Par Nizar Ben Salah*
L’Union générale tunisienne du travail traverse depuis plus d’un an et un trimestre une crise interne aiguë, sans précédent dans son histoire. Celle-ci est apparue clairement aux yeux de l’opinion syndicale pour la première fois lors des travaux du Forum syndical (24-27 juin 2024), puis ses manifestations publiques se sont multipliées depuis, avant que son enracinement ne se confirme à la veille du Conseil national (5-6-7 septembre 2024). À cette occasion, les avis des frères membres du bureau exécutif national se sont divisés en trois positions quant à la possibilité de poursuivre le travail commun en son sein :
– une première opinion appelant à la tenue d’un congrès extraordinaire ;
– une deuxième réclamant l’anticipation du congrès ordinaire de l’organisation – les deux considérant que la racine de la crise réside dans l’absence d’homogénéité des visions au sein de la direction nationale et dans la perte de confiance entre ses membres, et que la sortie de crise passe par l’une de ces deux solutions ;
– une troisième opinion reconnaissant l’existence d’une crise, mais niant qu’elle ait atteint un niveau justifiant la tenue d’un congrès extraordinaire ou l’anticipation du congrès ordinaire, et s’attachant par conséquent à la poursuite du mandat actuel jusqu’à son terme normal, soit février 2027.
D’une divergence de visions à une paralysie structurelle
J’avais alors pensé, comme de nombreux syndicalistes, que le Conseil national serait l’étape où un arbitrage démocratique interviendrait entre ces trois options, comme l’UGTT en a l’habitude lorsqu’il y a divergence de points de vue. Or, il n’en a rien été. La crise s’est approfondie, aggravée et est devenue structurelle. Cela s’est reflété dans le fonctionnement du bureau exécutif national, dont un tiers des membres ont boycotté les réunions, et également dans celui de la Commission administrative nationale, qui ne s’est pas réunie depuis près de neuf mois. Ainsi, la paralysie – que connaissait déjà l’Union en matière de capacité à imposer le dialogue social et ses échéances – s’est étendue au fonctionnement de ses structures exécutives et décisionnelles centrales. Peu à peu, la crise s’est infiltrée dans les régions et les secteurs, où les avis se sont divisés et les positions des syndicalistes ont divergé face aux interactions et évolutions internes à l’organisation.
Si la crise s’est révélée au grand jour aux dates mentionnées ci-dessus, je considère que ses racines remontent à plusieurs années auparavant, période durant laquelle ses causes mûrissaient silencieusement, couvertes par le manteau de l’unité syndicale qui a toujours caractérisé l’organisation et à laquelle ses militants sont restés attachés. À mon sens, le premier moment où la crise est sortie de sa léthargie remonte à la deuxième semaine de septembre 2022, lors de la signature du procès-verbal d’accord portant sur l’augmentation des salaires des agents de la fonction publique, lorsqu’il est apparu clairement que ce qui avait été présenté à la Commission administrative nationale quelques jours plus tôt différait de ce qui a finalement été signé.
Depuis lors, les manifestations de la crise se sont poursuivies, s’élargissant et s’approfondissant du fait de l’incapacité de la direction à trancher les différends, et même à les encadrer, les contenir ou les limiter, car il s’agit d’une direction divisée, privée de la cohésion, de la confiance et de l’unité nécessaires à toute intervention décisive ou à des décisions contraignantes. La crise a failli se transformer en crise existentielle menaçant l’UGTT, n’eût été l’intervention, après bien des difficultés, de la raison syndicale collective, qui a fini par privilégier la logique et par forger un consensus autour de l’anticipation du congrès général à mars 2026. Ce consensus a été signé par l’ensemble des membres du bureau exécutif national dans un document commun, le 29 mai 2025, lors de la réunion de la Commission administrative nationale convoquée pour examiner la situation interne de l’organisation.
Une accalmie trompeuse et des désaccords stratégiques persistants
Si la tension a diminué après cette Commission administrative historique, que les crispations se sont atténuées et que les structures ont repris un fonctionnement quasi normal, ce relatif apaisement ne doit pas masquer le fait que les causes profondes de la crise sont essentiellement liées à l’absence d’homogénéité des visions stratégiques concernant l’UGTT, ses luttes, ses rôles sociaux et nationaux, son organisation interne, ses mécanismes de fonctionnement, sa place nationale et sa relation avec la scène politique. L’esprit de solidarité et d’unité syndicales qui s’est manifesté clairement le 21 août 2025, à l’occasion du rassemblement et de la marche organisés par l’Union pour se défendre elle-même et défendre le droit syndical, nous offre l’opportunité d’aborder ces fondamentaux, notamment après la Commission administrative du 23 septembre 2025 qui a entériné l’anticipation du congrès général à mars 2026. C’est dans ce cadre que s’inscrit la présente lettre adressée à vous, chères sœurs et chers frères membres de la Commission administrative nationale de l’UGTT.
Cette lettre n’est pas une réponse à ceux qui ont nié la crise dès le départ, qui ont fait preuve d’obstination et refusé de voir une réalité pourtant évidente. Elle n’est pas non plus une réponse à ceux qui estiment que la crise est passagère ou conjoncturelle, ou qu’elle ne serait qu’un simple conflit de positions appelé à se résoudre dès qu’un camp remplacera un autre ou qu’une nouvelle direction prendra les rênes à la place de l’actuelle.
