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Transition énergétique : l’État subventionne les voitures électriques des administrations

Par Imen Nouira

Abdelhamid Gannouni, directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur des transports et directeur du projet d’adoption de la mobilité électrique à l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), a détaillé, lundi 19 janvier 2026, au micro de Nabila Abid dans l’émission Yaoum Said sur la Radio Nationale, le programme national récemment lancé pour équiper les administrations et collectivités locales tunisiennes de véhicules électriques.

Chaque acquisition de véhicule électrique dans le cadre de ce programme sera soutenue par une prime de 10.000 dinars, attribuée par le fonds de transition énergétique. Doté d’un budget total d’un million de dinars, le dispositif vise à moderniser les flottes publiques tout en réduisant la consommation énergétique et l’empreinte carbone des véhicules administratifs.

« La Tunisie met en œuvre des efforts importants pour rendre cette technologie accessible à tous, tout en réduisant les coûts liés aux carburants et en limitant les émissions polluantes du secteur des transports, qui est l’un des plus consommateurs d’énergie et l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre », a expliqué M. Gannouni.

L’arrêté ministériel officiel encadrant ce programme a été publié au Journal officiel de la République tunisienne (Jort) n°002 du 6 janvier 2026. Il définit les mesures incitatives et les modalités de mise en œuvre du programme.

Un dispositif clair et structuré

L’ANME est désignée comme l’autorité responsable de l’exécution du programme. Ses missions incluent :

  • La sélection des établissements bénéficiaires et la détermination du nombre de véhicules à acquérir pour chacun d’eux ;
  • La signature de contrats-programmes avec les établissements retenus, dans la limite des subventions disponibles ;
  • La conduite des appels d’offres et la supervision de la mise en œuvre des acquisitions ;
  • Le déblocage des subventions après vérification de la bonne exécution des projets.

Les établissements publics et collectivités locales intéressés doivent soumettre leur demande via un formulaire dédié disponible sur le site de l’ANME, avant le 13 février 2026. La sélection sera effectuée selon un critère chronologique, les demandes reçues en premier étant prioritaires.

Chaque prime de 10.000 dinars correspond à une part significative du coût d’un véhicule électrique actuellement accessible sur le marché tunisien, dont les prix varient entre 50.000 et 800.000 dinars, soit une contribution représentant entre 2% et 15% du prix total.

Une transition énergétique à double impact

Selon Abdelhamid Gannouni, ce programme constitue une première étape dans la constitution d’une flotte publique durable, alignée avec les objectifs nationaux de transition énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « L’objectif est d’encourager l’adoption de solutions de mobilité durable, de réduire les coûts énergétiques à long terme pour les administrations et de créer un effet d’entraînement sur le secteur privé et la population », a-t-il précisé.

Le programme est conçu pour durer deux ans à partir de la publication de l’arrêté au Jort, soit jusqu’au 6 janvier 2028, avec possibilité de prorogation par décision ministérielle. Le budget initial d’un million de dinars devrait permettre l’acquisition d’environ cent véhicules électriques dans les administrations publiques.

Infrastructures et accompagnement technique

M. Gannouni a souligné l’importance d’accompagner les acquisitions par le développement de l’infrastructure de recharge. Actuellement, la Tunisie dispose de quelque 170 points de recharge publics, répartis dans les stations-service, hôtels et parkings. Les institutions publiques intéressées sont encouragées à installer leurs propres points de recharge, notamment pour les véhicules de flotte utilisés principalement de jour, afin d’optimiser l’utilisation de l’énergie pendant la nuit.

Les coûts de recharge, que ce soit à domicile ou sur site, sont estimés entre 200 et 250 millimes le kilowattheure, en fonction de la consommation moyenne d’un véhicule électrique, qui varie entre douze et seize kWh pour cent kilomètres parcourus, soit environ un quart du coût énergétique d’un véhicule équivalent fonctionnant à l’essence.

Pour les points de recharge publics, le coût dépendra de l’investissement réalisé et sera fixé par les opérateurs eux-mêmes. Le programme prévoit une contribution de l’ANME allant jusqu’à 40% du coût d’installation des bornes.

Un marché en pleine expansion

Fin 2025, la Tunisie comptait près de mille véhicules électriques circulant sur ses routes, avec un nombre en nette augmentation grâce à la disponibilité de modèles plus accessibles et compétitifs par rapport aux années précédentes. Les véhicules hybrides rechargeables bénéficient également des mêmes avantages fiscaux : exemption totale des droits de douane et de consommation, 7% TVA et réduction de 50% sur les taxes d’immatriculation et de circulation (vignette).

Le programme s’inscrit dans une dynamique plus large, incluant des initiatives pour les taxis et véhicules utilitaires, avec un financement à taux préférentiel de 3% et un soutien ciblé à certaines municipalités pilotes, telles que Bizerte, Sfax et Gabès, pour encourager l’acquisition de véhicules électriques.

Appel à participation

Toutes les institutions publiques, entreprises publiques et collectivités locales intéressées sont invitées à soumettre leur demande via le formulaire disponible sur le site web de l’ANME ou sur sa page officielle Facebook avant le 13 février 2026. Les bénéficiaires sélectionnés recevront la prime de 10.000 dinars pour chaque véhicule acquis, dans la limite du budget disponible.

