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Huile d’olive : trois litres par an par Tunisien, selon le ministère de l’Agriculture

Par Myriam Ben Zineb

En dépit de son statut de grand pays producteur d’huile d’olive, la Tunisie demeure marquée par une faible consommation intérieure de ce produit emblématique. C’est ce paradoxe qu’a mis en lumière la réponse du ministère de l’Agriculture à une question écrite de la députée Manel Bedida. Au cœur de cette réponse, un chiffre interpelle : la consommation annuelle moyenne d’huile d’olive ne dépasse pas trois litres par personne, un niveau jugé modeste au regard du potentiel national et des bénéfices nutritionnels reconnus de ce produit.

Une consommation intérieure structurellement faible

Selon le ministère, la consommation locale d’huile d’olive oscille entre 30.000 et 50.000 tonnes par an, en fonction des campagnes et de l’évolution des prix. Les volumes les plus élevés sont enregistrés lors des saisons caractérisées par une forte production nationale, généralement accompagnée d’un repli des prix sur le marché. Malgré ces variations, l’huile d’olive ne représente que 15 à 20% de la production nationale, ce qui traduit un faible ancrage dans les habitudes alimentaires des ménages tunisiens. En moyenne, chaque citoyen consomme environ trois litres par an, soit un niveau très inférieur à celui observé dans d’autres pays méditerranéens producteurs.

La concurrence persistante des huiles végétales

Cette situation s’explique en partie par la place qu’occupent les huiles végétales dans la consommation courante. La consommation d’huile végétale subventionnée s’est stabilisée, ces dernières années, autour de 40.000 tonnes par an, pour un coût de compensation avoisinant 120 millions de dinars. L’Office national de l’huile assure l’acquisition de ces volumes et leur cession aux sociétés de conditionnement selon des quotas fixés par le ministère du Commerce, avant leur distribution dans des circuits dédiés à un prix administré de 900 millimes le litre. Le marché est, par ailleurs, alimenté en huiles non subventionnées, principalement l’huile de tournesol et l’huile de maïs, importées à l’état brut, raffinées localement puis commercialisées à des prix libres.

Valoriser l’huile d’olive et ses atouts nutritionnels

Face à ce constat, le ministère souligne la nécessité de promouvoir davantage l’huile d’olive, dont la valeur nutritionnelle et les bénéfices sanitaires sont largement supérieurs à ceux des huiles végétales raffinées, qu’elles soient subventionnées ou non. Des programmes de promotion sont menés de manière continue par l’Office national de l’huile afin de mettre à disposition du marché intérieur des quantités adaptées, de qualité et à des prix accessibles. Ces actions ont permis l’écoulement de 7,5 millions de litres au cours de la campagne 2023-2024, contribuant à la relance progressive des habitudes de consommation.

Un axe prioritaire pour la campagne 2025-2026

La question de la dynamisation de la demande intérieure a également été au centre des travaux du Conseil ministériel restreint du 25 octobre 2025, consacré à la préparation de la campagne oléicole 2025-2026. Outre le renforcement du programme annuel de l’Office national de l’huile pour l’approvisionnement du marché local à des prix appropriés, il a été décidé d’impliquer davantage les restaurants classés et les établissements hôteliers dans la promotion de l’huile d’olive conditionnée. Les autorités ont, en outre, appelé à une révision des marges bénéficiaires pratiquées dans les grandes surfaces, afin de rendre ce produit plus accessible et d’encourager une hausse durable de sa consommation, aujourd’hui plafonnée autour de trois litres par personne et par an.

M.B.Z

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2 commentaires

  1. HatemC

    17 janvier 2026 | 15h46

    Le vrai problème n’est pas l’amour (ou non) de l’huile d’olive, mais le modèle alimentaire tunisien appauvri
    Trois litres d’huile d’olive par an et par Tunisien.
    Le chiffre est présenté comme une curiosité statistique. Il devrait être lu comme un signal d’alarme sanitaire.

    Car ce faible niveau de consommation ne traduit ni un rejet culturel ni une ignorance nutritionnelle. Il révèle une réalité plus profonde et plus inquiétante : la Tunisie mange mal parce qu’elle mange peu varié.

    Dans les faits :
    Le repas tunisien moyen est mono-plat (couscous, pâtes, riz, ojja, kafteji…), les mêmes bases, les mêmes féculents, les mêmes schémas, jour après jour
    Pas d’entrées, pas de plats secondaires, très peu de cuisson différenciée.

    En Espagne, Italie ou Grèce ou France
    Les repas sont multiples (entrées, légumes, poissons, sauces, pains huilés).
    L’huile d’olive est omniprésente : cuisson, assaisonnement, finition.
    Elle structure la gastronomie …

    Pendant que d’autres pays méditerranéens ont fait de l’huile d’olive un pilier de prévention CARDIOVASCULAIRE, la Tunisie pousse, sans le dire, vers une alimentation de moindre qualité.

    La question n’est donc pas de consommer plus d’huile d’olive.
    La vraie question est : combien de diabétiques, d’hypertendus et de malades cardiovasculaires faudra-t-il encore pour admettre que la politique alimentaire tunisienne est en train d’échouer ?

    Qu’avez vous mangé ce midi ? des légumes ? des fruits ? ou un plat plein de sauce qui baigne dans une huile de mauvaise qualité riches en féculents … HC

  2. jamel.tazarki

    17 janvier 2026 | 14h56

    A) Hypnose collective 🙂
    On s’attendait à des recettes de plusieurs milliards de dollars provenant de l’exportation de notre huile d’olive magique ! On en parlait jour et nuit, on s’est auto-hypnotisé. Alors que d’autres pays parlent plutôt de souveraineté numérique et technologique. En Tunisie, nous sommes trop concentrés sur ces quelques milliers de litres d’huile d’olive… Alors que toute cette histoire est complètement bidon. Pourquoi ? Parce qu’aucune étude sérieuse n’a été menée pour éviter toute erreur. Parce que nous suivons majoritairement, sans réflexion approfondie, les ordres venant du haut de la hiérarchie. Parceque ceux qui sont au sommet de la hiérarchie refusent de nous écouter, alors pourquoi faire des propositions?

    B) Exporter des « barils » d’huile d’olive plutôt que des barils de pétrole :):)
    En 2017, notre ex-ministre, M. Samir Taïeb, a pris la décision de planter deux millions d’oliviers dans le nord de la Tunisie. En effet, Il voulait d’après ses dires exporter des «barils» d’huile d’olive plutôt que des barils de pétrole, en se basant sur la justification suivante : « Aujourd’hui, un baril de pétrole contient 159 litres et coûte 58 dollars. Or, le même baril rempli d’huile d’olive extra vierge rapporterait 636 dollars sur le marché international. » L’huile d’olive est une source de richesse renouvelable à l’infini qui reste peu exploitée. »
    –>
    Cette affirmation est absurde, car la demande d’huile d’olive est très limitée sur le marché international. Elle ne représente que 2% environ de la consommation totale d’huiles végétales.
    Voir l’article de Business News TN « Samir Taïeb préside l’ouverture de la conférence sur l’organisation oléicole », publié le 14 juillet 2017 à 14 h 46.

    On peut également lire, en 2017 : « Ainsi, Samir Taïeb a expliqué que le développement des cultures dans le nord du pays était une priorité pour le ministère et que deux millions d’oliviers y seraient plantés dans les prochaines années. »

    C) Boire un verre d’huile d’olive par jour, le secret méditerranéen d’une longue vie 🙂
    J’ai décidé de tester cette histoire en remplaçant mon petit-déjeuner habituel par un petit verre de cette boisson couleur d’or. Une demi-heure plus tard, j’étais étalé par terre, victime d’une faiblesse, et j’ai abandonné ma tentative héroïque. 🙂
    Beaucoup de nos villageois qui ont essayé cette absurdité ont fait une crise cardiaque. 🙁

    D) Le monde recherche en particulier des produits riches en oméga3.
    –>
    – Le problème de l’huile d’olive est évident : elle ne possède qu’une seule double liaison chimique sur sa chaîne carbonique (elle est mono-insaturée). Les huiles riches en oméga 3, en revanche, en ont trois (Cours de chimie, classe de terminale):
    Scielo.conicyt.cl/fbpe/img/rcp/v74n2/img02-01.gif

    – L’huile d’olive, bien que bonne pour la santé cardiovasculaire grâce à sa teneur élevée en acide oléique (un oméga-9), contient très peu d’oméga-3 (moins de 1% d’ALA). Elle est une base Pour des raisons historiques du régime méditerranéen et un bon choix pour la cuisson en raison de sa stabilité, mais elle ne suffit pas à couvrir les besoins essentiels en oméga-3.
    – La recommandation des experts est de diversifier les sources d’acides gras en combinant l’utilisation d’huile d’olive ou autres pour la cuisson et d’huiles riches en oméga-3 pour les assaisonnements froids.

    – L’organisme ne sait pas produire les acides gras essentiels oméga-3 (acide alpha-linolénique ou ALA, et ses dérivés EPA et DHA) ni les oméga-6. Ils doivent donc être apportés quotidiennement par l’alimentation. Les huiles végétales riches en oméga-3, comme l’huile de colza, l’huile de lin, ou l’huile de noix, sont des sources précieuses d’ALA. Alors que l’huile d’olive ne contient absolument pas de oméga-3.

    – Je rajoute que l’ oméga-3 est essentiel pour le développement cérébral et nerveux, santé visuelle, réduction des triglycérides, prévention des troubles du rythme cardiaque.

    E) Manger du poisson ou des algues est la méthode la plus directe et efficace pour obtenir des oméga-3 de haute qualité.
    – Le poisson gras (saumon, sardines, maquereau) et les algues fournissent directement deux types d’oméga-3 essentiels l’EPA et le DHA que l’huile d’olive ne contient pas.
    –>
    Deux fois par semaine, à chaque fois 100 g de sardines, est un apport optimal en oméga 3. Et que fait la Tunisie ? Oui, elle exporte nos sardines, alors que notre peuple souffre de malnutrition!
    –>
    Pour les végétariens, l’huile d’algues est la seule alternative végétale fournissant directement de l’EPA et du DHA et non pas l’huile d’olive.
    –>
    La culture d’algues est banale. Et que fait la Tunisie pour cela ? Absolument rien. En effet, nous sommes hypnotisés par l’huile d’olive, dont on n’a pas les moyens afin de nous permettre au moins 3 litres par Tunisien et par an !

    Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien