Mercredi 14 janvier 2026, la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) a réaffirmé que la défense des droits et libertés reste au cœur de l’esprit du 14-Janvier. Dans un communiqué publié à l’occasion de cette commémoration symbolique, l’organisation dénonce un recul préoccupant des acquis de la révolution et appelle à restaurer pleinement les libertés fondamentales et l’État de droit en Tunisie. Elle réclame notamment : l’arrêt immédiat de toute restriction des libertés d’expression, d’organisation et de manifestation pacifique, la libération des personnes détenues pour leurs opinions ou activités pacifiques, la fin des procédures judiciaires à caractère politique, et le respect de l’indépendance de la justice.
Signé par son président, l’avocat Bassem Trifi, le communiqué situe ces préoccupations dans un contexte national et régional jugé « hautement complexe », où les crises internes s’entremêlent à des évolutions régionales instables, aggravant la détérioration des droits et libertés dans le pays.
Un constat de recul des acquis de la révolution
La ligue affirme observer un recul « systématique » des acquis de la révolution du 14-Janvier, aussi bien en matière de droits civils et politiques que de droits économiques et sociaux. Elle estime que les libertés sont désormais menacées, évoquant l’usage de lois et de procédures exceptionnelles pour museler les voix, poursuivre des journalistes, des militants et des défenseurs des droits humains, et porter atteinte à l’indépendance de la justice ainsi qu’aux garanties d’un procès équitable.
La LTDH relève en particulier une dégradation des droits politiques au cours de la période récente. Elle fait état d’un affaiblissement du droit à la participation à la vie publique, d’une remise en cause du pluralisme politique et d’une criminalisation de la divergence d’opinion. Selon elle, l’expression d’opinions politiques opposées, la critique des politiques publiques ou encore l’analyse médiatique indépendante exposeraient leurs auteurs à des poursuites judiciaires et à des peines de prison, en violation du cadre constitutionnel et des conventions internationales relatives aux droits humains ratifiées par la Tunisie.
Arrestations et poursuites liées aux opinions
Dans son communiqué, la ligue dénonce l’incarcération de responsables politiques, de militants, de journalistes et de blogueurs en raison de leurs opinions ou de leurs positions pacifiques. Elle considère ces pratiques comme une atteinte grave à la liberté d’expression et comme un retour à des méthodes de répression et d’autoritarisme contre lesquelles le peuple tunisien s’était soulevé le 14 janvier 2011.
L’organisation met également en cause l’élargissement du recours aux textes répressifs, aux procédures exceptionnelles et à des procès qu’elle qualifie de non équitables. Elle cite notamment les placements en détention provisoire prolongés et les poursuites fondées sur des accusations jugées vagues, estimant que ces pratiques violent les principes de légalité, de proportionnalité et les garanties d’un procès équitable.
Un contexte régional et international tendu
La LTDH inscrit cette situation nationale dans un contexte régional et international qu’elle décrit comme particulièrement tendu. Elle évoque la multiplication des conflits armés dans le monde arabe et la persistance de violations graves des droits humains, en particulier les crimes commis contre le peuple palestinien, dénonçant une impunité généralisée et un silence international qu’elle qualifie de préoccupant.
Le communiqué mentionne également la situation au Venezuela, où la ligue estime que des évolutions récentes portent atteinte à la volonté populaire et au processus démocratique, dénonçant des tentatives de renversement du pouvoir élu en dehors des cadres constitutionnels.
Selon la LTDH, ces crises régionales et internationales s’inscrivent dans un contexte d’« ambitions impérialistes renouvelées » visant l’exploitation des ressources des peuples et des États souverains, ainsi que l’imposition de choix politiques et économiques servant les intérêts des puissances dominantes au détriment du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à un développement équitable.
Fragilisation de la situation socio-économique
La LTDH estime que cet environnement régional accentue la fragilité de la situation en Tunisie et aggrave les défis économiques et sociaux. Elle cite notamment l’aggravation des crises migratoires, la hausse du coût de la vie, ainsi que l’augmentation des taux de pauvreté et de chômage. Elle attribue cette situation à l’incapacité de l’État à proposer des solutions structurelles et des politiques publiques fondées sur les droits humains et la justice sociale.
L’organisation tient l’État pour responsable de sa gestion jugée défaillante des crises successives que traverse le pays. Elle évoque l’absence de vision économique et sociale claire, ainsi que le remplacement du dialogue et de la concertation par l’exclusion et l’unilatéralisme dans la prise de décision, ce qui aurait contribué à accentuer les tensions sociales et à creuser la défiance entre les citoyens et les institutions publiques.
Une série de revendications adressées aux autorités
Tout en réaffirmant son attachement aux objectifs et aux principes de la révolution du 14-Janvier, la LTDH considère que la fidélité à ces idéaux passe nécessairement par le respect des droits et des libertés et par la protection de l’État de droit.
Elle appelle à l’arrêt immédiat de toutes les formes de restrictions visant les libertés individuelles et collectives, et à la garantie effective des libertés d’expression, d’organisation et de manifestation pacifique.
La ligue dénonce également les pressions exercées, selon elle, sur la société civile et le tissu associatif, à travers des restrictions administratives, financières et politiques. Elle cite notamment la suspension de la mise en œuvre du protocole d’accord liant le ministère de la Justice à la LTDH, ainsi que l’absence de dialogue sérieux avec les organisations nationales, en particulier l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).
Par ailleurs, l’organisation réclame la libération immédiate de toutes les personnes détenues ou incarcérées en raison de leurs opinions politiques ou de leur activité pacifique, ainsi que l’arrêt des poursuites judiciaires à caractère politique.
La LTDH insiste également sur la nécessité de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire, de respecter les normes d’un procès équitable et de mettre fin aux procédures exceptionnelles qu’elle considère comme attentatoires aux droits et libertés et aux fondements mêmes de la justice.
Elle appelle en outre à l’adoption d’une approche globale, fondée sur les droits humains, pour faire face aux crises économiques et sociales, mettant en garde contre le recours à des réponses sécuritaires ou à des discours qu’elle qualifie d’excluants et de clivants.
Enfin, la ligue renouvelle son soutien aux causes qu’elle juge justes, en particulier la cause palestinienne, et invite l’État tunisien à adopter des positions conformes aux principes des droits humains et à la légalité internationale.
Un rappel du sens du 14-Janvier
En conclusion, la LTDH souligne que la commémoration du 14-Janvier ne constitue pas seulement un moment symbolique, mais un rappel permanent que la liberté se conquiert et ne se concède pas, que la dignité est indivisible et que seul le respect de l’État de droit, des institutions et des droits et libertés fondamentales peut permettre à la Tunisie de surmonter ses crises et de construire un avenir à la hauteur des sacrifices de son peuple.
I.N.










