La recrudescence des cas de leishmaniose en Tunisie suscite une inquiétude. Face à une propagation jugée alarmante de cette maladie parasitaire, l’Ordre des médecins vétérinaires a tiré la sonnette d’alarme. Intervenant dans la matinale de Jawhara FM lundi 19 janvier 2026, son doyen, Dr Ahmed Rajeb, a averti que la Tunisie enregistre chaque année plus de 3500 cas de leishmaniose, soulignant le caractère endémique de cette pathologie et la nécessité urgente de renforcer les mesures de prévention, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental.
Une maladie endémique aux formes multiples
La leishmaniose est une maladie infectieuse provoquée par des parasites microscopiques du genre Leishmania. Elle est classée parmi les zoonoses, c’est-à-dire les maladies transmissibles de l’animal à l’être humain. La transmission s’effectue principalement par la piqûre de petits insectes hématophages, communément appelés phlébotomes, souvent assimilés au moustique dans le langage courant. Les rongeurs, notamment les rats, ainsi que certains carnivores domestiques et errants, constituent des réservoirs naturels du parasite.
En Tunisie, la situation épidémiologique se caractérise par la coexistence de trois formes cliniques principales de la maladie. La plus fréquente est la leishmaniose cutanée. Selon Dr Rejeb, elle se manifeste par des lésions ou des ulcérations cutanées, souvent indolores, mais pouvant laisser des cicatrices définitives. Bien que rarement mortelle, cette forme a un impact psychologique et social non négligeable, notamment chez les enfants et les jeunes adultes.
La leishmaniose viscérale, quant à elle, demeure la forme la plus grave. Elle touche principalement les organes internes tels que la rate, le foie et la moelle osseuse. En l’absence de traitement, elle est mortelle dans la majorité des cas. D’après Dr Rejeb, en Tunisie, une vingtaine de cas sont recensés chaque année, un chiffre relativement limité mais qui exige une vigilance constante.
La troisième forme, dite muco-cutanée, affecte les muqueuses de la bouche, du nez et de la gorge, entraînant des lésions sévères et parfois irréversibles.
Facteurs de propagation et absence de vaccin en Tunisie
Les facteurs favorisant la propagation de la maladie en Tunisie sont, selon le doyen des vétérinaires, multiples. Les zones rurales et périurbaines, caractérisées par une humidité élevée, la présence d’eaux stagnantes, une gestion insuffisante des déchets et une prolifération des rongeurs, constituent des environnements propices au développement des phlébotomes. Les changements climatiques, avec l’augmentation des températures et la modification des régimes de pluies, contribuent également à l’extension géographique du vecteur.
Interpellé sur la vaccination contre cette maladie, Dr Ahmed Rajeb a expliqué que, dans certains pays, notamment en Europe et en Amérique latine, des vaccins vétérinaires contre la leishmaniose canine existent et sont utilisés dans des cadres bien réglementés afin de réduire la circulation du parasite chez les animaux réservoirs. En revanche, en Tunisie, il n’existe à ce jour aucun vaccin homologué et largement disponible. Les essais menés localement restent de nature expérimentale et ne permettent pas encore une stratégie vaccinale généralisée, ce qui renforce l’importance des mesures préventives classiques.
Le vétérinaire a recommandé, en priorité, l’amélioration de l’hygiène environnementale, notamment l’élimination des eaux stagnantes, le ramassage régulier des déchets et la lutte contre les rongeurs. L’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide, la protection des habitations par des grillages fins et l’application de répulsifs cutanés dans les zones à risque figurent également parmi les mesures préventives reconnues.
Il a, par ailleurs, appelé les citoyens à consulter sans délai les structures sanitaires dès l’apparition de boutons ou de lésions cutanées suspectes, rappelant que le diagnostic et la prise en charge précoces de la leishmaniose permettent de limiter les complications et la propagation de la maladie.
Une diversité parasitaire qui complique la surveillance
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la leishmaniose cutanée d’origine zoonotique, principalement causée par Leishmania major, demeure un enjeu majeur de santé publique en Tunisie. Cette forme de la maladie s’inscrit dans un cycle parasitaire bien identifié, impliquant des réservoirs animaux spécifiques, notamment les rongeurs Psammomys obesus, Meriones shawi et Meriones libycus. La transmission à l’homme est assurée par un vecteur unique et clairement établi, le phlébotome Phlebotomus papatasi, dont la présence est fortement corrélée aux conditions écologiques locales.
Des cas plus rares de leishmaniose cutanée zoonotique liés à certaines variantes de Leishmania infantum ont également été signalés dans le nord du pays, traduisant une diversité parasitaire qui complexifie la surveillance épidémiologique.
Par ailleurs, bien que Leishmania tropica n’ait pas été formellement identifiée en Tunisie, une variante enzymatique distincte, connue sous le nom de MON-8, a émergé dans les régions arides du sud-est, notamment autour de Tataouine. Cette souche, désormais désignée Leishmania killicki, se caractérise par une épidémiologie encore mal documentée. Elle serait responsable d’environ une trentaine de cas par an. Les données disponibles suggèrent que Phlebotomus sergenti pourrait en être le vecteur principal et que son cycle de transmission serait de nature zoonotique.
Des formes amastigotes du parasite ont été détectées chez le rongeur Ctenodactylus gundi à proximité d’habitations abritant des personnes infectées, renforçant l’hypothèse d’un réservoir animal local. De plus, des isolats de L. killicki ont récemment été identifiés chez des cas sporadiques dans les régions du sud-ouest et du centre du pays, témoignant d’une possible extension géographique de cette forme particulière.
N.J











Commentaire
Gg
« … une gestion insuffisante des déchets et une prolifération des rongeurs… »
En meme temps, ce sont ces rongeurs qui assurent le recyclage des déchets.
D’où la nécessité de préserver les chats, les renards, qui bouffent les rongeurs!