Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a appelé, vendredi 16 janvier 2026, à la libération immédiate de quatre agriculteurs originaires des localités d’Aben et de Sidi Madhkour, relevant de la délégation de Haouaria (gouvernorat de Nabeul), actuellement détenus dans le cadre d’une affaire liée à l’utilisation de puits d’eau profonds.
Dans un communiqué rendu public par son département de la justice environnementale et climatique, le FTDES indique avoir été saisi par des citoyens de la région de Haouaria au sujet de ce dossier, qui a suscité une vive controverse au niveau local au cours de la semaine écoulée. Les faits concernent l’incarcération de quatre agriculteurs, parmi lesquels figure Abdelkader Majid Ben Ammar, âgé de plus de 75 ans.
Des puits creusés par l’État il y a plus de quarante ans
Selon les éléments rapportés par le FTDES, l’affaire remonte à une convocation adressée aux agriculteurs par le poste de sûreté de Kélibia afin de les interroger au sujet de l’exploitation présumée non autorisée de puits d’eau profonds. Ces puits auraient été initialement forés par l’État tunisien il y a plus de quarante ans dans le cadre de travaux de prospection gazière.
Le communiqué précise que ces puits sont situés sur des terrains appartenant aux agriculteurs concernés et que leur exploitation s’est faite sur la base d’autorisations délivrées par un ancien ministre de l’Agriculture, puis par le Commissariat régional au développement agricole (CRDA) de Nabeul.
Toujours selon le FTDES, le CRDA aurait conditionné l’exploitation de ces puits au paiement de redevances au profit du Groupement de développement agricole (GDA) de Dar Chichou. Il est également indiqué que la propriété de ces puits n’a jamais été formellement transférée ni au CRDA ni à la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede).
Des redevances payées depuis 2006
Le FTDES affirme que les agriculteurs concernés s’acquittent, depuis l’année 2006, des redevances exigées pour l’utilisation de l’eau, lesquelles s’élèveraient à environ 250 dinars par an, et qu’ils irriguent leurs terres de manière régulière dans l’attente d’une régularisation administrative annoncée mais jamais concrétisée.
Le communiqué évoque ainsi une « promesse de régularisation » qui ne se serait finalement matérialisée, selon l’organisation, que par des poursuites judiciaires et des arrestations, sans avertissement préalable ni demande officielle de mise en conformité.
Les agriculteurs ont été convoqués pour une enquête au poste de sûreté de Kélibia le mardi 13 janvier 2026. Ils y auraient passé deux jours en garde à vue avant d’être transférés, sur ordre du ministère public, à la prison de Belli, où ils sont détenus depuis le jeudi 15 janvier 2026. Le FTDES souligne que cette détention se déroule dans un contexte de flou quant à la nature exacte des infractions reprochées et aux éléments de l’enquête en cours.
Une incarcération jugée disproportionnée
Dans son communiqué, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux dénonce la facilité avec laquelle la décision de placement en détention a été prise. L’organisation estime que ces agriculteurs ne représentent aucun danger pour l’ordre public, que leurs adresses sont connues et qu’ils ont répondu favorablement à la première convocation des autorités sécuritaires.
L’organisation rappelle également que les agriculteurs d’Aben et de Sidi Madhkour irriguent leurs terres sur la base d’autorisations émanant du ministère de l’Agriculture, sous la supervision et le suivi de ses services régionaux. Il affirme par ailleurs que les intéressés disposent de tous les justificatifs attestant du paiement régulier des redevances liées à l’utilisation de l’eau.
Appel à la libération et à des solutions durables
Face à cette situation, le FTDES exige la libération immédiate des quatre agriculteurs détenus, ainsi que leur indemnisation pour le matériel agricole saisi dans le cadre de l’affaire. Il renouvelle également sa dénonciation de ce qu’il qualifie de ciblage des petits agriculteurs, considérés comme le maillon le plus vulnérable du secteur agricole, alors que, selon l’organisation, les grands exploitants responsables de la surexploitation et de la pollution des ressources hydriques continueraient à bénéficier d’une forme d’impunité.
Le forum appelle enfin à l’adoption de solutions durables et équitables en matière de gestion des ressources en eau, garantissant à la fois le respect de la loi, la protection de l’environnement et les droits économiques et sociaux des agriculteurs.
I.N.










