À peine six semaines après avoir mis fin, sous la contrainte de son état de santé, à une grève de la faim de 33 jours, Jaouhar Ben Mbarek annonce la reprise de ce mode de protestation extrême. Le détenu politique entame un nouveau jeûne depuis le 14 janvier 2026, à l’occasion du 15e anniversaire de la Révolution, renouant ainsi avec ce qu’il avait lui-même qualifié, en décembre dernier, d’« arme de dernier recours ».
Décembre 2025 : une suspension imposée par l’état de santé
Début décembre, son père, Ezzeddine Hazgui, avait fait savoir que son fils avait mis fin à sa grève après plus d’un mois de privation totale. Dans un message adressé aux militants et aux défenseurs des libertés, il avait annoncé que Jaouhar Ben Mbarek, dont l’état de santé suscitait une inquiétude croissante, avait accepté d’interrompre son mouvement. Depuis la prison de Belli, l’opposant avait lui-même confirmé une suspension « temporaire », motivée par l’urgence médicale.
Il expliquait alors que la mobilisation avait permis de « porter le message » et de mettre en lumière la situation des prisonniers politiques, tout en rappelant que la lutte se paie « de la santé et des corps ». Il réaffirmait son attachement à « une Tunisie libre et démocratique, fondée sur la primauté du droit », qu’il présentait comme un projet national et non comme un simple slogan.
Alertes médicales et tensions autour de sa détention
Cette décision était intervenue après des semaines de signaux d’alarme lancés par sa sœur et avocate, Dalila Ben Mbarek Msaddek. Fin novembre, elle décrivait un état critique : déshydratation sévère, perte de plus de vingt kilos, troubles moteurs et de l’élocution, hospitalisations répétées et premiers signes de rhabdomyolyse. Elle évoquait un homme affaibli au point de ne plus être reconnaissable.
Dans le même temps, la défense dénonçait des violences présumées en détention et des pressions judiciaires, tandis que l’administration pénitentiaire rejetait ces accusations, niant même l’existence de la grève de la faim et affirmant assurer un suivi médical régulier.
Un contexte judiciaire alourdi par les verdicts en appel
La reprise de la grève de la faim intervient dans un climat judiciaire particulièrement lourd. Le 28 novembre 2025, la chambre pénale spécialisée de la cour d’appel de Tunis a rendu son verdict dans l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’État, prononçant et alourdissant de lourdes peines de prison. Dans ce dossier, plusieurs figures de l’opposition, dont Jaouhar Ben Mbarek, Ghazi Chaouachi, Ridha Belhaj, Issam Chebbi et Chayma Issa, ont vu leurs condamnations passer de 18 à 20 ans.
Un geste symbolique aux lourdes implications
En choisissant de reprendre la grève de la faim à la date anniversaire de la Révolution, Jaouhar Ben Mbarek inscrit son action dans une forte charge symbolique. Ce retour à un mode de protestation qui l’avait conduit, quelques semaines plus tôt, « au bord du point de non-retour » sur le plan médical, ravive les inquiétudes quant à une nouvelle dégradation rapide de son état de santé, dans un contexte où ses proches et ses avocats continuent d’alerter sur les conditions de sa détention et sur le sort des autres détenus politiques.
M.B.Z












2 commentaires
Mhammed Ben Hassine
Je ne peux dire que dieu soit à son aide mais
Pourquoi entamer un grève de faim à plusieurs reprises et revenir sur sa décision quel but espère t il touché
LIBERTE DIGNITE DE TRAITEMENT ET SOLIDARITE POUR MBAREK
ainsi que pour les centaines de détenu.e.s politiques comme d opinions sans eKSceptions !