Cette lettre est une invitation adressée à celles et ceux qui souhaitent écouter, loin du déni, de l’entêtement, de l’opportunisme et de la course vers l’abîme. Elle est ma manière de transmettre une part essentielle de la parole que j’avais prononcée lors du dernier Conseil national. Écrire, c’est en quelque sorte parler sans être interrompu par les contraintes des trois minutes de temps de parole, sans que le micro ne s’éteigne et que les mots ne se perdent, que les idées ne se dissipent dans le vacarme ambiant.
Cette lettre est une initiative personnelle, tant dans son idée que dans son contenu. Je n’ai consulté ni mes sœurs et frères membres du bureau exécutif de la Fédération générale des enseignants de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, ni mes compagnons de route syndicale avec lesquels j’ai cheminé, et continue de cheminer, côte à côte tout au long de mon parcours syndical, ni les syndicalistes avec lesquels mes positions et visions se sont croisées à de nombreuses étapes. Elle ne m’engage donc que moi, et je refuse que quiconque soit tenu pour responsable d’opinions sur lesquelles je ne l’ai pas consulté.
Cette lettre est un appel à sauver, renouveler et réformer l’organisation de l’intérieur et par ses propres enfants. Je le lance en tant que l’un d’eux, engagé et affilié à l’Union depuis plus d’un quart de siècle, ayant assumé des responsabilités à l’échelle locale, régionale et nationale, y ayant milité de manière continue sous diverses formes, et ayant accompagné ses évolutions et celles de son environnement depuis l’an 2000.
Elle constitue également une contribution de ma part en tant que syndicaliste appartenant à un secteur qui a toujours été considéré, à juste titre, au sein de l’UGTT comme un secteur spécifique, puisqu’il représente les enseignants et chercheurs de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Il incombe aux syndicalistes d’un tel secteur d’oser diagnostiquer les situations avec précision et profondeur, au-delà de ce qui est apparent et superficiel, d’anticiper l’avenir et de proposer à l’organisation, de leur point de vue, la voie la plus appropriée. Il leur incombe aussi, selon la même logique, de recoudre les déchirures et de sonder les horizons du salut en temps de crise afin d’initier un nouveau départ pour l’action syndicale. Car dans chaque crise se trouve une opportunité de réforme, de renouveau et de poursuite de l’action qu’il ne faut pas gaspiller.
C’est dans ce cadre général que s’inscrit ma lettre, et à partir de tous ces points d’ancrage que j’écris, à la recherche d’une voie possible vers le salut et le renouveau.
Je considère que le premier jalon de ce chemin réside dans la nécessité de donner des intitulés à la crise que nous traversons. En gestion de crise, cela s’appelle « donner du sens à la crise », car l’absence de sens ou sa perte mène au chaos, à la lutte de tous contre tous, à la domination des émotions, des impulsions et des règlements de comptes, et peut ouvrir la voie aux outils de destruction, comme nous l’avons vu à maintes reprises sur la place Mohamed Ali ces derniers mois. Des outils poursuivant les mêmes objectifs – destruction, récupération, instrumentalisation, encerclement – même si leurs expressions diffèrent, allant de « syndicalistes opposants » cherchant à imposer un organe de gestion provisoire, à des « partisans du processus » voulant ce qu’ils veulent en matière de dissolution, de gel et d’épuration.
Comment, dès lors, donner du sens à la crise actuelle de l’UGTT ? Et quels sont les intitulés que nous pouvons lui attribuer ?
La crise actuelle au sein de l’UGTT comporte plusieurs dimensions imbriquées. À mon sens, elles peuvent être regroupées en cinq grands intitulés.
Le premier est la perte par l’UGTT de son assise populaire.
L’assise populaire de l’UGTT a été profondément atteinte au cours des dernières années selon une trajectoire ascendante entamée en 2011 et poursuivie depuis lors. La popularité de l’Union s’est progressivement érodée – à l’exception de la période du dialogue national – pour atteindre aujourd’hui son niveau le plus bas, tandis que la place et le prestige de l’organisation au niveau national se sont fortement dégradés.
Les causes de ce recul peuvent être réparties entre facteurs externes et facteurs internes, bien qu’ils soient étroitement liés. Les facteurs externes sont nombreux, mais ils tiennent principalement aux campagnes de diabolisation et de dénigrement sur les réseaux sociaux, que les forces politiques successives au pouvoir depuis 2011 ont probablement regardées avec bienveillance, car elles contribuaient à encercler l’UGTT et à réduire son rayonnement social et son influence nationale. Malheureusement, ces campagnes n’ont été analysées au sein de l’Union qu’à travers le prisme de la lecture politique stricte, alors qu’il aurait fallu les comprendre également dans le cadre des transformations sociales que connaît la Tunisie depuis 2011, les replacer dans ce contexte et anticiper leurs effets sur l’Union et sur son assise populaire.