Avec un déploiement initial limité à cent véhicules sur deux ans, le programme constitue avant tout un point de départ pour verdir les flottes publiques tunisiennes. Pour accélérer la transition énergétique, l’ANME pourrait envisager d’augmenter le budget et d’élargir le dispositif aux particuliers, à l’instar du « bonus écologique » européen. L’agence pilote également d’autres programmes de soutien à la mobilité électrique, notamment pour les taxis et certaines municipalités pilotes financées par le fonds environnemental, afin de promouvoir l’adoption de véhicules peu polluants et le développement d’infrastructures de recharge sur l’ensemble du territoire.

I.N.

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3 commentaires

  1. Rationnel

    19 janvier 2026 | 14h14

    Cette initiative gouvernementale est un coup de maître politique qui s’attaque à deux des défis les plus pressants de la Tunisie : la dépendance énergétique et la stagnation industrielle. En subventionnant les flottes de véhicules électriques pour les administrations publiques, l’État réduit concrètement sa lourde facture d’importation de combustibles fossiles. Remplacer les moteurs à combustion par des moteurs électriques permet au pays de capitaliser sur son virage stratégique vers les énergies renouvelables.

    De plus, ce programme constitue un tremplin vital pour l’industrie domestique du « Made in Tunisia ». Des entreprises locales innovantes telles que Bako Motors ouvrent déjà la voie avec des véhicules électriques à énergie solaire affichant un taux d’intégration locale élevé. En offrant un débouché concret à des véhicules utilitaires performants et rentables comme le Bako Bee, le gouvernement favorise l’émergence d’un écosystème local d’ingénieurs et de techniciens au lieu de se contenter d’importer des technologies étrangères. Cette politique marque une transition vers une économie durable et technologique, où la Tunisie ne se contente plus de consommer l’avenir des transports, mais le construit. La Tunisie peut devenir un leader dans ce domaine, Bako Motors est un exemple a suivre.

  2. le financier

    19 janvier 2026 | 13h54

    les voitures electriques ne sont pas faites pour la Tunisie , ces batteries ne supportent pas les chaleurs extremes , nous n avons ni la production electrique ni les bornes de recharges , ni les pompiers qui seront capables de les eteindres …
    des voitures que nous fabriquons pas et ne profite meme pas aux industriel tunisien du cablage ou piece detach2s .
    que l etat subventionne l achat de voiture ou il y a une part de travail tunisien dedans comme la marque willys

  3. HatemC

    19 janvier 2026 | 12h57

    Un mépris implicite de l’intelligence des citoyens
    En présentant ce type de programme comme une “avancée majeure”, le gouvernement part d’un postulat dangereux
    – les citoyens ne feront pas le calcul
    – ils se contenteront du récit

    A l’entendre, il s’agirait d’un pas décisif vers la transition énergétique, la modernisation de l’administration et la réduction des émissions polluantes.
    La réalité est beaucoup plus brutale … ce programme financera au maximum 100 voitures électriques sur deux ans. Cent. Pour l’ensemble des ministères, entreprises publiques et collectivités locales d’un pays.

    Si la Tunisie voulait vraiment changer d’échelle, il faudrait :
    – un budget 10 à 20 fois supérieur
    – un ciblage prioritaire :
    Les taxis, les utilitaires urbains, les flottes à fort kilométrage, une stratégie nationale de recharge et une ouverture rapide aux particuliers, comme le bonus écologique européen.

    Le programme fait comme si l’infrastructure de recharge était un détail.
    Avec à peine 170 points de recharge publics dans tout le pays, parler de déploiement massif relève du fantasme.
    Le risque est réel de voir des véhicules électriques sous-utilisés, voire immobilisés, faute d’écosystème fonctionnel ou équiper les administrations de bornes de recharges …

    De plus une transition sans gestion des véhicules remplacés, ce n’est pas une transition, c’est un déplacement du problème.
    Que faire des voitures thermiques remplacées ?

    Sont réaffectées à d’autres services, ou finissent dans des collectivités plus pauvres, autrement dit, aucune réduction réelle du parc thermique, aucune baisse des émissions globales, simple déplacement géographique et social de la pollution

    Soyons honnêtes
    Ce programme est :
    – une première marche
    – un test administratif et réglementaire
    – un outil de communication climatique

    – mais pas une transition énergétique
    – ni un levier industriel …. Zéro incitation à produire, assembler ou investir en Tunisie….
    On achète, point. On ne construit rien.

    Dans les faits :
    – les véhicules seront importés clé en main
    – les batteries aussi
    – les logiciels aussi

    L’État subventionne donc :
    – des importations
    – en devises
    – sans retour industriel

    C’est une politique de consommation publique, pas une politique industrielle ….

    La Tunisie reste :
    – dépendante des concessionnaires
    – dépendante des pièces importées
    – dépendante des mises à jour étrangères

    Aucun savoir-faire stratégique n’est créé.

    Ce programme :
    – ne transforme pas l’économie
    – ne crée pas d’emplois
    – ne développe pas de compétences
    – ne réduit pas la dépendance extérieure

    Il subventionne des importations sous couvert d’écologie ….

    QU’AVONS NOUS FAIT POUR MERITER ça …. HC