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Heureux sont les évadés fiscaux

Par Synda Tajine

Pendant que les entrepreneurs tunisiens galèrent avec la magie de l’administration tunisienne, un  « métier » à part tire son épingle du jeu : celui pour lequel les lois, la fiscalité, les taxes et les impôts ne veulent absolument rien dire.

Le contrebandier tunisien est une espèce à part. Cet être marginal, hybride, ne paie pas d’impôts mais profite du système public comme tout autre citoyen « taxable ». Il consomme les mêmes produits subventionnés, roule sur les mêmes routes et utilise les mêmes services publics payés par les impôts des contribuables.

Il amasse parfois des sommes indécentes, tandis que le petit entrepreneur ne dort pas la nuit, à réfléchir aux moyens de survivre dans la jungle entrepreneuriale. Lui, il ne doit rien à l’État. Absolument rien. Comment lui en vouloir, alors que l’État le laisse faire ? Que les autorités laissent passer des voitures de contrebandiers sans matricule, sans déclaration, sans contrôle, sans respect du code de la route, mais arrêtent de simples entrepreneurs et les pénalisent pour avoir mal rédigé une facture.

La loi ? Une fable pour honnêtes gens

La loi sur la facturation électronique, les peines punitives que l’État brandit contre les entrepreneurs honnêtes, lui n’en a que faire. Il ne risquera pas d’amendes pour avoir « omis » d’émettre une facture alors que la loi l’oblige à le faire, d’acheter sans facture ou d’utiliser des factures contenant des montants inexacts. La loi sera clémente avec lui. Il ne paiera pas des dizaines de milliers de dinars pour avoir émis des factures papier alors que la loi exige des factures électroniques. À lui, la loi ne s’applique tout simplement pas.

Pendant ce temps, l’entrepreneur est pressé comme un vulgaire citron. Loi sur la sous-traitance, loi sur les chèques, déclaration de revenus… il doit cocher un nombre incalculable de cases pour obtenir le privilège de faire son travail. Le tout en se faisant malmener sans broncher par une administration réticente, archaïque et de mauvaise volonté.

Le marché parallèle, refuge d’une injustice assumée

Depuis toujours, le marché parallèle et la contrebande ont été l’un des fléaux qui ont le plus éreinté l’économie nationale. Refuge d’une injustice géographique, certaines régions sont marginalisées par rapport à d’autres, et on leur laisse cette soupape pour instaurer un certain équilibre. Une façon de leur dire : l’État n’a pas suffisamment pensé à vous, nous fermerons donc les yeux… C’est évidemment plus facile et moins coûteux, en termes de moyens…mais surtout de planification et de stratégie.

Jusque-là, les discours grandiloquents sur la justice sociale, l’assainissement et le « traquons-les-tous » ne les ont pas vraiment inquiétés. Eux passent entre les mailles du filet. On les ménage, on les tient de côté, dans une logique de paix sociale qui dit que si ces citoyens-là sont inquiétés, les répercussions seront telles que le coût économique n’en vaudra pas la chandelle. Mais qu’en est-il de la paix sociale de ceux qui triment tous les jours dans les sombres couloirs de l’administration pour s’acquitter de ce que la loi leur réclame, à eux ?

Le pays est ainsi fait. On érige des lois. On le fait en grande pompe, annonçant l’objectif de faire rentrer le pays dans le chemin des nations les plus développées. Mais on laisse des trous. Des trous pour ceux qui ont le droit d’échapper à cette même loi. Ceux pour qui la loi ne s’applique pas et ne veut absolument rien dire.

On parle de transition énergétique alors qu’on importe des bus usagés et polluants, qui tombent souvent en panne. On laisse de vieilles épaves circuler sur nos routes sans visite technique, mais avec des pots-de-vin payés au besoin. On parle de réforme du transport, alors que des citoyens meurent pour une place assise dans un louage, et que des taxis remplissent leur réservoir de bonbonnes de gaz domestique – toxiques et dangereuses – dans des zones habitées.

On parle de justice alors que les prisons sont remplies d’inconnus et de moins inconnus, détenus dans la violation totale des procédures judiciaires.

Le contrepied de la réussite

La vraie réussite, dans ce pays, n’est pas de respecter la loi, mais de l’esquiver. Le contrebandier est le héros discret d’une économie schizophrène, qui fait semblant de punir la fraude mais la tolère quand elle l’arrange. Pendant que les honnêtes travailleurs s’épuisent à courir après des formulaires et des certificats, les maîtres du jeu noir se partagent le gâteau en toute impunité.

Il fait bon vivre d’être contrebandier, mais il ne fait pas bon vivre de respecter la loi…

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2 commentaires

  1. le financier

    13 janvier 2026 | 17h51

    Le contrebandier paie quand meme la TVA 😉
    Comme je l ai toujours dit , ce ne sont pas les suedois qui vont se revolter a votre place .
    Personnellement tout ceux que je connais qui etait dans le circuit legal ont fermé ou vont fermer boutique ou entreprises pour passer dans le black …
    L essentiel c est que l etat prennent sur le salaire des 700 a 750 milles fonctionnaires directement a la sources . Il est normal que ceux ( les fonctionnaires administratifs) qui sont un fardeau au pays souffre le + de la misere ( salaire net en baisse et inflation tjours presente) .
    Il faut que cette mentalité de clou dans le mur soit éradiqué des cerveaux pour les 10 prochaines générations

  2. Gg

    13 janvier 2026 | 17h44

    Toujours je me suis demandé ce qu’étaient ces voitures et SUV qui roulent sans plaques, et il y en a pas mal, dans certaines régions.
    Maintenant je le sais, merci!