Quant aux causes internes, elles résident dans les mouvements extrêmes menés en dehors du cadre légal et sans l’aval des structures concernées de l’Union. Bien que relativement peu nombreux, ces mouvements, par leur charge symbolique, leur répétition et l’obstination à les reproduire – notamment dans des secteurs sensibles – ont vu leur impact démesurément amplifié, avec des conséquences catastrophiques sur l’assise populaire de l’UGTT. Parmi ces actions figurent les grèves soudaines sans préavis officiel, les grèves ouvertes ou sans revendications claires et définies, les boycotts d’examens, les menaces de boycott des examens et des concours nationaux, la rétention des notes, ainsi que d’autres formes de grèves administratives. Bien que toutes ces actions aient été menées sans couverture officielle et déclarée de la centrale syndicale, l’opinion publique nationale a toujours imputé à l’UGTT une responsabilité implicite dans leur survenue.
Par ailleurs, certains comportements adoptés occasionnellement par une minorité de syndicalistes ont, hélas, instrumentalisé leur statut syndical pour obtenir des avantages indus ou illégitimes, ou pour couvrir des dépassements, contribuant ainsi à ternir l’image immaculée de l’Union au sein de son assise populaire. Ces pratiques ont suscité l’indignation et la colère d’une partie importante de l’opinion publique. Les réseaux sociaux ont amplifié ces comportements répréhensibles, les généralisant et en faisant un stigmate attribué à l’ensemble des syndicalistes, créant l’impression que l’Union et ses militants seraient au-dessus des lois. Or, le syndicaliste est censé rester fidèle à l’image d’intégrité qui a longtemps prévalu dans la conscience collective tunisienne depuis la fondation de l’organisation : un modèle de sérieux, de probité et de sens du devoir, au-dessus des gains et des privilèges, afin que sa parole soit entendue lorsqu’elle s’élève pour défendre les droits et dénoncer les injustices.
La force de l’UGTT, comme le prouve son histoire, réside dans son assise populaire, sa place sociale et sa valeur symbolique dans le pays, et non uniquement dans ses structures, contrairement à ce que certains aiment croire. La reconquête de cette assise populaire est, à mon sens, une question vitale pour l’UGTT : sa réussite garantit sa pérennité, son échec constitue une menace existentielle imminente. L’assise populaire de l’Union ne se limite pas aux militants des courants politiques présents dans ses structures, ni à ceux dont les positions coïncident ponctuellement avec les siennes. Elle est bien plus large. Il s’agit d’un concept sociétal englobant l’ensemble des catégories sociales dont l’Union défend les intérêts, qu’elle protège contre l’exploitation et l’arbitraire, qu’elle accompagne vers la croissance économique et l’élévation sociale, et qui voient en elle leur voix et leur porte-parole sur les plans social et national. Elle englobe également des catégories qui ne sont pas nécessairement concernées directement par le rôle social de l’Union, par les résultats de ses négociations ou par ses mouvements de lutte, mais qui considèrent son existence comme une nécessité sociale pour la cohésion du tissu social, et sa présence comme un besoin national. Autour de ces catégories gravite tout un environnement social lié par des relations sociales et des intérêts économiques, influencé par leurs orientations, et qui constitue lui aussi une partie intégrante de l’assise populaire de l’Union. C’est cette assise, dans son acception la plus large, que l’UGTT a perdue, et qu’elle doit impérativement reconquérir.
La reconquête de l’assise populaire de l’UGTT passe avant tout, et de manière ferme et sans la moindre hésitation, par une déclaration claire affirmant qu’il n’y a pas de place au sein de l’organisation pour des mouvements extrêmes et impopulaires, et que les structures centrales, régionales, sectorielles et locales de l’Union s’opposeront à toute tentative future de les reproduire ou de les réintroduire. Elle exige également que l’Union rejette toutes les pratiques nuisibles à son image et à sa réputation, ainsi que toute violation de la loi, quel que soit le syndicaliste qui s’y livre et quelle que soit sa responsabilité au sein des structures. Elle doit y faire face avec la force du règlement intérieur d’une part, et par la transparence, la sensibilisation, l’encadrement ferme et décisif d’autre part. Dans ce contexte, je propose l’adoption d’un « Code du responsable syndical », une idée déjà évoquée à plusieurs reprises au sein de l’Union, qui énoncerait les valeurs et principes auxquels tout responsable syndical, quelle que soit sa fonction, doit se conformer dans l’exercice de ses responsabilités et dans ses relations avec les différents acteurs concernés, et qu’il s’engagerait à respecter par sa signature dès sa prise de fonction.
Le deuxième intitulé de la crise est le discours syndical usé et obsolète.
Le discours syndical dominant au sein de l’Union, qu’il soit national, régional ou sectoriel, se caractérise par le sloganisme, la monotonie et la rigidité. Ses mécanismes sont dépassés, son vocabulaire est chargé. Il est dominé par le conservatisme et la répétition. C’est un discours qui mêle, d’un côté, un ton élevé, la fermeté et la rigueur, et de l’autre, l’arrogance, la tension et l’incitation. La « force » que ses promoteurs lui prêtent ne réside ni dans sa capacité de persuasion, ni dans sa méthodologie, ni dans sa clarté, mais dans des formules puisées dans un lexique politique ancien et exprimant des penchants idéologiques figés, dépassés par le temps et le contexte, au point que le discours syndical est devenu caricatural et rejeté par la large assise populaire dont disposait autrefois l’Union.
