Dans une vidéo publiée sur sa page personnelle, lundi 19 janvier 2026, l’avocate et militante Dalila Ben Mbarek Msaddek tire la sonnette d’alarme sur une « grave dérive » affectant le système judiciaire tunisien : l’entrave de plus en plus systématique au droit des avocats de rendre visite à leurs clients détenus, notamment ceux dont les affaires sont pendantes devant la Cour de cassation.
Une violation des garanties de la défense
Selon elle, cette restriction, initialement observée dans les dossiers de détenus politiques, s’est progressivement étendue à d’autres cas. « Les avocats ne peuvent plus rendre visite aux détenus dès lors que leurs dossiers passent en cassation », dénonce-t-elle, soulignant qu’il s’agit là d’une violation flagrante des garanties élémentaires de la défense.
Cette situation empêche les avocats d’exercer correctement leur mission, notamment dans la préparation des moyens de cassation, qui nécessitent un contact direct et régulier avec les personnes détenues. « On laisse des gens abandonnés en prison, sans information sur leur état, sans possibilité de défense effective », s’indigne-t-elle.
Climat de harcèlement et intimidation
L’avocate dénonce un climat de harcèlement et d’intimidation visant les membres du barreau, évoquant des insultes et un mépris des procédures légales.
Dalila Ben Mbarek lance un appel au barreau, aux organisations de la société civile, aux citoyens et à l’opinion publique pour défendre le droit des détenus à une défense effective, alertant sur le risque que ces pratiques s’étendent à tous les citoyens.
S.H












2 commentaires
jamel.tazarki
Voici une femme tunisienne, Madame Dalila Ben Mbarek,, qui pleure sans larmes, avec un pessimisme héroïque à la Nietzsche, et qui ne se soumet pas à la dictature ! Bravo, madame !
jamel.tazarki
@Madame Dalila Ben Mbarek, la faute revient à la neutralisation par la dictature des garanties constitutionnelles (Conseil supérieur de la magistrature composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, Cour constitutionnelle, séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, soumission des pouvoirs à la loi, etc.), qui sont censées protéger nos droits et libertés et établir un État de droit.
Selon Hegel, le « sens de l’histoire » signifie que le monde évolue dans une direction imposée à l’humanité par les progrès scientifiques, technologiques, sociopolitiques, économiques et logico-mathématiques (le développement de la raison, de la pensée rationnelle, de l’idéalisme, etc.). La trajectoire suivie par l’humanité n’est donc pas hasardeuse.
Exemples :
– Le passage de la monarchie absolue à la monarchie parlementaire en France a été imposé par le « sens de l’histoire », sous l’influence de l’esprit des Lumières : la monarchie absolue de Louis XIV n’avait pas d’autre choix que d’accepter la monarchie parlementaire.
– La mondialisation est la conséquence directe des progrès technologiques dans les moyens de transport (construction de bateaux et d’avions de grande capacité) et de télécommunication à bas prix. L’humanité n’a pas d’autre choix que de suivre le « sens de l’histoire » et d’accepter la mondialisation, qui prend une nouvelle forme grâce à Internet.
Ainsi, ce ne sont pas les hommes qui font l’histoire, mais l’histoire qui fait les hommes. Chaque époque est ainsi déterminée par un esprit particulier, le « Zeitgeist », qui structure et influence l’esprit universel de l’humanité.
Selon Hegel, les grands hommes et les grandes femmes qui font l’histoire sont l’incarnation de l’esprit de leur époque. Il cite notamment Napoléon, dont l’esprit révolutionnaire a donné naissance à l’État moderne. Selon lui, l’histoire est un processus qui s’accomplit malgré la volonté des hommes. Napoléon n’avait pas d’autre choix que de suivre « le sens de l’histoire », sous l’influence de l’esprit des Lumières qui structure et influence l’esprit universel de l’humanité.
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Au fil des générations et des civilisations, une prise de conscience progressive de l’idée d’un État de droit, de la liberté, du refus de la servitude, du colonialisme et des dictatures s’est opérée.
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L’État de droit, la liberté et le refus de la servitude ne sont pas une idée individuelle, mais une aspiration collective de l’humanité tout entière qui s’est manifestée de manière universelle partout sur notre planète. Avec l’arrivée d’Internet, cette aspiration se manifeste à l’échelle mondiale. L’histoire de l’humanité se fait de manière universelle, sous l’effet du cours inéluctable de l’histoire, et se poursuit à travers le Web.
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Or, Kais Saied voudrait inverser le cours de l’histoire ! Il n’a pas encore compris que le développement socio-économique, la justice et la protection des libertés passent par le droit, les constitutions politiques et les institutions, dont il nous refuse une partie. Il n’a pas encore compris que la protection des droits et des libertés nécessite des garanties constitutionnelles et pas seulement un président de la République soi-disant honnête.
