Depuis sa cellule à la prison de Mornaguia, Ahmed Souab s’est adressé, mardi 13 janvier 2026, à l’opinion publique, relatant sa situation personnelle et partageant ses réflexions sur l’état de la justice et de la société. Dans sa lettre publiée sur Facebook, il a également lancé un message poignant à son ami et compagnon de détention, Ayachi Hammami, l’exhortant à suspendre sa grève de la faim.
À Hammami, il a écrit : « Ton indignation est compréhensible, ta grève est un signal fort, mais cette bataille a besoin de toi vivant et présent. » Il l’a invité à mettre un terme à son action afin que la lutte ne se transforme pas en sacrifice inutile, rappelant que l’histoire se souviendra des résistances conscientes et non des pertes évitables.
Ayachi Hammami, détenu depuis le mardi 2 décembre 2025, observe une grève de la faim pour protester contre le jugement rendu en appel le condamnant à cinq ans de prison pour « appartenance à une organisation terroriste », une qualification que ses soutiens jugent arbitraire et infondée. Plusieurs appels à mettre fin à cette grève ont été lancés au regard de la dégradation inquiétante de son état de santé.
Ahmed Souab a, par ailleurs, évoqué sa santé fragile. Selon ses propos, il a été transféré à l’hôpital jeudi dernier pour un examen médical, mais à son retour, un nouveau saignement s’est déclaré le vendredi. S’il a exprimé sa reconnaissance envers le personnel médical et les agents pénitentiaires pour leur vigilance et leur assistance, il a confié l’inquiétude croissante face à la répétition inexpliquée de ces hémorragies.
Ahmed Souab a dépeint également le calvaire quotidien des déplacements pour de simples examens et la lourde charge de ses traitements : « Je suis devenu une pharmacie ambulante ; je prends dix médicaments par jour. »
Il a dénoncé ensuite le dévoiement du système judiciaire, qu’il qualifie de « fonctionnaire », accusant certains juges d’avoir enterré son dossier d’appel dans les arcanes de la cour, au détriment de sa santé physique et mentale. Il a affirmé, dans ce sens, tenir les autorités responsables de tout préjudice pouvant survenir à son encontre.
Ahmed Souab a dit sa gratitude aux participants de la marche du 10 janvier 2026, saluant leur engagement pour la réussite de cette manifestation. « Ce que vous avez accompli est un acte clair, un hommage vivant à la révolution en laquelle vous avez cru », a-t-il écrit notant que le peuple et la rue demeurent des instruments légitimes de résistance contre la tyrannie. « La liberté ne se reconquiert pas dans l’attente. On ne peut résister à l’oppression dans le flou : la clarté n’est pas un facteur de division, mais la condition sine qua non de toute unité sincère », a-t-il conclu.
L’avocat a été condamné, le 31 octobre 2025, à cinq ans de prison ferme assortis de trois ans de surveillance administrative. Le verdict avait été prononcé par la chambre criminelle spécialisée du pôle judiciaire antiterroriste, à l’issue d’un procès pour « incitation à commettre un acte terroriste » et « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », sur la base d’une déclaration faite en marge du procès en première instance de l’affaire dite du complot contre la sûreté de l’État.

N.J