Rien n’illustre mieux la vacuité de ce discours que ce slogan douteux et maladroit introduit au sein de l’Union par des parties qui l’ont rejointe après janvier 2011 : « Vive, vive l’Union, la force la plus forte (ou la plus grande) du pays », ou encore ces « lignes rouges » illusoires impossibles à faire respecter, ou ces menaces creuses et provocatrices lancées parfois par certains responsables syndicaux sans aucun effet réel. C’est un discours de puissance sans les fondements de la puissance. Et comme tout discours de ce type, il glisse rapidement vers la simple réaction émotionnelle et l’excès verbal, avant de sombrer dans l’indifférence, le désintérêt et la pitié.
Malheureusement, de nombreux épisodes de ce discours syndical ont gravement nui à l’image et à la crédibilité de l’Union, et ce à deux reprises. Une première fois lorsqu’ils ont donné, à certaines périodes, l’impression que l’Union s’était imposée à un État affaibli et à une société en quête de repères pour l’avenir, qu’elle avait cédé à la logique du butin et tourné le dos à son histoire et à son pays, alors même que celui-ci avait un besoin vital de la boussole de l’Union pour initier la formation d’un bloc historique capable de faire dépasser à la Tunisie les phases difficiles qu’elle traversait après 2011. Une seconde fois lorsqu’il est apparu que l’escalade verbale du discours syndical ne correspondait pas à la réalité des rapports de force, que l’Union était incapable de répondre aux reculs successifs du gouvernement sur de nombreux accords et procès-verbaux signés, ni d’imposer sa vision du dialogue social et de ses résultats, ni même de réagir à la confiscation par le pouvoir de plusieurs dossiers sociaux majeurs, tranchés unilatéralement dans un mépris clair et assumé de l’organisation.
Ce discours syndical usé et arrivé en fin de validité ne correspond pas, à mes yeux, à l’UGTT par sa valeur, sa taille, son histoire et ses constantes. Je considère que son renouvellement et sa refonte, dans les circonstances actuelles, constituent une nécessité incontournable pour sortir de la crise actuelle.
Pour que ce discours se renouvelle, il doit revenir aux constantes historiques de l’UGTT depuis sa fondation, ainsi qu’à celles qui ont prévalu depuis la création de l’État national indépendant jusqu’à aujourd’hui. L’une des plus importantes de ces constantes est l’attachement au rôle de partenaire social, tel que l’UGTT l’a élevé et consacré depuis sa contribution effective à la lutte de libération nationale et à la construction de l’État indépendant, jusqu’à sa réussite dans la conduite et la réussite du dialogue national à la suite des assassinats politiques des martyrs de la nation, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Ce rôle est celui d’un partenaire social jouissant nécessairement de tous les droits afférents à ce statut.
C’est dans le creuset de ce partenariat social que doit se construire le renouvellement du discours syndical, et c’est de là que doivent être inspirées ses idées, son vocabulaire et ses formulations. Parmi ces idées figure la transformation du discours syndical en un discours d’argumentation et de proposition, dont la force réside dans la solidité de ses arguments, la cohérence de ses positions et son attachement aux rôles sociaux qu’implique le statut de partenaire social. Un discours serein, empreint de la confiance en soi et en la solidité de l’opinion, un discours conscient que, quel que soit son cadre d’énonciation immédiat, il s’adresse avant tout et en dernier ressort à une opinion publique nationale, et qu’il doit interpeller la raison, la logique et leur sagesse, plutôt que les émotions et leurs emballements. Un discours franc, qui ne vend ni illusions ni promesses incertaines, un discours qui parie sur l’intelligence du destinataire et élève son niveau de conscience et de discernement, plutôt qu’un discours attisant les tensions, exacerbant les émotions et brandissant des chimères et des appétits illusoires.
Pour que ce renouvellement du discours syndical réussisse, il doit s’inscrire dans le cadre d’une stratégie de communication intégrée, dont l’objectif principal serait la restauration de l’image immaculée de l’UGTT au sein de la société. Une stratégie dont les objectifs et les composantes seraient définis par les structures de l’Union, élaborée par des professionnels du métier, adoptée par ses instances, mise en œuvre par elles, et suivie par des spécialistes compétents et expérimentés dans le domaine de la communication.
Le troisième intitulé de la crise est le traitement sélectif et défaillant des textes régissant le fonctionnement de l’organisation (statuts et règlement intérieur).
D’emblée, et afin de clarifier certains points que je considère essentiels pour éviter toute confusion chez le lecteur de cette lettre, je tiens à affirmer que j’ai toujours été, et que je demeure, parmi ceux qui refusent de considérer les statuts de l’UGTT comme un texte figé, sclérosé, au-dessus de toute critique ou révision, qu’il ne faudrait jamais toucher quelles que soient les justifications ou les circonstances. Je considère, au contraire, que l’évolution des situations et leur transformation imposent nécessairement l’adaptation et le développement des textes régissant le fonctionnement de l’Union. Dans cette perspective, je ne m’oppose pas, par principe, à la révision des statuts de l’UGTT. Je ne vois aucune sacralité dans ce que l’on a appelé « l’article 20 », devenu une sorte de portemanteau auquel on accroche tous les échecs et toutes les crises de l’Union, passées et présentes, dans une tentative flagrante de détourner l’attention au service d’intérêts personnels et catégoriels, et dans un effort vain pour dissimuler les causes profondes de la crise et détourner le regard de ses fondements essentiels.