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– Il n’y a pas de justice sans l’instauration d’une Cour constitutionnelle sur la base d’un Conseil supérieur de la magistrature dont la majorité des membres serait élue par les magistrats eux-mêmes, et non nommée par le président de la République.
Comprenez enfin qu’il est important de réclamer les droits et les libertés, mais il ne faut pas non plus négliger de réclamer les garanties constitutionnelles qui les protègent contre les abus de pouvoir: Conseil supérieur de la magistrature composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, Cour constitutionnelle, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la soumission des pouvoirs à la loi, etc.
A) CSM et Cour constitutionnelle
a1) Un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) composé de membres élus par les magistrats eux-mêmes, –> élection de représentants (magistrats du siège et du parquet) pour siéger au sein du Conseil, garantissant ainsi leur indépendance dans la gestion des carrières et des nominations. Les magistrats du siège (juges) tranchent les litiges et rendent la justice de manière impartiale (assis), tandis que les magistrats du parquet (procureurs) défendent l’intérêt général, requièrent l’application de la loi et dirigent l’action publique (debout). Les premiers jugent, les seconds poursuivent au nom de la société en tant que représentants du ministère public.
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– Le CSM garantit l’indépendance et l’impartialité de la justice, conditions nécessaires à l’État de droit. En gérant la carrière des magistrats, en statuant sur leurs nominations et leur discipline, il contribue à assurer un système judiciaire indépendant des pressions extérieures.
– Le CSM est également le conseil de discipline des magistrats, ce qui lui permet de contrôler leur comportement et de veiller à ce que l’institution judiciaire respecte ses devoirs déontologiques.
– Le CSM renforce l’indépendance des magistrats en évitant toute ingérence politique ou hiérarchique et en garantissant que les jugements seront fondés uniquement sur le droit et les faits du dossier.
– Le CSM contribue à maintenir la confiance du public dans l’institution judiciaire, car l’indépendance et l’impartialité de la justice sont nécessaires pour garantir un procès équitable.
– Le CSM garantit le respect de l’égalité de tous devant la loi, car celle-ci repose sur l’accès à une magistrature impartiale.
– Les justiciables peuvent saisir le CSM pour dénoncer le comportement d’un magistrat, ce qui renforce le contrôle de ses actions et sa responsabilité.
a2) La composition de la Cour constitutionnelle devrait être la suivante :
– quatre membres sont élus par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ; or, les membres de notre CSM ont été nommés par Kaïs Saïd : à vous de tirer des conclusions intelligentes et utiles.
– quatre membres doivent être élus par le Parlement. Peut-on encore faire confiance à « notre » Parlement après sa déformation de la loi électorale à quelques jours de l’élection présidentielle ?
– Quatre membres de cette Cour doivent être nommés par le président de la République.
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même si nous aurions bientôt une Cour constitutionnelle, elle serait probablement au service du président de la République.
– L’importance d’une Cour constitutionnelle réside dans sa mission de garantir le respect de la Constitution et de l’État de droit, en veillant à ce que les lois, les décrets, les arrêtés et les circulaires soient conformes à la Constitution du pays. Elle protège les droits et libertés fondamentaux des citoyens, limite les pouvoirs du législateur et veille à l’équilibre entre les pouvoirs publics.
– Rôle principal de la Cour Constitutionnelle:
– contrôle de constitutionnalité des lois : vérifie que les lois et règlements sont conformes à la Constitution et à d’autres textes à valeur constitutionnelle, comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ;
– protection des droits et libertés : elle protège les droits et libertés fondamentaux des citoyens, notamment en cas de contestation d’une loi existante.
– Régulation des pouvoirs publics : assure le bon fonctionnement des institutions de l’État et veille à l’équilibre des pouvoirs.
– contrôle des élections : veille à la régularité des élections nationales (présidentielle, législatives, référendum) et proclame les résultats ;
– Avis et contentieux : peut être amenée à donner des avis dans des situations spécifiques et à traiter des contentieux.
– Garantir la stabilité démocratique : assurer la stabilité démocratique en protégeant la Constitution des atteintes potentielles d’une majorité parlementaire, notamment dans les pays ayant connu des régimes autoritaires.
– Je rappelle que, dans les pays démocratiques, la hiérarchie des textes est la suivante :
1) la Constitution, protégée par la Cour constitutionnelle ;
2) les lois ;
3) les décrets et les arrêtés ;
4) les circulaires.
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Or, en Tunisie, cette hiérarchie n’est pas respectée, comme en témoigne la déformation de la loi électorale (« amendement ») à quelques jours de la récente élection présidentielle. De plus, les décrets et arrêtés sont souvent en contradiction avec la constitution.
Fazit: Kais Saied aurait pu réaliser des miracles pour la Tunisie et les Tunisiens s’il avait emprunté la voie de la démocratie et de l’État de droit plutôt que de nous imposer une dictature absurde!
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien