau, un mandat de dépôt a été émis, entraînant son incarcération à la prison civile de la Manouba, où elle demeure depuis.
Ses avocats, dont Me Rania Zaghdoudi et Me Anas Kaddoussi, ont depuis dénoncé des accusations fallacieuses, relevant de schémas désormais familiers — évasion fiscale, blanchiment d’argent, détournement de fonds — rappelant que les financements de l’ADD proviennent d’organisations affiliées aux Nations unies et d’ONG opérant légalement en Tunisie, dans le strict respect du décret-loi n°88 de 2011 encadrant l’activité associative.
Son incarcération sans procès a été dénoncé par plusieurs organisations dont l’Observatoire de la liberté lequel a appelé les autorités tunisiennes à procéder à la libération immédiate de Saloua Ghrissa ainsi que de toutes les personnes poursuivies dans la même affaire, tant qu’aucune preuve financière claire, documentée et irréfutable n’a été présentée à leur encontre.
L’organisation a dénoncé un recours politique aux mécanismes de contrôle financier, estimant que ces outils sont désormais instrumentalisés pour fragiliser les associations indépendantes et réduire au silence les voix critiques.
Selon l’Observatoire, l’affaire Ghrissa constitue un nouvel épisode inquiétant dans une campagne de répression engagée depuis 2023 contre la société civile indépendante, à travers des poursuites judiciaires systématiques fondées sur des accusations récurrentes de financement étranger ou de menace à la sécurité nationale.
Dans une lettre adressée depuis sa cellule le 14 août 2025, Saloua Ghrissa a rappelé le rôle crucial joué par la société civile tunisienne ces dernières années : lutte contre les violences faites aux femmes, formation des cadres de l’État, insertion des jeunes dans la vie économique et citoyenne. Des acquis aujourd’hui fragilisés, à l’heure où, comme l’a souligné l’Association Intersection pour les Droits et Libertés, les campagnes de dénigrement médiatique et la remise en cause de la présomption d’innocence nourrissent un climat d’hostilité préoccupant.
N.J