Je considère également que le renvoi de la décision relative à la tenue éventuelle d’un congrès extraordinaire non électif devant le Conseil national était justifié du point de vue syndical et juridiquement sain, comme l’a confirmé ultérieurement la Cour de cassation – la plus haute instance judiciaire en Tunisie – par son arrêt qui a tranché définitivement le débat et la controverse sur la question.
Cependant, sur la forme, je considère que la manière dont le vote sur cette possibilité a été organisé lors du Conseil national tenu en août 2020 était loin d’être appropriée, car elle a porté atteinte à deux principes fondamentaux : le principe du secret du vote et celui de la neutralité du lieu de vote à l’égard de toute pression possible.
Je considère également que la révision apportée à l’article 20 des statuts de l’Union était incomplète et en deçà des attentes. Si elle a été présentée à l’époque comme un mécanisme destiné à assurer la cohérence avec le contenu des articles régissant l’élection des bureaux exécutifs des fédérations générales et des unions régionales, autrement dit la règle dite du « renouvellement par tiers », elle n’a prévu aucune garantie empêchant la pérennisation indéfinie de l’exercice des responsabilités au sein du bureau exécutif national, ni ouvert la voie à une révision du même risque de pérennisation au niveau des bureaux exécutifs des fédérations générales ou des unions régionales.
Je considère donc qu’il est nécessaire de procéder à une révision en profondeur des statuts de l’UGTT, rompant avec la logique de leur instrumentalisation à des fins conjoncturelles, au profit d’une révision à portée stratégique consacrant les principes de démocratie, de transparence et d’efficacité, et garantissant l’alternance des responsabilités à tous les niveaux : bureau exécutif national, bureaux exécutifs des fédérations générales et unions régionales.
À cet effet, je propose de plafonner le nombre de mandats électifs dans tous les bureaux exécutifs – nationaux, régionaux et sectoriels – à trois mandats, qu’ils soient consécutifs ou non ; et de limiter l’exercice de la première responsabilité, à savoir le secrétariat général, à deux mandats au maximum, consécutifs ou séparés. Je propose également que ce plafonnement soit absolu, c’est-à-dire indépendant de la date de modification des textes juridiques, ainsi que de fixer le nombre des membres du bureau exécutif national à onze, par la fusion de certaines responsabilités, et de réduire à deux le nombre maximal de retraités au sein du bureau exécutif national.
Je propose aussi de revoir le nombre de voix attribuées aux différents responsables syndicaux lors des conseils nationaux, dans le respect du principe démocratique d’une part, et en cohérence avec le niveau de responsabilité syndicale d’autre part.
Enfin, l’UGTT doit mettre un terme clair et déclaré à la politique du deux poids deux mesures, et appliquer les dispositions du règlement intérieur en matière de dérives, de dépassements et de manquements transmis à la commission du règlement intérieur. Tout le monde sait aujourd’hui que certains dossiers sont oubliés et rangés dans des tiroirs sans être examinés, malgré la gravité des plaintes qu’ils contiennent, et qu’ils peuvent être ressortis à tout moment si des intérêts s’opposent ou convergent, tandis que d’autres dossiers sont traités dans l’urgence et tranchés en quelques jours, alors qu’ils ne présentent pas la même gravité. Ce laxisme et ce manque de sérieux d’un côté, et cette précipitation de l’autre, ont installé l’idée que l’impunité est la règle dès lors que l’on appartient à un courant influent, à un secteur électoralement puissant, ou que l’on bénéficie du soutien de telle ou telle partie influente. Cela a ouvert grand la porte aux dérives, aux surenchères dans les mouvements revendicatifs, aux insultes, aux diffamations, aux campagnes de dénigrement, à l’incitation, au mensonge et à la calomnie, notamment sur les réseaux sociaux, devenus – hélas – une arène de trahisons et de règlements de comptes issus des résultats des congrès syndicaux, sous les yeux de tous. Cela doit cesser aujourd’hui. Le règlement intérieur doit être appliqué à tous de la même manière, sans considération électorale, sectorielle, régionale, politique ou catégorielle.
Le quatrième intitulé de la crise est le recul du rôle national de l’Union.
Le rôle national de l’UGTT a toujours été la caractéristique qui la distinguait des autres organisations syndicales, généralement cantonnées à leurs rôles sociaux. Si la boussole de ce rôle national a, depuis la fondation de l’Union, été l’intérêt national supérieur, il évolue naturellement en fonction des phases historiques et des défis qu’elles posent. Durant la période coloniale, le rôle national de l’UGTT fut un engagement total dans la lutte pour la libération nationale, allant jusqu’à en assumer la direction à certaines étapes, aux côtés du Parti destourien libre. Après l’indépendance, ce rôle s’est transformé en contribution à l’élaboration des premiers programmes économiques et sociaux de la Tunisie, et en participation active de ses cadres à la construction des fondements de l’État national naissant et de ses institutions, avec la prise de responsabilités avancées en leur sein. Par la suite, le rôle national de l’Union est devenu celui de la lutte pour imposer son indépendance vis-à-vis du parti au pouvoir, une lutte qui a culminé avec l’affrontement de janvier 1978. Après le congrès de Gafsa en 1980, le rôle national de l’UGTT s’est orienté vers la défense des libertés et de la démocratie. Cette évolution s’est poursuivie, sous différentes formes, jusqu’à la réussite du dialogue national en 2014, après avoir abrité dans ses locaux les premières prémices du soulèvement de 2011 et joué un rôle central dans son aboutissement, notamment à travers les grèves générales régionales, en particulier celles de Sfax le 12 janvier et de Tunis le 14 janvier.
