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Le parti Ettahrir s’invite sur les marches du théâtre national

Par Sofiene Ben Hamida

Le parti ultra-salafiste « Hizb Ettahrir » a célébré la révolution du 14 janvier 2011 à sa manière. Ses partisans ont investi les marches du théâtre municipal à l’avenue Habib Bourguiba pour scander des slogans, appelant tous au retour du califat. Ils n’étaient pas nombreux, certes, cent cinquante ou deux cents personnes tout au plus. Mais leur présence alerte et questionne une opinion publique qui devient malheureusement de plus en plus apathique.

Un rejet total de Bourguiba et des arts

Ce qui est anecdotique dans cette manifestation, c’est que les salafistes en général haïssent le leader Habib Bourguiba au plus haut degré et l’assimilent à Satan. Ils ne descendaient, au début de la révolution, à l’avenue Bourguiba que pour terroriser les populations et imposer leur présence par la violence. On se rappelle de l’épisode de l’escalade de l’Horloge, de la fermeture de la rue pour faire la prière ou encore de la violence contre les femmes qui ne portaient pas le hijab.

Le parti Ettahrir, pour éviter toute référence à Bourguiba, avait pris l’habitude d’organiser ses manifestations ailleurs, du côté de la banlieue de l’Ariana. Cette année, jugeant que les circonstances lui sont peut-être plus favorables, il a décidé d’investir les marches du théâtre municipal, ce qui est un autre aspect anecdotique de cette manifestation. En effet, il est notoirement connu et vérifié que les salafistes sont des ennemis jurés du théâtre et de toutes les formes d’expression artistique. Pour ceux qui ne sont pas amnésiques, le souvenir du saccage de la salle de cinéma l’Africa ou du centre culturel de l’Abdelliya est encore présent et douloureux.

Une légalisation controversée

Il est vrai que le parti Ettahrir a été légalisé en 2012 sous le pouvoir de la Troïka guidée par le parti islamiste Ennahdha. Cette légalisation est en contradiction totale avec la loi sur les partis politiques puisque le parti Ettahrir rejette la république comme forme d’organisation politique, rejette la démocratie comme mode de gouvernement, ainsi que les élections et le libre choix populaire comme modalité de désignation des gouvernants. Pour lui, le pouvoir absolu et sans partage doit être entre les mains d’un calife, qui puise directement son autorité du droit divin.

Il était donc logique que ce parti salafiste, antidémocratique et qui annonce clairement vouloir agir contre la république, soit toléré du temps de la Troïka, et même du temps de Nidaa qui s’est avéré lui aussi l’allié des islamistes. Mais on croyait qu’avec l’élection du président Kaïs Saïed, les choses allaient changer, compte tenu de son aversion personnelle pour les partis politiques et pour toutes les structures intermédiaires en général.

Une absence d’action judiciaire et institutionnelle

Seulement, le ministère public n’a jamais levé le petit doigt pour s’autosaisir et ouvrir une information judiciaire contre le parti Ettahrir à l’occasion de ses manifestations à répétition. Pourtant, quand il le veut, ou quand l’ordre lui est intimé, il a montré qu’il sait réagir au quart de tour.

Les services de la présidence du gouvernement, que l’on a vus très actifs ces derniers mois pour bloquer les activités des associations et des organisations de la société civile, ne semblent même pas être au courant de l’existence de ce parti politique qui ne se considère pas tunisien mais simplement comme une section d’une organisation politique supranationale.

Quant à l’instance des élections, l’Isie, qui s’est auto-octroyée le droit de poursuivre en justice toute personne qui émet des réserves ou met en doute la régularité des élections, elle ne semble accorder aucune importance aux idées fondatrices assumées d’un groupe politique qui refuse carrément les élections et appelle systématiquement ses membres à ne pas y participer. Peut-être que le fait de connaître les liens d’amitié entre le président de la République et certains dirigeants du parti Ettahrir a refroidi, cette fois-ci, la ferveur et le zèle du président de l’instance des élections.

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2 commentaires

  1. zaghouan2040

    18 janvier 2026 | 19h27

    Merci pour cet article en guise de rappel très pertinent
    Allons droit au but : Ettahrir, qui prône le retour au califat, bénéficie de sympathies très très bien placées; il est susceptible de développer et consolider rapidement son influence de manière structurée compte tenu de ces soutiens

  2. Gg

    18 janvier 2026 | 18h46

    L’expression « ultra salafiste » vaut son pesant d’or ! Tout un programme que vous avez bien résumé.
    De loin, c’est très drôle. De près, ces gens terrifiants !