Lorsque l’on compare certaines de ces séquences lumineuses du rôle national de l’UGTT à l’effacement qu’elle connaît aujourd’hui, on mesure l’ampleur du recul qu’a subi l’organisation en termes d’influence et de rôle sur la scène nationale.
Aujourd’hui, le rôle national de l’Union exige, selon moi, qu’elle prenne clairement parti en faveur de la démocratie et des libertés publiques et individuelles d’une part, et de la question sociale d’autre part. L’UGTT ne peut en aucun cas se laisser entraîner par des vagues de remise en cause de la démocratie représentative et de ce qu’elle implique en termes de vie politique fondée sur un pluralisme partisan développé, un tissu associatif actif, une presse libre et un débat public garanti par les textes juridiques et protégé par la pratique effective. Elle ne peut pas davantage se laisser séduire par des appels à l’invention de formes alternatives de représentation populaire, dont l’histoire a démontré l’échec et la vacuité.
L’adhésion de l’UGTT aux principes de la démocratie et des libertés publiques et individuelles ne saurait être entachée par le deux poids deux mesures : l’enthousiasme pour certaines causes et la prise de leadership sur certains dossiers d’un côté, et le silence ou l’ambiguïté sur d’autres de l’autre. Les droits sont indivisibles. Il n’existe ni hiérarchie entre eux, ni priorité de certains sur d’autres. Les principes ne se fragmentent pas. Il n’y a pas de distinction entre les acteurs dans l’exercice de leurs droits. Il n’y a aucune légitimité à défendre certains droits avec ferveur tout en éludant ou en contournant d’autres.
De même, l’Union ne peut, en plus de son rôle social classique de défense des intérêts de ses affiliés et d’amélioration de leurs conditions et acquis, faire l’impasse sur la question sociale. J’entends par là l’ensemble des causes sociales justes et légitimes, même lorsqu’elles ne sont pas portées ou défendues par des parties organisées au sein de l’UGTT, comme le droit de certaines catégories marginalisées à accéder au cycle économique et social, et d’autres problématiques relevant de la question sociale. Prendre parti signifie ici que l’Union œuvre pour garantir à ces catégories le droit d’exprimer leurs revendications, que leurs causes trouvent leur place dans le débat public, et que l’UGTT prenne position sur l’ensemble de ces questions, en faveur des principes de justice sociale et d’égalité des chances.
Cela nous conduit au cinquième intitulé de la crise, que j’identifie à travers une analyse approfondie : l’exploitation par certains courants et partis politiques de leurs positions avancées au sein de l’Union afin d’influencer ses positions et ses décisions stratégiques.
Ce point m’amène à revenir sur une période que je considère – et que de nombreux syndicalistes ayant précédemment milité et assumé des responsabilités au sein de l’UGTT considèrent également – comme un tournant décisif : l’année 2011. À cette époque charnière, l’UGTT a commis une erreur stratégique majeure en choisissant un positionnement sur la scène nationale qui n’aurait jamais dû être le sien. Je fais référence précisément à la période qui a suivi le 14 janvier 2011, lorsque la Tunisie s’est retrouvée face à deux options exclusives : soit procéder à des réformes profondes de la Constitution de 1959 et du système électoral, et s’engager dans des élections présidentielles anticipées et pluralistes ; soit opter pour une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution censée réaliser les objectifs de la révolution. Dans une décision qui a surpris tout le monde à l’époque, l’UGTT a modifié sa position vis-à-vis du gouvernement de Mohamed Ghannouchi, refusant d’y participer après l’avoir initialement accepté, et a adopté l’option constituante, fondée implicitement sur une évaluation considérant que l’État de l’indépendance n’avait produit que ruines, et que ces ruines nécessitaient une refondation. Ce faisant, elle a fait pencher la balance en faveur de la seconde option et commis l’erreur stratégique dont le pays a payé un prix exorbitant.
Ce qui est frappant, c’est que si cette option pouvait trouver une justification chez certains courants et partis politiques bien identifiés, situés aux extrêmes du paysage national à droite comme à gauche – dont certains ont, depuis leur émergence, remis en cause l’indépendance de la Tunisie ou la fondation même de l’État national, ou adopté des idéologies ne voyant dans l’appartenance à la Tunisie qu’un prélude à une appartenance plus large et transnationale –, elle ne trouvait aucune justification du côté de l’UGTT. L’Union avait contribué à l’indépendance du pays, participé au premier gouvernement national, joué un rôle central dans l’élaboration de la Constitution de 1959 et dans la construction de l’État national, et élaboré le premier programme économique et social de l’État naissant. Pendant des décennies, elle s’était comportée comme un contre-pouvoir face au pouvoir en place, dans un pays dont son histoire s’était confondue avec la sienne. Comment une organisation de la taille, du poids symbolique et de l’histoire de l’UGTT pouvait-elle alors soutenir une option contraire à ses constantes et à ses orientations, une option qui ne faisait pas consensus au niveau national et ne bénéficiait pas d’une véritable assise populaire ?
Il est clair pour quiconque a suivi de près cette période que l’UGTT a été entraînée de force vers ce choix, sous l’influence de courants et de partis actifs en son sein et occupant des positions avancées dans ses structures, qui ont adopté l’option constituante et se sont acharnés à l’imposer, exploitant leurs positions pour faire prévaloir leurs orientations politiques au service de leurs visions idéologiques. Ces mêmes courants sont aujourd’hui largement responsables de l’effacement du rôle national de l’Union, en exerçant toutes sortes de pressions, explicites ou implicites, afin de l’écarter de toute initiative nationale chaque fois que de telles initiatives émergent.
À mon sens, la froideur avec laquelle certaines parties internes à l’Union ont accueilli la proposition alternative à celle du gouvernement concernant les négociations avec le Fonds monétaire international, ainsi que leur attitude face au débat sur le projet de Constitution que l’Union envisageait de soumettre à l’opinion publique, relèvent de cette même logique d’effacement. Il en va de même de l’incapacité de l’UGTT à imposer les conclusions de la Commission administrative nationale extraordinaire convoquée pour examiner les dérives syndicales, ou de son incapacité à adopter une position unifiée sur le référendum du 25 juillet 2022. La dernière manifestation de cet effacement a été, sans doute, le report à plusieurs reprises de la présentation de l’initiative nationale annoncée par l’Union, pour laquelle des commissions avaient pourtant été mises en place, avant qu’elle n’y renonce totalement sans la moindre explication ni justification. Par cette dernière séquence, l’UGTT a implicitement abandonné tout rôle national, décevant une partie importante de l’opinion publique tunisienne qui attendait beaucoup d’elle, et qui la sollicitait précisément parce qu’elle croyait que la position de l’Union constituait la boussole de l’intérêt supérieur de la Tunisie.
Au cœur de ce dernier intitulé de la crise se trouve, selon moi, l’origine même du problème. Bien que les différents intitulés soient étroitement liés, celui-ci les résume et les englobe tous. Si les forces politiques concernées ont le droit de s’engager au sein de l’organisation, de militer dans ses structures et d’y assumer des responsabilités, elles n’ont en revanche aucun droit à imposer leurs agendas et leurs positions politiques à l’Union en exploitant des circonstances objectives ou des failles propres à l’organisation. Elles n’ont pas le droit de s’accaparer la décision stratégique de l’UGTT, ni de l’utiliser pour faire passer leurs orientations politiques et leurs agendas idéologiques, en exploitant son poids, son influence et son rayonnement afin de compenser leur incapacité à influencer l’opinion publique ou à se constituer une base populaire large et stable. Les décisions stratégiques de l’UGTT doivent être indépendantes de tous les courants politiques et ne répondre qu’à l’intérêt national supérieur, tel que le définissent ses constantes nationales et son histoire.
Tels sont, selon moi, les principaux intitulés de la crise actuelle de l’UGTT : l’éloignement de l’Union de son assise populaire et sa perte, un discours syndical usé et obsolète, un traitement sélectif et défaillant des textes régissant le fonctionnement de l’organisation (statuts et règlement intérieur), le recul de son rôle national, et l’exploitation par certains courants et partis politiques de leurs positions avancées au sein de l’Union pour influer sur ses positions et décisions stratégiques. Sans nier à aucun autre syndicaliste le droit de proposer d’autres lectures ou idées, je considère qu’il n’y a pas d’autre voie pour l’organisation que de poser clairement ces questions, de les discuter avec responsabilité, transparence et ouverture d’esprit, sous la tente et en son sein. Il n’existe pas de chemin vers la réforme, le renouveau et la poursuite de l’action et de la construction sans ce débat, visant à permettre à l’UGTT de reconquérir son assise populaire, de développer et moderniser son discours, de réviser les textes qui régissent son fonctionnement, et de retrouver son rôle national en prenant des décisions stratégiques indépendantes de tout courant politique.
Je nourris donc l’espoir que les idées et les problématiques soulevées dans cette lettre trouvent leur place dans un débat serein et respectueux, exempt d’insultes, de diffamation ou de dénigrement. Un débat qui commence dès maintenant, soit six mois avant le congrès général, afin d’être pleinement mené et approfondi, puis poursuivi lors du congrès lui-même, pour qu’il soit un congrès de contenu. Un congrès au cours duquel l’Union reconquerra son assise populaire, renouvellera son discours, révisera ses textes juridiques, retrouvera son rôle national et son autonomie stratégique vis-à-vis de toute force politique. En somme, un congrès charnière permettant à l’UGTT de renouer avec son histoire, sa taille, ses constantes, sa symbolique et ses valeurs nationales. Bref, un congrès où l’Union générale tunisienne du travail redeviendra l’Union générale tunisienne du travail.
Ce texte est initialement paru en langue arabe dans le journal Le Maghreb ; il est publié ici en traduction française.
BIO EXPRESS
Nizar Ben Salah est un universitaire et syndicaliste tunisien, élu secrétaire général de la fédération de l’enseignement supérieur en 2021.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











5 commentaires
Rationnel
L’UGTT traverse une crise existentielle que les réformes internes proposées; limitation des mandats, codes de conduite, modernisation du discours, ne peuvent résoudre. Ces propositions réarrangent les chaises sur un navire en perdition sans questionner la pertinence même du modèle. Car le problème fondamental est structurel : l’UGTT ne représente qu’un tiers des travailleurs tunisiens au maximum, essentiellement les fonctionnaires et employés du secteur public qui jouissent déjà de la sécurité de l’emploi, de retraites et d’avantages inaccessibles à la majorité. Pendant ce temps, les travailleurs du secteur informel, les entrepreneurs, les jeunes chômeurs et ceux qui souffrent quotidiennement de l’échec des services publics; éducation dégradée, santé défaillante, administration inefficace, n’ont aucune voix dans cette organisation qui prétend parler au nom du travail tunisien. L’UGTT ne défend pas les travailleurs : elle défend une aristocratie ouvrière dont les intérêts s’opposent directement à ceux de la majorité des citoyens.
L’organisation a trahi sa mission historique. Née dans la lutte contre l’oppression coloniale dans les années 1950, l’UGTT s’est transformée en instrument de soutien à l’oppression. Lors du coup d’État de juillet 2021, cette organisation, lauréate du Prix Nobel pour son rôle dans le dialogue national de 2014, a choisi l’accommodement plutôt que la résistance, légitimant par son silence la dissolution des institutions démocratiques. Cette complicité révèle la véritable nature de l’UGTT contemporaine : une institution qui privilégie sa survie institutionnelle et la protection des privilèges de ses membres au détriment des principes démocratiques. Face aux transitions inévitables, énergies renouvelables, économie numérique, exigence citoyenne d’efficacité des services publics, les Tunisiens doivent devenir plus autonomes et ne peuvent plus compter sur un État dysfonctionnel que l’UGTT s’acharne à protéger de toute réforme. L’UGTT n’est pas la solution aux problèmes de la Tunisie ; elle en fait partie intégrante.
jamel.tazarki
@Ratinnel :
Vous écrivez: « L’UGTT n’est pas la solution aux problèmes de la Tunisie ; elle en fait partie intégrante. »
–>
Réponse: « Qui veut noyer son chien, l’accuse d’avoir la rage. » 🙂
–>
L’UGTT va se réorganiser et se rattarper! Elle est la bête noire des dictatures qu’a connues la Tunisie!
Remarque : Je suis persuadé que la Tunisie n’a besoin ni du clan KS, ni du clan RG. La Tunisie a urgemment besoin d’un État de droit et d’une démocratie dans laquelle existent des garanties constitutionnelles de protection des droits et des libertés (Conseil supérieur de la magistrature composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, Cour constitutionnelle, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, soumission des pouvoirs à la loi, etc.), et dans laquelle les partis politiques ne sont pas neutralisés. On a cru que Kaïs Saïd allait nous apporter une démocratie et un État de droit. Qu’a-t-il fait ? Eh bien, il nous a offert une horrible dictature ! Quelle déception!
Bonne journée.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
C’est dans l’intensité, la régularité et le renouvellement du débat socio-politique et économique que se forge le gouvernement du peuple. La bonne santé de notre future démocratie tunisienne se mesure à la force de ses contre-pouvoirs. Voilà pourquoi l’indépendance des médias, de la justice, l’activité syndicale et la qualité du débat parlementaire concernent tous les Tunisiens.
Arlette Vdb
Bonjour,
J’ai lu attentivement cet article, étant moi même une ancienne déléguée syndicale. Je conseille une profonde réforme à L’UGTT pour tous les travailleurs dans le privés et pas uniquement ceux de l’état. Il faudrait plusieurs syndicats pour chaque secteurs différents car le travail nécessite certaines conditions comme les secteurs marchands, non marchands, privés, étatiques car chaque travailleurs sont spécifiques. J’ajoute que ces syndicats ne doivent pas avoir une couleur politique pour restée indépendante de toutes manipulations de certains pouvoirs politiques. La seule couleur devrait être la défense des travailleurs de son bien être au travail et de la raison sociale pour tous.
Bonne journée.
jamel.tazarki
@Madame Arlette Vdb
Voici une proposition de votre part qui devrait plaire à tous les dictateurs, non seulement sur notre planète Terre, mais aussi dans tous les univers possibles. 🙂
Vous proposez en effet de disperser la force syndicale en Tunisie ! Certes, l’UGTT traverse une période difficile, mais cela ne justifie pas pour autant cette dispersion. Notre pays est en effet trop petit pour avoir des dizaines de syndicats.
Fazit intermédiaire : le seul remède aux dictatures abusives partout sur notre planète a toujours été les syndicats.
Je suppose, madame Arlette VB, que vous appartenez à un pays démocratique où règne un État de droit, où il existe des garanties constitutionnelles de protection des droits et des libertés, où l’on respecte la séparation des pouvoirs, où la justice est indépendante, où l’on respecte la Constitution, où les partis politiques ne sont pas neutralisés, etc.
On a cru que Kaïs Saïd allait nous apporter une démocratie et un État de droit. Et qu’a-t-il fait ? Eh bien, il nous a offert une dictature ! Quelle déception!!!
Fazit: la Tunisie a urgemment besoin d’un État de droit et d’une démocratie, et non d’une dictature !
Très cordialement,
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
@Mr. Nizar Ben Salah ,
merci pour votre article que j’ai beaucoup apprécié. Il est très informatif et propose de solides suggestions. J’approuve !
Très cordialement,
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien